C’est tout moi !

 

Une histoire de perquisitions… 18 octobre, 2018

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 16:00

On nous demande ça et là, à nous autres insoumis, de donner notre sentiment sur les perquisitions qui ont eu lieu mardi dernier, chez plusieurs membres de la France insoumise et dans nos locaux parisiens, ainsi que dans ceux du parti de gauche.

J’ai la curieuse et pénible sensation de me répéter avec l’enthousiasme d’un perroquet apprenant une nouvelle expression, et je crains qu’à force de devoir répondre sur le même sujet, je n’y perde un peu de ma force de conviction (là, par exemple, vous voyez, c’est une boutade).

Ah oui, au fait : si c’est la première fois que vous me lisez, je suis une pratiquante assidue de l’ironie, de l’humour noir et pince sans rire, ne soyez donc pas surpris.

Première étape, et pas la moins pénible : le rappel des faits. Est-ce nécessaire ? Je pense que oui. Pour avoir ingéré la nauséabonde bouillie que déversent avec entrain les médias mainstream, l’inénarrable Barbier en tête, je ne sais que trop à quel point il est opportun de rappeler ce que tous ces braves gens ont une fâcheuse tendance à oublier : les détails (là où le diable se cache, paraît-il). Vais-je être exhaustive ? J’en doute, parce que je ne vous cache pas que je déploie une fameuse énergie, depuis mardi. Je vais donc me concentrer sur ce qui n’est pas assez souvent rappelé à mon goût.

L’aspect juridique, tout d’abord. Ce type de déploiement est d’ordinaire réservé au grand banditisme ou au terrorisme. Alors, oui, je veux bien croire que les insoumis terrorisent Macron et ses sbires, mais la comparaison s’arrête là… On oublie de dire que Bompard, responsable de la France insoumise et présent sur les lieux, a été empêché d’entrer dans les locaux. La perquisition se déroulait tranquillou pépère, sans lui (vous savez, derrière la fameuse porte que Mélenchon et les autres ont essayé d’enfoncer ?). En revanche, on n’a pas oublié de le molester, lui et d’autres. On reparle du policier qui se rue sur quelqu’un, le jette à terre, puis l’étrangle ? Ou de celui qui grimpe sur une table ? C’était quoi, le projet ? Il regarde trop de catch et voulait se jeter sur les insoumis depuis son perchoir ? Wow… Peut-on reparler aussi de la liste des documents réquisitionnés qui n’a pas été dressée, pas plus que le PV qui aurait dû être fait et signé sur place ? « on le fera plus tard » Ben tiens.

L’aspect émotif, ensuite. Je n’aime pas m’énerver. S’énerver signifie perdre le contrôle, et je déteste perdre le contrôle. C’est comme accorder un point à celui qui nous a énervé. Et je n’aime pas accorder de points. Mais ça, c’est ma façon de gérer les choses. Tout le monde ne le fait pas, et d’ailleurs tout le monde ne parvient pas à le faire (c’est physiquement éprouvant, de refuser toute forme de lâcher-prise). Et je suis bien placée pour comprendre ce que l’on ressent lorsque l’on est accusé de quelque chose que l’on n’a pas commis, d’être traité en criminel alors que l’on n’a rien fait. Je l’ai vécu, sur dénonciation calomnieuse. Et là, même moi, avec ma manie du contrôle, je m’en suis prise à une juge. Malgré les risques encourus. Donc, oui, je comprends cette colère ressentie et montrée. Et même si elle doit nous faire galérer sur le terrain (ce qui n’est pas prouvé, mais j’y reviendrai), j’irais jusqu’à dire que je n’aurais pas compris n’en voir aucune.

Des violences nous sont faites, de toutes les façons possibles et imaginables, depuis des mois et des mois. Des injustices sont commises à notre encontre, depuis des mois et des mois. C’est bien gentil de charger la chaudière jusqu’à la gueule, mais faut pas s’étonner qu’à force, la vapeur sorte.

Est-ce que tout ça va nous faire du tort ? Forcément, mais sans doute pas autant qu’on pourrait le penser. Parce que de la colère, il n’y en a pas que chez nous. S’il y a bien une chose que les gens peuvent comprendre, c’est qu’on puisse mal réagir quand on fait face à l’injustice, à la violence, à l’intimidation. Pour preuve, ceux qui nous rejoignent depuis deux jours. Certains s’éloignent, pour les mêmes raisons, c’est vrai. Mais ceux-là nous avaient rejoints pour le fond, pour ces idées, ces objectifs, cette vision du monde que nous portons. Ils reviendront. Pas tous ? Possible. On verra.

Est-ce que tout cela change quelque chose à mon engagement au sein de la France insoumise ? Ah mais carrément ! Cela renforce ma volonté. Pourtant, je ne pensais pas que cela puisse être possible, mais comme quoi, je devais en avoir encore sous le pied… Peut-être aussi mes origines bretonnes qui me rendent difficile à manœuvrer, je l’admets. Plus que jamais, je refuse de vivre dans ce monde sans me battre pour qu’il change enfin.

Tiens, à propos de changement… Je vois bien tous ces braves gens qui ne manquent pas de faire remarquer que l’ex FN nous soutient dans cette affaire, et s’empressent de mettre en avant un pseudo rapprochement. Je remarque juste qu’ils oublient de souligner qu’à ce compte-là, tout le monde hormis la macronie se rapproche de nous, parce que nombreux sont les soutiens qui nous parviennent. Je vous fais la liste ? Oh et puis non, tiens, cherchez par vous-mêmes, moi, je suis fatiguée. C’est aujourd’hui mon anniversaire, j’ai tout de même autre chose à faire que d’aller fouiller sur le net (surtout que vous en êtes tout à fait capables par vous-mêmes, hein, vous êtes grands, tout ça tout ça).

Une chose ne manque pas de m’étonner. Ces perquisitions ont été menées par des professionnels. Comment diable peuvent-elles être entachées d’autant de vices de procédures qu’il y a de dents dans la mâchoire du chien Némo ? Ma bonne dame, on aurait voulu faire exprès qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Pourquoi ? Si j’étais retorse, je dirais que, sachant qu’il n’y avait rien à trouver dans nos dossiers, autant faire en sorte que le dossier soit annulé pour vice de forme, n’est-ce pas ? Comme ça, on pourra toujours parler de « L’AFFAIRE », avec autant de points de suspension que nécessaire pour que subsiste le doute. Alors que mener à bien un dossier dont on sait qu’il sera vide, quel intérêt de prendre le risque de victimiser les insoumis ?

C’est un chouette statut que celui de victime. Si ça se trouve, Macron nous a fait un chouette cadeau. L’avenir nous le dira.

En tout cas, nous, nous continuons. Personne ne nous fera taire. Pour citer Jaurès :

JE NE PLIERAI PAS, JE NE M’EN IRAI PAS EN SILENCE. JE NE ME SOUMETTRAI PAS. JE NE ME RETOURNERAI PAS. JE NE ME CONFORMERAI PAS. JE NE ME COUCHERAI PAS. JE NE ME TAIRAI PAS. LE COURAGE, C’EST DE CHERCHER LA VÉRITÉ ET DE LA DIRE ; CE N’EST PAS SUBIR LA LOI DU MENSONGE TRIOMPHANT.

IMG_20181018_102411

 

 

Évidemment qu’on vaut mieux que ça 25 février, 2016

Classé dans : Billets d'humeur,Non classé — Barbara @ 20:27

Wahou. Paraît qu’on doit témoigner des choses suivantes, je cite :

- La dernière fois qu’au taf, on s’est foutu de ta gueule ;

- La première fois où on t’a demandé un truc impossible ou absurde ;

- La fois où on t’a refusé un boulot pour des raisons injustes ;

- Quand ton taf a commencé à bouffer tout le reste ;

- Quand on t’a demandé de bosser gratos, ou qu’on t’a sucré ta paie ou ta prime ;

- La fois où t’as cru péter les plombs ;

- Celle où tu t’es retrouvé en danger au travail ;

- Ce moment où on s’est mis à te parler comme à un gosse ;

- Celui où ton collègue est devenu un concurrent dans ton esprit et où t’as pas aimé ça – ou pire, que t’as aimé ça ;

- Quand tu as culpabilisé de partir du taf à l’heure, ou simplement d’être malade ;

- Quand tu t’es retrouvé tout seul pour faire le boulot de trois personnes ;

- Quand tu t’es rendu compte que ta recherche d’emploi était devenue humiliante, ou que ton CV ne te servait à rien ;

- Quand t’as senti que le taf que tu faisais était devenu vide de sens ;

- Quand tu t’es dit qu’il y a des gens moins bien lotis que toi, et que du coup, tu t’es laissé faire .

Suit une longue liste d’exemples de situations, de boulots, de personnes concernées.

Et là, j’suis dans la marde, comme disent les copains de la belle province. Parce qu’avec mon parcours à la mords-moi-le-nœud de la fille qui est obligée de faire tout et n’importe quoi pour (sur)vivre, il y aurait trop de cases à cocher pour définir mon profil, d’une part, et d’autre part, parce qu’il y a tellement d’exemples dans la liste donnée ci-dessus qu’avec les 120 caractères de twitter, même pas en rêve je peux répondre. Donc, article. Obligée. Je vais essayer de reprendre dans l’ordre, non pas chronologique, mais de la liste (sinon je vais en oublier).

* La dernière fois qu’au taf, on s’est foutu de ta gueule :

Nous voici au printemps 2012. Voici un an et demi que je travaille dans une entreprise d’agroalimentaire, avec un concept intéressant, le CDD à durée indéterminée. Pas un seul jour de congé, des semaines de six jours, de cinquante heures quand j’ai de la chance. J’avais longuement argumenté, bataillé, discuté, et finalement obtenu la permission de deux pov’ semaines de congés (non payés, il va de soi) pour traverser la France et aller en Bretagne voir ma famille (cela faisait presque dix ans que je n’y étais pas allée). Le mardi avant mes vacances, j’ai un jour de récupération (ô joie). J’en profite pour m’acheter une voiture d’occasion (et à crédit), histoire de faire la route. Le mercredi, soit deux jours avant mes congés, on me dit que, ben, justement, à mes propos de mes congés… Ils étaient à… à… annulés. J’avoue que j’ai failli les planter là… Mais je venais de signer le crédit de la voiture. Même joueur joue encore. Bon, j’aurais pu citer pleins d’autres exemples, mais celui-ci est celui que j’ai eu le plus de mal à avaler, je crois.

* La première fois où on t’a demandé un truc impossible ou absurde :

« Vous pourriez vous maquiller et mettre des bijoux, tout de même, vous ne ressemblez vraiment à rien ». Serveuse dans un restaurant, en 1992. Précision : la patronne qui m’a dit ça se maquillait, elle, façon voiture volée. J’ai cédé sur le (léger) maquillage, pas sur les bijoux. J’ai mis des années à recommencer à me déguiser en fille occasionnellement (et encore, j’ai du mal).

« Bonsoir,  c’est Adecco, vous pouvez allez travailler chez Appétit de France, cette nuit, de 20 heures à 4 heures ?

- Euh… Il est dix-neuf heures trente, je suis debout depuis six heures du matin, je ne vais pas faire 24 heures d’affilée, si?

- Oh, ça va, ça se fait, hein… »

* La fois où on t’a refusé un boulot pour des raisons injustes :

Oh merde. Trop d’exemples. Vous n’êtes pas assez qualifiée, vous manquez d’expérience (ces deux phrases sur des postes d’assistante commerciale dans le bâtiment, alors que j’avais été secrétaire, commerciale dans le bâtiment, télépro dans le bâtiment. Passons). Vous n’êtes pas assez jeune (merde, 43 ans, sans déconner !). Vous n’êtes pas assez vieille pour bénéficier des aides. Parce que (oui, j’ai eu ça, comme réponse). Vous êtes une belle personne (c’est quoi, le rapport ?). La recherche est close (comprenez : mon neveu a pris la place). Bon, j’arrête, ça me déprime, de remuer ces souvenirs.

 

* Quand ton taf a commencé à bouffer tout le reste :

Un détour dans le boulot de cliente-mystère. On n’est payé que pour la visite (dans les 15 Euros). Il faut apprendre un script par cœur, non sans l’avoir imprimé (frais d’impression non remboursés), faire un feed-back en ligne (non payé), parfois, selon le scenario, se renseigner en amont (temps non rémunéré). Tiens, ça rejoint les exemples où on s’est foutu de moi, maintenant que j’y pense.

 

* Quand on t’a demandé de bosser gratos, ou qu’on t’a sucré ta paie ou ta prime :

Voir l’exemple ci-dessus. Et un autre, plus concret encore : toujours dans l’agroalimentaire, là où on pointe. On nous dit d’être dans l’atelier à X heures tapantes. Donc, il faut pointer avant l’heure dite, pour ne pas être en retard dans l’atelier. Mais comme on n’est pas payé avant l’heure en question, on se gratte sur ces minutes quotidiennes. A la fin de la journée, c’est encore plus croustillant… Si je pointe à, mettons, 16h04, je ne suis payée que jusqu’à 16 h. 16h06 ? Je ne suis payée que jusqu’à 16h05. C’est légal ? Nan. Mais quand on est en CDD, ben on la boucle, surtout quand les représentants syndicaux de l’usine ne bougent que pour gratter des avantages personnels.

Ah, et une autre entreprise d’agro, où je bossais en tant qu’intérim. Comme c’était un produit saisonnier, ils n’étaient pas sûrs d’avoir de quoi me faire bosser. Alors ils me mettaient en astreinte, pour venir la nuit, le matin, l’après-midi, le soir. « L’astreinte ? Cool, ça : tu restes chez toi à attendre qu’on t’appelle, et t’es payée ! ». Ouais mais nan. Je restais chez moi, ça oui (donc, pas de vie sociale). Je me couchais tôt, au cas où on m’obligerait à me lever à deux heures du mat’ pour faire une journée de huit heures (donc pas de vie familiale). Je ne pouvais pas accepter un autre job (donc, pas forcément de revenus, vu qu’ils ne m’appelaient pas toujours). J’étais payée ? Nan. Les astreintes n’étaient pas payées, parce que j’étais intérim. Je le savais ? Nan. Ils m’ont fait la surprise. Du coup, le mois suivant, je leur ai dit que, puisque ce n’était pas payé, je ne faisais pas d’astreinte. Ils m’ont rappelée ? Nan.

 

* La fois où t’as cru péter les plombs :

En 1990, dans une entreprise d’emballage de fruits (mon tout premier boulot déclaré), chacune avait un carnet à souche avec des tickets numérotés, pour qu’au bout de la chaîne, au contrôle, on connaisse notre rendement. Nos tickets étaient stockés dans de petites barquettes et comptés chaque demi-journée. La belle-fille des patrons avait ses têtes de Turcs (dont moi, hélas), et prenait un malin plaisir à venir régulièrement prendre une poignée de tickets et à les mettre à la poubelle. Plusieurs collègues sont venus me le dire. Je m’échinais à travailler aussi vite que possible, et je ne comprenais pas pourquoi le pittbull qui nous servait de patronne venait tout le temps me hurler dessus parce que j’étais lente. Là, j’ai compris… Je suis allée demander des comptes, encouragée que j’étais par mes collègues qui me disaient que c’était dégueulasse, qu’elles témoigneraient, que je ne devais pas me laisser faire. La patronne ne m’a pas crue, ou n’a pas voulu me croire, sa belle-fille a nié, les collègues ont « oublié » de témoigner (ou plutôt si, elles ont témoigné pour dire qu’elles n’avaient rien vu).  Ça a viré en insultes (sale menteuse, de leur part, espèce de grosses connes, de la mienne), et je me suis barrée avant de rentrer physiquement dans le lard de la belle-fille (elle était enceinte).

 

* Celle où tu t’es retrouvé en danger au travail :

En agro, je me suis souvent coincé les doigts dans le tapis, pas protégé (et ça pique). Chez les agriculteurs, pour cueillir les fruits, il fallait grimper sur des escabeaux, dans des positions acrobatiques pour aller chercher le plus haut possible, et il m’est arrivé de tomber (dont une fois où j’étais tellement dans mon taf que j’étais ravie de ne pas avoir perdu une seule cerise dans ma chute, alors que j’avais failli me briser les os en évitant de justesse de retomber sur mon escabeau). En agro, encore, de l’eau coulait du plafond, et je l’avais signalé, mais on m’avait fait rester devant l’ordi où j’œuvrais, à patauger dans l’eau et à recevoir des gouttes sur la tête, avec plusieurs équipement électrique autour de moi.

* Ce moment où on s’est mis à te parler comme à un gosse :

Mission intérim chez Leclerc, rayon charcuterie, un samedi matin (le jour où il n’y a personne, quoi). On m’a laissé toute seule dans le rayon, pour mon premier jour. Sept heures d’affilée. J’ai été obligée de demander à pouvoir au moins aller aux toilettes (et c’est humiliant). On m’a dit non, retiens-toi.

* Celui où ton collègue est devenu un concurrent dans ton esprit et où t’as pas aimé ça – ou pire, que t’as aimé ça :

Pas de souvenirs précis sur ce point, tant c’est diffus. Il faut toujours faire mieux, plus vite, plus efficace. J’aime la compétition, de telle sorte que ça m’a toujours semblé plus ou moins normal. En tout cas, je ne l’ai pas mal vécu – et c’est sans doute ça, en effet, qui craint.

* Quand tu as culpabilisé de partir du taf à l’heure, ou simplement d’être malade :

En agro : on est tellement pressuré qu’on hésite à partir (ou à ne pas venir) parce qu’on sait que les collègues vont être dans la panade. Quand je me suis fait une tendinite à l’épaule, j’ai essayé d’au moins finir ma journée, parce que j’étais la seule à même de tenir le poste que j’occupais. J’ai réussi à tenir une heure, j’en chialais de douleur (et pourtant je suis dure au mal, comme on dit). J’ai fini par abandonner, et je suis partie (mais on ne m’a pas offert de me ramener). J’ai dû conduire ma voiture avec un seul bras (le gauche). Deux ans plus tard, quand ce sont mes genoux qui m’ont lâchée, j’ai fait en sorte de finir ma semaine. En aggravant mon cas.

* Quand tu t’es retrouvé tout seul pour faire le boulot de trois personnes :

Chez Intermarché, embauchée, à l’essai.  J’avais été engagée pour m’occuper du rayon frais. On y ajouté le surgelé, la viande puis le rayon traiteur. Le tout avec un patron qui me gueulait dessus en me disant que j’étais une incapable, que j’étais tout le temps en retard pour boucler ma déballe. Au bout d’un mois, mes collègues m’ont dit que j’étais dégueulasse de faire le boulot que trois personnes avaient assuré jusque-là, qu’elles avaient des connaissances à faire embaucher et que je bloquais tout…

* Quand tu t’es rendu compte que ta recherche d’emploi était devenue humiliante, ou que ton CV ne te servait à rien :

Ben… Je n’ai pas travaillé depuis fin 2013, malgré de nombreuses recherches, de nombreux entretiens… Un organisme où pôle emploi m’avait envoyée avait refait mon CV, que les recruteurs ont trouvé, dans cette nouvelle mouture, je cite « dégueulasse » (j’ai repris l’ancien, qui marchait plutôt bien). Alors, comment dire… Tant que les recruteurs ne prendront pas la peine de répondre aux candidatures (et ils sont très peu à répondre), tant que ceux que je vois en entretien ne me disent pas sincèrement pour quelle raison je n’ai pas été retenue (et ils le disent rarement), il est évident que je reste sur le sentiment que mes recherches sont inutiles et humiliantes, que mon CV ne me sert à rien, que moi-même, je ne sers à rien et que je ne vaux rien. Il y a tout de même deux winners sur l’humiliation. Ce chef d’une entreprise de blanchisserie, qui ne m’a fait venir que pour m’en mettre plein la tronche (désolée, c’est vulgaire, mais je ne trouve pas de mots plus idoines). Et ce patron d’un site de rencontres, disons hot, entre adultes. Pendant l’entretien, il m’a fait comprendre que pour être embauchée chez lui, il fallait accepter de se faire sauter. Quand j’avais poliment décliné cette possibilité, il m’a dit que c’était un test pour voir ma réaction et évaluer mon honnêteté. Ouais, genre. Mon cul.

* Quand t’as senti que le taf que tu faisais était devenu vide de sens :

De mémoire, ça ne m’est jamais arrivé (ouf, au moins une galère que j’ai évitée).

* Quand tu t’es dit qu’il y a des gens moins bien lotis que toi, et que du coup, tu t’es laissé faire :

Il m’est arrivé de me laisser faire (et même plus souvent qu’à mon tour). Mais pas avec l’altruisme évoqué dans la phrase ci-dessus. Juste parce que j’avais besoin de bouffer, de me loger, de payer mes factures, d’entretenir mes enfants… Juste pour ne pas me retrouver au chômage – encore.

****************

Il y avait beaucoup de choses dans cette liste. Il y a beaucoup de correspondances dans ma vie professionnelle, avec cette liste. Beaucoup de choses, aussi, dont je n’ai pas parlé faute de place, de temps (et aussi par crainte de lasser mes éventuels lecteurs). Des insultes. Des humiliations. Des coups de rage à te faire bouillir la tête, et que tu dois contenir en serrant les poings, les dents, tout ce que tu peux serrer, parce que si tu t’emportes, tu te mets en tort. Des injustices que j’ai subies, d’autres que j’ai vues (et pour celles-là, en général, j’intervenais, ce qui m’a fait perdre mon boulot).

Beaucoup trop à dire. Et le pire, dans tout ça, c’est que c’est tellement banal que je sais que cet article ne va pas surprendre grand-monde.

Oui, au fond, c’est ça, le pire : c’est d’une affligeante banalité. On n’y fait même plus attention. On est assommé, et on se contente de continuer à avancer, comme des bœufs sous le joug, sans même savoir, sans même chercher à savoir, si on ne nous dirige pas tout droit vers un précipice.

 

 

Je croyais que ça allait mieux 5 janvier, 2016

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 12:30

Oui, vraiment, je le croyais. On s’avançait doucement vers le 7 janvier. Je me disais que la semaine allait être compliquée, mais que ça irait. Que les cérémonies, c’est fait pour aider tout le monde à tourner la page. Qu’après tout, ces gens, même si leur décès m’a causé un tel choc que c’était comme si j’avais perdu des proches, en fait, je ne les connaissais pas, je ne les avais jamais vus, je m’étais contentée de les lire lors de notre rendez-vous hebdomadaire. La seule intimité que je partage avec eux, tous comptes faits, c’est que ce sont les seules personnes que j’autorise à m’accompagner aux toilettes. Oui, vraiment, je croyais que ça allait mieux. J’en étais persuadée.

Mais me voici en cette matinée où les plaques sont dévoilées aux endroits fatidiques, où les minutes de silence s’enchaînent, que je partage comme une conne, plantée dans mon salon, devant la télé, son coupé, apercevant de temps à autre des têtes connues, des membres de Charlie. Me voici de nouveau avec cette nausée, ces larmes qui brûlent mes yeux, cette gorge qui se serre à n’en plus finir, presque autant que l’an dernier, et une question me hante. Comment font-ils, eux ? Quand je constate la violence de mes émotions, moi qui ne suis qu’une étrangère, si ce n’est de cœur, je me demande où ils trouvent la force d’être là, aujourd’hui, pour ces cérémonies. Comment ils peuvent ne serait-ce que tenir debout. Je sais bien qu’ils le font pour leurs amis, leurs frérots, que c’est une façon d’être encore un peu avec eux. Je sais tout cela, et pour autant je ne comprends pas comment ils y parviennent.

Tout a gardé une impression d’irréalité. Chaque semaine, quand j’ouvre mon Charlie, je m’attends à y retrouver, comme d’habitude, les dessins des uns, les textes des autres. Me voici orpheline de ces petits morceaux de rire ou de réflexion qu’ils m’offraient, sans compter, depuis plus de vingt ans. C’est comme s’ils mouraient encore un peu chaque semaine. Et ce matin, c’est comme s’ils mouraient encore beaucoup plus.

Pardon si je ne parle que de Charlie. Je me sens triste aussi pour les autres victimes et ceux qui les ont perdues. Triste, mais moins « directement » concernée. Ils ne partageaient pas ma vie, tandis que Charlie m’accompagne depuis presque aussi longtemps que mon fils aîné.

Je viens juste d’entendre que la plaque apposée sur les anciens locaux de Charlie avait dû être couverte de nouveau : une erreur sur le nom de Wolinski. Mustapha Ourrad doit être en train de dire aux autres qu’un bon correcteur, c’est important – mais ils le savaient, je pense. Cette erreur, c’est comme un clin d’œil de la vie dont ils auraient tous apprécié l’ironie.

C’est bien que ces hommages se déroulent aujourd’hui, et pas dans deux jours. Dans deux jours, il faut leur foutre la paix, aux survivants, aux familles, aux amis, aux proches. Dans deux jours, le silence sera assourdissant dans le cœur de beaucoup de monde.

 

 

Et mon poil dans ta face, ça te dit ? 29 décembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 13:18

Monsieur Longuet,

 

C’est d’une main dont la paume ne comporte nul poil que je vous écris. Notez qu’avec cette entrée en matière, je situe d’entrée de jeu le but de la présente. Notez aussi que je tape sur mon clavier avec mes deux mains, mais que la tournure du singulier m’a semblé plus élégante.

 

J’ai bien failli ne pas vous écrire, vous savez ? Non pas par paresse, mais pour plusieurs autres raisons. D’abord, parce que je pense que vous ne lirez jamais ces lignes – quelqu’un les lira pour vous, et si jamais j’obtiens une réponse, ce dont vous me permettrez de douter, elle ne sera pas de votre main, mais rédigée par quelque sous-fifre. Ensuite, parce que, bien davantage que ce temps que je vous consacre présentement, c’est  mon mépris que vous méritez, et que le meilleur des mépris est, paraît-il, le silence. Puis je me suis souvenue que, comme je le fais dire à l’un de mes personnages, « pet retenu, furoncle au cul ». J’avoue que j’aurais grand-peine à voir mon visage du bas défiguré par une rondeur non désirée, et par votre faute : voici, donc, que je vous contacte.

 

Je me suis livrée, après une brève recherche, à une comparaison amusante : votre parcours, et le mien. Cet exercice m’a amenée tout droit à une conclusion que je vous livrerai ci-dessous. Mais entrons d’abord dans les détails, si vous voulez bien. Vous ne voulez pas ? Moi, si.

 

J’ai exercé de nombreux métiers. Métiers de bureau, où la fatigue n’était certes pas physique, mais non sans stress – il fallait des résultats, n’est-ce pas. Métiers de l’hôtellerie : beaucoup d’heures, beaucoup de kilomètres parcourus, encore du stress engendré par des patrons qui mettent la pression, des clients pas toujours des plus agréables. Métiers du commerce : stress encore. Puis des métiers que je suis obligée de qualifier de « métiers de merde ». Et là, je dois dire que j’ai bien exploré. Saisons agricoles, lourdes charges, conditions météorologiques pénibles, missions intérimaires et CDD à répétition en agroalimentaire, où au stress (eh oui, toujours) se mêlent des conditions physiques qui, avec le temps, se soldent par des séquelles physiques. Deux ans ne m’ont pas suffi à m’en remettre. Deux ans sans pouvoir travailler, parce que, malgré des recherches très actives dans mes autres domaines d’expérience, je n’ai rien trouvé (eh oui, trop longtemps sans les avoir exploitées, ces expériences, puisque, crétine que je suis, je voulais tout de même gagner ma vie dans les boulots de merde précédemment évoqués). Me voici donc devenue ce que vous avez ouvertement méprisé dans un récent entretien médiatique : une chômeuse longue durée. De ceux dont vous considérez qu’ils ont, je vous cite « un poil dans la main », et qui refuseraient de travailler, si je résume bien vos propos.

 

Parlons à présent de vous. De longues études, puis, directement, des postes choisis, tournant autour de la politique (ne me dites pas que vos postes dans des préfectures n’ont rien de politique, je n’ai pas le cœur à rire en ce moment précis). J’ai eu beau parcourir votre CV en long, en large et en travers, je n’y ai pas trouvé la moindre trace d’un véritable labeur. Jamais de main dans le cambouis. En fait, tout ce que j’ai trouvé d’efforts physiques dans votre parcours concerne vos loisirs d’étudiant. Vous saviez, quand vous dirigiez Occident, groupuscule d’extrême-droite, et qu’à ce titre, vous vous régaliez à frapper des étudiants d’extrême-gauche, comme à Rouen, où l’une de vos victimes a eu droit à un chouette coma. Sans doute encore un fainéant qui a fait semblant de dormir pour ne pas aller en cours. Tous pareils, ces gauchistes, s’pas…

 

Alors, de nous deux, qui a mouillé sa chemise en risquant sa santé (et en l’y laissant) dans des emplois pénibles, et qui a les mains douces de n’avoir jamais servi ?

 

S’il y a, entre vous et moi, des mains où les poils ont tout loisir de pousser jusqu’à se muer en canne, ce sont les vôtres, monsieur, pas les miennes. Voici la conclusion que je tire de la comparaison de nos parcours.

 

C’est d’ailleurs pour cette raison que je vais utiliser pour prendre congé l’une de mes expressions favorites : je vous conchie sereinement, monsieur, et du plus profond de mon être.

 

PS : la présente lettre, en plus de vous être adressée, sera hébergée sur mon site internet, et dûment partagée pour en faire profiter le plus grand nombre possible. Ah, et quitte à vous contrarier, je ne puis résister au plaisir de vous confier que je vote pour l’extrême-gauche depuis des années. Sans rancune, hein.

 

 

Un p’tit bout d’soleil 18 décembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 15:22

Mes billets d’humeur peuvent sembler l’être souvent de mauvaise – humeur.

Mais pas aujourd’hui ! Même si ça avait mal commencé… Passons.

Ce matin, je devais me rendre à Valence – et j’y suis allée pour rien, mais c’est une autre histoire. J’avais opté pour le train – plus pratique, surtout pour se garer dans le centre ville. J’étais donc un peu scrogneugneu, d’autant que j’avais trois quarts d’heure d’attente avant mon train de retour. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je décide donc d’aller boire un café en terrasse (résistance !) face à la gare. Sur ladite terrasse, quelques clients profitant de ce beau (mais anormal) soleil d’une mi-décembre. J’en avise un, l’air farouche, fermé, les traits durs. Pas tibulaire, quoi, mais presque – copyright Coluche. Bon. Je commande mon café, et je commence à le boire en lisant mon Charlie (sponsor officiel de toutes les sorties où je sais que je vais devoir attendre). Vient un moment où, relevant la tête, mon regard retombe sur ce type. Le même, sauf que non. Son visage s’éclaire, littéralement, et le soleil n’y était pour rien. Il se lève et se hâte vers l’autre côté de la terrasse : scène typique du gars qui attendait quelqu’un et qui l’accueille enfin. Je tourne la tête et je vois ce qui l’émeut autant : une petite fille, accompagnée de deux femmes d’un certain âge, voire d’un âge certain, se précipite contre lui pour un énorme câlin. Le câlin qui dure, et qui serre fort-fort-fort.

En temps normal, ma nature de gratte-papier – ou plutôt, avec le temps et les progrès, de gratte-clavier – me pousse à imaginer l’histoire autour de la vision. Je chipe un p’tit bout d’humanité, un p’tit morceau de la vie de quelqu’un que je ne connais pas, et je brode l’avant, le pendant, et l’après. C’est une sorte de réflexe, voire une manie. Et, comme à l’accoutumée, en assistant à cette scène, j’ai commencé à le faire. Je me le suis tout aussitôt interdit, en me mettant mentalement une claque sur la main – essayez, ce n’est pas si difficile. Ce que je venais de voir était trop mignon pour que je cherche à lui trouver l’écrin d’une histoire plus ou moins bien bâtie. C’était un petit morceau de bonheur brut, de joie pure. Trop pure pour avoir besoin d’un emballage qui aurait risqué de la dénaturer. Je me suis donc replongée dans ma lecture et mon café, avec, sans doute, l’ombre d’un sourire sur les lèvres.

L’heure de mon train se rapprochant, je me suis levée de table et me suis dirigée vers le petit groupe qui s’était installé là où l’homme attendait. Ils étaient encore sous le coup de l’émotion de leurs retrouvailles – c’en étaient, cela sautait aux yeux, même en refusant d’imaginer. Je leur ai juste dit quelques mots :

- Excusez-moi… Je ne vous connais pas, je ne connais pas votre histoire, mais, tout à l’heure, monsieur, votre visage s’est tellement éclairé quand la petite est arrivée que vous avez ensoleillé ma journée, et je voulais juste vous le dire. Voilà, c’est tout, bonne journée à vous tous.

Je me suis éloignée sans même chercher à savoir leur réaction, une fois la surprise – agréable, apparemment – passée. Mon pas s’était fait plus léger, et mon p’tit cœur itou. C’est con, des fois, comme ça tient à peu de choses, hein ?

Une fois revenue à Romans, au sortir de la gare, une jeune fille avait du mal à faire monter l’escalier du passage souterrain à sa grosse valise. Un homme lui a proposé son aide, elle a poliment et gentiment refusé. Je la lui ai proposée à mon tour – elle avait peut-être refusé  par crainte – mais j’ai reçu la même réponse. Quand je suis arrivée à la hauteur du type, il m’a demandé son chemin. Plutôt que de lui donner les renseignements demandés, je lui ai offert de le déposer en voiture. Nous avons eu, chemin faisant, une plaisante conversation sur le rapport à l’autre, sur l’importance des jolies petites choses du quotidien – je lui avais raconté la scène de la terrasse. Par chance, j’étais tombée sur l’un de mes semblables. Quelqu’un qui a de l’intérêt pour l’autre, qui aime à semer de petits rayons de soleil, comme ça, pour rien, en proposant son aide, avec un sourire, un mot gentil… Et ça m’a fait du bien de me sentir moins seule, moins incongrue dans ce monde d’égotisme, d’égoïsme, d’individualisme. Lui aussi, apparemment. Je n’ai pas cherché à savoir qui il était, ni pourquoi il se rendait au lycée. Il n’a pas cherché à se renseigner non plus. Mais c’était plaisant, comme à chaque fois que je rencontre quelqu’un qui a conscience de la vie des autres.

Voilà donc comment une journée qui était officiellement mal barrée peut se retrouver transformée par de petites joies de passage, de la même façon qu’un rayon de soleil entre des nuages les orne de poussière dorée. Et parce que je suis comme je suis, j’avais envie de partager ces petits riens avec vous.

PS : et le premier qui me traite de bisounours, j’lui défonce sa tronche.

 

 

Mon père, ce hér… Ah ben non, ce réfugié déserteur, du coup ? 13 décembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 18:40

Entendu et lu ça et là, au milieu d’autres propagandes nauséabondes : « les réfugiés sont avant tout des déserteurs ».

Et là, comment dire… C’est tout mon univers familial historique qui s’effondre. Comme je l’ai dit auparavant, j’ai mis longtemps, somme toute, à comprendre que mon père était un héros. Il n’en faisait pas étalage, parlait de la guerre et de son engagement comme de choses normales, qui coulaient de source, et ce n’est qu’une fois adulte que j’ai touché du doigt l’ampleur de la chose.

Quitter son pays, en risquant sa vie, éviter les contrôles dans le but de passer à tout prix, pour rallier l’Angleterre, ce n’était pas rien. D’autres avaient choisi de rester et de continuer la lutte sur place : les maquisards. Pendant la guerre, les combattants étaient répartis, pour résumer grossièrement, en FFI (forces françaises de l’intérieur) et FFL (forces françaises libres). L’ont-ils fait pour fuir ? Non. Ils l’ont fait pour pouvoir se préparer à reprendre la lutte. En attendant, personne ne savait, au départ, s’ils allaient vraiment continuer le combat ou non… Et du reste, il s’en est trouvé pour partir en Angleterre… et ne pas revenir se battre. Parce qu’ils se sont trouvés plus utiles en aidant l’État-major, ou parce qu’ils ont eu peur d’y retourner ? On n’en sait rien – eux seuls l’ont su.

Le fait est qu’avec cette ascendance, je ne peux pas m’empêcher de penser, quand j’entends ce genre de phrases, que mon père a été un réfugié. Qu’on aurait pu le prendre pour un déserteur. Que c’était un homme, et qu’il n’était pas parti avec femme et enfants (il n’en avait pas encore). Parce que oui, quand on entend cette phrase sur les réfugiés-déserteurs, l’argument de poids qui suit, c’est « quand on est réfugié, on envoie d’abord sa famille à l’abri, et là, dans ces migrants, il y a tout de même beaucoup d’hommes ». Mon père et ses camarades étaient jeunes – très jeunes. Nombre d’entre eux, en cette époque où l’on ne devenait majeur qu’à 21 ans, avaient dû trafiquer leur identité pour se faire passer pour des adultes (ce fut le cas pour mon père). Donc, hommes ils étaient, sans femme, sans enfant. Et pourtant, pas déserteurs. Pas migrants. Des combattants qui avaient choisi de se rassembler en terre libre.

Alors, quand les racistes affirment que les réfugiés sont des déserteurs, j’ai l’impression que c’est aussi de mon père et de ses camarades qu’ils parlent. Qui sont-ils pour affirmer que parmi les réfugiés, il n’y a pas de futurs combattants, de futurs équivalents des FFL ? Nul n’aurait pu l’affirmer – ni cela, ni le contraire – pour mon père et ses camarades. Pourtant, ils l’ont fait. A l’heure où ces mêmes gens, qui crachent sur les réfugiés, essaient par tous les moyens, de récupérer le capital de sympathie du Commando Kieffer, j’avoue avoir du mal à comprendre la logique de leur raisonnement.

Pour prendre à revers les arguments des le pen-à-jouir, « si les gars du Commando Kieffer avaient été accueillis en Angleterre comme les fachos voudraient qu’on accueille les réfugiés aujourd’hui, ils n’auraient jamais pu débarquer le 6 juin 1944″.

 

 

Je t’aime, France 18 novembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 12:01

Ben ouais, c’est comme ça. Je t’aime.

Pour être tout à fait honnête, ça ne fait pas si longtemps que je l’ai compris. Tu sais ce que c’est, hein. On prend l’habitude. On se voit tous les jours, et accessoirement, tu n’es pas toujours à ton avantage. Parfois, tu te laisses un peu aller, tu dis des choses pas toujours intelligentes, pas toujours sympa, tu as parfois des mouvements d’humeur qui me hérissent le poil… Tu as tendance aussi à avoir (et à donner) une mauvaise image de ce que tu es. Alors, bah, forcément, tout ça ne crée pas un climat propice à la tendresse.

Et puis, faut dire aussi que je te connais depuis toujours. Tu fais partie de mon décor, avec tes défauts et tes qualités. Et tu sais comment c’est, quand on vit depuis toujours (ou presque) avec quelqu’un : tu zappes un peu ses qualités, et en revanche, ses défauts t’agacent au point de, parfois, prendre toute la place.

Mais là, je te redécouvre. J’ai l’œil émerveillé d’une première rencontre. Pourquoi ?

Parce qu’alors que je craignais tes pires réactions à la suite de ces attentats, tu montres le meilleur de toi. Quelques couacs ici et là, d’accord (sans quoi ce serait un miracle), mais dans l’ensemble, dans l’immense majorité de tes réactions, tu es juste au top. Je pensais que les quelques parasites haineux de tous bords qui hantent parfois ta conscience allaient aboyer à qui mieux mieux. Oh, ils aboient, hein, bien sûr… Comme dans l’histoire de la tortue et du scorpion : ce dernier pique parce que c’est dans sa nature… Mais la voix des charognards et autres vautours a été noyée dans celles des gens de bien. Dans celles des gens qui ont compris qu’ensemble, ce n’est pas un vain mot ni une vue de l’esprit, encore moins une illusion de bisounours. Il y a quelques râleurs, c’est normal, sans quoi ils ne seraient pas français. Ceux qui refusent d’arborer tes couleurs ou de chanter ton chant. Je comprends leurs raisons. Ils en ont le droit. Parce que chez toi, France, on est libre.

Je t’aime, France, parce que tu me montres qu’au moment même où tu devrais rester prostrée dans le désespoir, l’inquiétude, la défiance, la recherche de coupables faciles, plus faciles à atteindre que les vrais coupables, tu t’es relevée, tu as épousseté ce genou qui avait été mis à terre, tu as essuyé le sang au coin de tes lèvres (très Bruce Lee, comme image), et tu t’es montrée telle que te rêvent les gens de par le monde. Forte, pleine de gouaille, le poing levé, à chanter ta chanson, récupérant tes trois couleurs que les fachos pensaient avoir kidnappées, dans ce mélange de tendresse et d’humour qui te rend unique au monde. Un physique à la Bardot (jeune, hein), un humour à la Coluche, une force à la Balavoine, un ton à la Renaud, une sagesse à la Brassens. Parfaite, ou presque. Insoumise, solidaire et culottée.

Oui, c’est comme ça que je t’aime. Quand tu envoies bouler les peine-à-jouir, les peine-à-aimer, les peine-à-vivre.

 

 

La peur sans paralysie, la colère sans aveuglement 15 novembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 11:54

Être fille de héros, ça vous fait adopter un regard différent sur les choses de ce monde – surtout les plus dramatiques.

D’abord, ça vous permet de savoir de quelle étoffe c’est fait, un héros, au-delà des clichés habituels que fabrique la société par besoin d’icônes. Le héros sans peur et sans reproche, par exemple.

Parlons-en, de la peur. Un héros qui n’a pas peur n’est pas un héros. C’est juste un inconscient qui n’a pas à lutter pour surmonter, justement, sa peur. Aucun mérite de sa part : ne se rendant pas compte des conséquences, il fonce dans le tas sans se poser de question. Où est le courage, là-dedans ? Le courage est le fils de la peur. C’est en elle qu’il puise sa force. Plus la peur est grande, plus grande est la force nécessaire pour la vaincre. Un vrai héros connaît la peur. La peur nous rappelle la valeur de la vie – la nôtre, et par extension celle des autres.

Le slogan « not afraid », traduit par « même pas peur » est en ce sens une absurdité, même si je comprends sa genèse. Ce n’est pas la peur qu’il faut refuser, c’est la paralysie qu’elle tente d’engendrer. Là réside le vrai courage. Il est vrai qu’en terme de marketing, le slogan « même pas paralysé » sonne moins bien, et ne correspond guère à notre société pressée, qui a besoin de comprendre tout de suite, à la seconde, pour adhérer à une idée. Donc, allez, à la rigueur, admettons le « not afraid », mais sans oublier ce qu’il doit signifier au fond.

Pendant les jours, les semaines, les mois, voire les années à venir, oui, nous sentirons la peur lorsque nous sortirons de chez nous pour nous rassembler dans un lieu de vie. Nous aurons peur, et c’est normal. Il nous faudra surmonter tout cela, et continuer à vivre à notre façon, ce qui est en outre un moyen assez simple et efficace de dire « je t’emmerde » aux terroristes qui prétendent influer notre mode de vie. J’ai entendu hier soir une intervention intéressante : « la peur nous vient de la pulsion de vie ; ces gens-là ont la pulsion de mort ».

La colère aussi est normale. Il ne faut pas essayer de la juguler, de la faire taire. Ne pas en ressentir face à ce genre d’événements révèle une forme de sociopathie – allez vite consulter si vous n’êtes pas en colère ces jours-ci. La haine elle-même est normale. Cependant, même si c’est difficile (et cette difficulté augmente à mesure que notre réflexion diminue), il ne faut pas qu’elle nous aveugle, et qu’elle choisisse elle-même ses cibles. Dès lors qu’on comprend que non, ce ne sont pas les Arabes en général, que non, ce ne sont pas les musulmans en général, on est sur la bonne voie. Mais cela ne suffit pas : quand on acquiert cette conscience, elle se mue en devoir. Le devoir de le faire comprendre à ceux autour de nous que la colère aveugle. A chaque abruti qui profère « dehors, les Arabes » ou autre joyeuseté du genre, daesh est satisfait, puisque cela fait partie de ses objectifs. Si nous, qui avons compris cela, nous taisons en entendant ou en lisant ce genre de choses, nous sommes ses complices par inaction. Pour reprendre Desproges, je veux bien fermer les guillemets, mais pas ma gueule.

A titre personnel, nous ne pouvons pas faire grand chose, clairement. Vendredi soir, deux heures avant les attentats, je parlais de notre société actuelle avec monsieur chéri, je lui disais ma colère, ma rage, qui me ronge un peu plus chaque jour. J’ai fini par lui demander comment lui se sentait dans ce monde. Coïncidence ou intuition, prenez-le comme vous le voulez, comme vous le sentez. Reste qu’en fin de soirée, colère et sentiment d’impuissance ont encore gagné en force.

Impuissants : voilà comment nous nous sentons. Nous ne le sommes pas. Quand je dis que nous ne pouvons pas faire grand chose, cela veut dire tout de même que nous pouvons faire un peu. A notre niveau, avec nos moyens. Empêcher notre peur de devenir paralysie, c’est agir. Continuer à vivre comme nous l’entendons et non pas comme on prétend nous l’imposer, c’est agir. Expliquer sans relâche aux haineux qu’ils se trompent de colère et de cible, c’est agir. Le faire dans la mesure du possible avec calme, discernement, pédagogie, c’est agir. Et agir, c’est résister.

Ce discours n’est pas bisounours. Il s’agit d’opposer la lumière à l’obscurantisme, la réflexion à l’endoctrinement, l’humanité à la bestialité, l’amour à la haine. Ce n’est pas choisir la facilité, bien au contraire. Il est très difficile de garder son calme face à quelqu’un qui écume, bave aux lèvres, éructant sa haine et sa bêtise crasse. Il est très difficile de maîtriser sa peur et sa colère pour en faire des armes. Il est très difficile de tendre sa main quand on a juste envie de prendre l’autre par le colback et de le secouer jusqu’à lui décoller la pulpe du fond.

Dernière chose : le « pray for Paris ». Soyons clairs, je ne suis pas ingrate, loin s’en faut. Je souhaite juste éclaircir un point. Une solidarité mondiale, ou presque, s’exprime par ces mots. C’est gentil, et pour tout dire, ça fait du bien. Vraiment. Mais j’ai les dents du fond qui grincent un peu. A ces prières, j’aurais préféré des pensées. D’abord, parce que la pensée éclaire tandis que la foi amène dans son paroxysme au contraire. Les religions font tout de même plus de mal que de bien, notamment ces derniers temps. Si on pouvait nous lâcher un peu les noisettes avec ça, ce serait pas mal. Notez que je verse un peu dans l’ironie, là, mais c’est mon système de défense depuis toujours. Autre chose, et plus important, sur ce message : c’est un slogan qui se veut universel. Or, il exclut de fait tous les athées, agnostiques et autres non croyants. Moi qui en fais partie, et bien que ressentant un besoin tout à fait logique d’exprimer ma solidarité de Française et d’humaine, je ne peux en aucune manière adhérer à cela. C’est contre mon ADN. S’il vous plaît, ne priez plus pour Paris, ou en tout cas, n’en faites pas un ralliement. La prière ne peut en aucun cas être universelle ; la pensée l’est. Je pense, donc je suis. Une pensée pour Paris, c’est beaucoup mieux – et une pensée, ça fait beaucoup plus chaud au cœur.

C’est peut-être parce que j’ai un caractère de cochon, mais j’ai une sainte horreur qu’on tente de m’imposer quelque chose que je n’aurais pas choisi. C’est comme ça, et depuis toute petite. Pas de raison que ça change. Pour ça que j’ai écrit hier :

« Nul ne peut me contraindre à la haine, et je reste maîtresse de mes détestations. Là commence la résistance. »

 

 

Quand on doit remplir un dossier pôle-emploi… 4 novembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 17:00

 

 

Du plus loin que me revienne

L’ombre de mes démarch’s anciennes,

Du plus loin, du premier rendez-vous,

Du temps des premières géhennes,

J’avais dix-huit ans à peine,

Et, ma foi, j’avais besoin de sous,

Que ce furent, j’étais précoce,

De gros tracas pour un’ gosse,

Ce dossier refait dix fois en tout,

Du plus loin qu’il m’en souvienne,

C’est bien du pareil au même,

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

J’en ai bouffé, des passages,

Et j’ai rempli bien des pages,

Coché des cases dessous et dessus,

J’ai subi le babillage

Des conseillers de passage,

A peine vus, déjà disparus,

Et à travers leur visage,

J’enlaidissais mon image,

Je me voyais tout droit au rebut,

Je dénigrais mon bagage,

Confondais but et mirage,

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

Sur la longue route

Parsemée de trous,

Sur la longue route,

Je doutais de tout.

Le vent de décembre

Me gelait au cou ;

Qu’importait décembre,

J’avais rendez-vous.

 

Elle fut longue, la route,

Mais je l’ai faite, la route,

Celle-là qui menait jusqu’à vous.

Et je ne suis pas parjure

Si ce soir je vous jure

Que je la finis sur les genoux.

Il en eût fallu bien d’autres

Que vous, les mauvais apôtres,

Que l’hiver ou la neige à mon cou,

Même quand je perdais patience,

Que je rêvais de violence,

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

Mais tant d’hivers et d’automnes,

De nuits, de jours, et personne,

Rien n’était jamais à votre goût,

Et, du coup, perdant courage,

Soudain me prenait la rage,

A vouloir vous jeter des cailloux.

Que le diable vous emporte,

Il fallait bien que ça sorte,

J’ai gueulé comme un putois sur vous,

Oui, j’ai foutu le bordel,

Mais reconnaissez, quand même…

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

J’ai pleuré des larmes

Mais qu’il me fut doux,

Oh, qu’il me fut doux

Ce premier virement de vous.

Et toutes ces larmes

Dont chacun se fout,

Bande de balourds,

Vous souvenez-vous ?

 

Ce fut un soir en septembre,

J’en avais assez d’attendre,

Je n’y croyais vraiment plus du tout ;

A force de vous écrire,

A continuer sans rien dire,

C’est là que j’ai compris tout à coup :

C’est un’ sorte de triage,

Pour vous voir, faut du courage,

Et vous vous débarrassez de nous,

Qu’importe ce qu’on peut en dire,

Je tenais à vous le dire,

Je n’aurai jamais le coup de mou,

Qu’importe ce qu’on peut en dire,

Je suis venue pour vous dire

Que je compte bien aller jusqu’au bout.

 

(Pardon, Barbara)

 

Image de prévisualisation YouTube
 

 

Hey Luz, don’t make it bad 28 septembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 11:48

Cela faisait un moment que cet article mûrissait (à tel point qu’il est presque blet)… Depuis que Luz a annoncé son départ, depuis, surtout, qu’il s’est fait tirer dessus à boulets rouges après cette annonce. Parce que j’avais envie de le défendre, de dire qu’il a le droit de faire ce qu’il veut de sa vie, qu’il ne nous doit rien, surtout avec tout ce qu’il nous a apporté. Que c’est ignoble de l’accuser de manquer de courage alors même qu’il a tenu le coup toutes ces années – parce que, ses accusateurs étant souvent des néo-charlistes, ils ignorent sans doute que les gens de Charlie vivent sous menace depuis, quoi, une dizaine d’années, je dirais. J’avais envie de dire tout cela, et aussi, et surtout, que je le remerciais de m’avoir accompagnée sur un bon bout de chemin.

En même temps, évidemment, je n’envisage pas son départ de gaieté de cœur. Bien sûr que ça me chagrine, de savoir que je ne vais plus aller à sa rencontre chaque semaine, pour qu’il puisse me faire rire, m’interpeler, me faire réfléchir, résumer le (parfois) fatras de mes pensées et avis via un dessin percutant, évident, limpide. C’est sans doute pour cette raison, d’ailleurs, que le présent article a passé tout son été dans ma tête plutôt qu’affiché ici. Parce que je comprends mais que merde, tout de même, j’ai pas envie. Mais bon. Sachant qu’on ne se doit rien l’un à l’autre, hormis le respect et la compréhension qu’un humain doit à un autre humain, je ne peux que lui souhaiter bon vent.

Et v’là-t-y pas que ce week-end, j’ai appris que Patrick Pelloux allait, lui aussi, quitter Charlie. Du coup, l’article, au fond du bordel de ma caboche, est venu me brailler dans les oreilles « hey, ho, il serait temps, là, tu crois pas ? ».

Ouais. Il serait temps de faire ce que je suis présentement en train de faire : rédiger.

Pas plus que Luz, je n’ai envie de voir partir Pelloux. Mais pas plus pour l’un que pour l’autre, je n’en suis étonnée. Je savais que cela arriverait tôt ou tard ; la seule chose que j’ignorais, c’était quand. On ne peut pas, comme l’a fait Pelloux, tenir les autres à bout de bras en omettant plus ou moins ses propres fragilités ad vitam aeternam. Je l’avais déjà écrit, j’étais plus qu’inquiète pour lui. Manifestement, il a réussi à le faire sans (trop) craquer, et pourtant, à qui a dévoré ses chroniques pendant des années, il est évident que l’envie n’est plus vraiment là, que depuis janvier, il remplit son rôle plus par sens du devoir que par désir personnel. Presque comme s’il se forçait. Et parce que j’aime beaucoup ce type (c’est valable pour Luz, aussi), je n’ai pas envie qu’il se force pour satisfaire mon égoïsme (et celui des autres lecteurs aussi, hein, je sais n’être pas le nombril du monde). J’ai l’impression qu’ils se font tous les deux violence pour nous filer notre dose hebdomadaire, et je n’ai pas envie de ça pour eux. Comme l’a écrit le grand penseur Jean-Jacques Goldman (oui, bon, j’aime bien écrire des conneries quand je suis émue, j’ai le droit, non ?) : « et puisque nous t’aimons trop pour te retenir ».

Je sais bien que ça fait loukoum ascendant eau-de-rose fabriqué par un Bisounours, mais c’est un peu ça. Parfois, on préfère renoncer à son propre bien-être pour pouvoir laisser partir ceux qui en ont besoin. Bon, fait chier, merde, et tout et tout, mais on y arrive.

Quant aux abrutis qui racontent que ces gars manquent de courage, c’est tellement con et ridicule que je n’ai même pas envie de démontrer à quel point ils ont tort. Ce serait une lapalissade.

En tout cas, les gars, merci de m’avoir régalée pendant tout ce temps, bon vent à tous les deux, retrouvez le feu sacré là où vous le pourrez (mais ne nous laissez pas trop longtemps sans nouvelle, hein ?). Je ne suis pas d’ordinaire très démonstrative, physiquement parlant, mais je fais exception je vous embrasse et vous fais un câlin-pote (ainsi qu’à ceux qui restent, pas de jaloux – c’est tout même redoutablement prétentieux de penser que jaloux il y aurait, vous ne trouvez pas ?). Merci, bonne route, et au-revoir.

Et quitte à sombrer dans les bons sentiments, je laisse le mot de la fin à un autre :

 

Image de prévisualisation YouTube
 

12345
 
 

LE JARDIN DE L’AMITIE |
wildcatsworld |
wwwfodelinfo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Infos du jour
| Mosaïque
| Les Roses de l'Unité contre...