C’est tout moi !

 

Une histoire de perquisitions… 18 octobre, 2018

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 16:00

On nous demande ça et là, à nous autres insoumis, de donner notre sentiment sur les perquisitions qui ont eu lieu mardi dernier, chez plusieurs membres de la France insoumise et dans nos locaux parisiens, ainsi que dans ceux du parti de gauche.

J’ai la curieuse et pénible sensation de me répéter avec l’enthousiasme d’un perroquet apprenant une nouvelle expression, et je crains qu’à force de devoir répondre sur le même sujet, je n’y perde un peu de ma force de conviction (là, par exemple, vous voyez, c’est une boutade).

Ah oui, au fait : si c’est la première fois que vous me lisez, je suis une pratiquante assidue de l’ironie, de l’humour noir et pince sans rire, ne soyez donc pas surpris.

Première étape, et pas la moins pénible : le rappel des faits. Est-ce nécessaire ? Je pense que oui. Pour avoir ingéré la nauséabonde bouillie que déversent avec entrain les médias mainstream, l’inénarrable Barbier en tête, je ne sais que trop à quel point il est opportun de rappeler ce que tous ces braves gens ont une fâcheuse tendance à oublier : les détails (là où le diable se cache, paraît-il). Vais-je être exhaustive ? J’en doute, parce que je ne vous cache pas que je déploie une fameuse énergie, depuis mardi. Je vais donc me concentrer sur ce qui n’est pas assez souvent rappelé à mon goût.

L’aspect juridique, tout d’abord. Ce type de déploiement est d’ordinaire réservé au grand banditisme ou au terrorisme. Alors, oui, je veux bien croire que les insoumis terrorisent Macron et ses sbires, mais la comparaison s’arrête là… On oublie de dire que Bompard, responsable de la France insoumise et présent sur les lieux, a été empêché d’entrer dans les locaux. La perquisition se déroulait tranquillou pépère, sans lui (vous savez, derrière la fameuse porte que Mélenchon et les autres ont essayé d’enfoncer ?). En revanche, on n’a pas oublié de le molester, lui et d’autres. On reparle du policier qui se rue sur quelqu’un, le jette à terre, puis l’étrangle ? Ou de celui qui grimpe sur une table ? C’était quoi, le projet ? Il regarde trop de catch et voulait se jeter sur les insoumis depuis son perchoir ? Wow… Peut-on reparler aussi de la liste des documents réquisitionnés qui n’a pas été dressée, pas plus que le PV qui aurait dû être fait et signé sur place ? « on le fera plus tard » Ben tiens.

L’aspect émotif, ensuite. Je n’aime pas m’énerver. S’énerver signifie perdre le contrôle, et je déteste perdre le contrôle. C’est comme accorder un point à celui qui nous a énervé. Et je n’aime pas accorder de points. Mais ça, c’est ma façon de gérer les choses. Tout le monde ne le fait pas, et d’ailleurs tout le monde ne parvient pas à le faire (c’est physiquement éprouvant, de refuser toute forme de lâcher-prise). Et je suis bien placée pour comprendre ce que l’on ressent lorsque l’on est accusé de quelque chose que l’on n’a pas commis, d’être traité en criminel alors que l’on n’a rien fait. Je l’ai vécu, sur dénonciation calomnieuse. Et là, même moi, avec ma manie du contrôle, je m’en suis prise à une juge. Malgré les risques encourus. Donc, oui, je comprends cette colère ressentie et montrée. Et même si elle doit nous faire galérer sur le terrain (ce qui n’est pas prouvé, mais j’y reviendrai), j’irais jusqu’à dire que je n’aurais pas compris n’en voir aucune.

Des violences nous sont faites, de toutes les façons possibles et imaginables, depuis des mois et des mois. Des injustices sont commises à notre encontre, depuis des mois et des mois. C’est bien gentil de charger la chaudière jusqu’à la gueule, mais faut pas s’étonner qu’à force, la vapeur sorte.

Est-ce que tout ça va nous faire du tort ? Forcément, mais sans doute pas autant qu’on pourrait le penser. Parce que de la colère, il n’y en a pas que chez nous. S’il y a bien une chose que les gens peuvent comprendre, c’est qu’on puisse mal réagir quand on fait face à l’injustice, à la violence, à l’intimidation. Pour preuve, ceux qui nous rejoignent depuis deux jours. Certains s’éloignent, pour les mêmes raisons, c’est vrai. Mais ceux-là nous avaient rejoints pour le fond, pour ces idées, ces objectifs, cette vision du monde que nous portons. Ils reviendront. Pas tous ? Possible. On verra.

Est-ce que tout cela change quelque chose à mon engagement au sein de la France insoumise ? Ah mais carrément ! Cela renforce ma volonté. Pourtant, je ne pensais pas que cela puisse être possible, mais comme quoi, je devais en avoir encore sous le pied… Peut-être aussi mes origines bretonnes qui me rendent difficile à manœuvrer, je l’admets. Plus que jamais, je refuse de vivre dans ce monde sans me battre pour qu’il change enfin.

Tiens, à propos de changement… Je vois bien tous ces braves gens qui ne manquent pas de faire remarquer que l’ex FN nous soutient dans cette affaire, et s’empressent de mettre en avant un pseudo rapprochement. Je remarque juste qu’ils oublient de souligner qu’à ce compte-là, tout le monde hormis la macronie se rapproche de nous, parce que nombreux sont les soutiens qui nous parviennent. Je vous fais la liste ? Oh et puis non, tiens, cherchez par vous-mêmes, moi, je suis fatiguée. C’est aujourd’hui mon anniversaire, j’ai tout de même autre chose à faire que d’aller fouiller sur le net (surtout que vous en êtes tout à fait capables par vous-mêmes, hein, vous êtes grands, tout ça tout ça).

Une chose ne manque pas de m’étonner. Ces perquisitions ont été menées par des professionnels. Comment diable peuvent-elles être entachées d’autant de vices de procédures qu’il y a de dents dans la mâchoire du chien Némo ? Ma bonne dame, on aurait voulu faire exprès qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Pourquoi ? Si j’étais retorse, je dirais que, sachant qu’il n’y avait rien à trouver dans nos dossiers, autant faire en sorte que le dossier soit annulé pour vice de forme, n’est-ce pas ? Comme ça, on pourra toujours parler de « L’AFFAIRE », avec autant de points de suspension que nécessaire pour que subsiste le doute. Alors que mener à bien un dossier dont on sait qu’il sera vide, quel intérêt de prendre le risque de victimiser les insoumis ?

C’est un chouette statut que celui de victime. Si ça se trouve, Macron nous a fait un chouette cadeau. L’avenir nous le dira.

En tout cas, nous, nous continuons. Personne ne nous fera taire. Pour citer Jaurès :

JE NE PLIERAI PAS, JE NE M’EN IRAI PAS EN SILENCE. JE NE ME SOUMETTRAI PAS. JE NE ME RETOURNERAI PAS. JE NE ME CONFORMERAI PAS. JE NE ME COUCHERAI PAS. JE NE ME TAIRAI PAS. LE COURAGE, C’EST DE CHERCHER LA VÉRITÉ ET DE LA DIRE ; CE N’EST PAS SUBIR LA LOI DU MENSONGE TRIOMPHANT.

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Sans titre 2 avril, 2018

Classé dans : Non classé — Barbara @ 18:45

Hé, je suis comme toi,
Je lutte au quotidien
Pour me payer un toit,
Juste pour acheter mon pain.
Je sais, c’est pas facile,
Se battre pour ses idées
Gérer son domicile
Et ses priorités.
Les Goodyear ont pris cher,
Et toi, où tu étais ?
Herrou, cible judiciaire,
Et toi, qu’est-ce que t’as fait ?

Si tu défends personne,
Toi, qui te défendra ?
Viens avec nous et sonne
Ce qui sera leur glas.

Tu ne t’es pas battu contre la loi travail,
Maintenant, t’es sans recours si ton patron déraille.
Et puis t’es au courant qu’on n’a qu’une seule planète ?
Il faudrait pas la protéger des malhonnêtes ?
J’ai la rage, moi, tu sais, quand je vois ce qui se passe,
Tout ce qu’on nous a pris, tout ce qu’on nous fracasse.
Mais le pire, pour moi, c’est voir que toi, t’es là,
Que t’assistes à tout ça sans lever le petit doigt,
Que tu te recroquevilles sur le peu que tu as,
En gobant sagement les conneries des médias.

Si tu défends personne,
Toi, qui te défendra ?
Viens avec nous et sonne
Ce qui sera leur glas.

Tu répètes que voter, ça sert jamais à rien,
Que comme t’es un malin, tu te feras plus avoir,
Et loin des isoloirs, t’arrives même pas à voir
Qui, au fond, ton absence arrange bien.
On est les plus nombreux,
Où elle est, la logique
Que ce soit toujours eux
Qui amassent tout le fric ?
Imagine un peu, si nous étions unis,
Comment s’en sortiraient les salauds, les nantis ?
T’as pas idée, copain, de toute notre puissance,
Si on se décidait à œuvrer dans le même sens.

Si tu défends personne,
Toi, qui te défendra ?
Viens avec nous et sonne
Ce qui sera leur glas.

 

 

 

La parole des femmes, la peur des hommes 13 novembre, 2017

Classé dans : Non classé — Barbara @ 19:38

Je reviens de faire des courses.

 

Derrière moi, un homme, la soixantaine, pas grand-chose, je prévois de le laisser passer. Arrive un second, mêmes critères.

Il dit à celui qui le précède : « bon, ben on va faire la queue… Enfin, je dis ça, faut faire attention à ce qu’on dit, maintenant, avec ce qui se passe, hein, parce que faire la queue, avec les femmes, hein… ».

 

Bon. Jusque-là, tout va bien. Je me dis que c’est peut-être juste de l’humour. De l’humour pas drôle, selon mes critères, mais ce n’est pas à moi de définir ce qui est drôle ou non, s’pas.

Seulement, voilà, ainsi que je l’avais pressenti, on avait là un chouette spécimen de relou. Et de dire que tout de même, se faire siffler, c’est flatteur, qu’avant, les femmes, elles savaient apprécier les compliments, tout ça tout ça.

Personne ne réagissait, même si j’ai perçu des regards excédés (y compris masculins). Mais la seule réaction qu’il y a finalement eu, c’est la femme devant moi, la soixantaine aussi, coquette : « oh ben moi, si on me fait un compliment, je le prends bien ! ».

Et l’autre d’en remettre une couche.

 

J’aurais pu faire comme tout le monde et fermer ma gueule.

 

J’aurais pu faire comme je fais la plupart du temps et fermer ma gueule.

 

Sauf que non. Parce que, si en ce moment, la parole des femmes se libère enfin, ça provoque aussi et malheureusement la libération de la parole du gros beauf de base (alors que, reconnaissons-le, cette parole-là est libérée depuis toujours), et que j’en suis à point de ras le bol difficile à décrire par des mots polis et calmes.

 

Donc, je me suis retournée vers le gars, et j’ai attaqué.

« Dites… Je suis désolée par avance, parce que je pense que je risque fortement de m’énerver, mais vous savez ce que c’est d’être considéré comme un morceau de viande ? Non, je ne pense pas. Parce que vous n’êtes pas une femme. Et c’est ce que les femmes vivent en permanence, sitôt qu’elles mettent le nez dehors, et parfois même chez elles. »

Il a essayé de s’en sortir par une pirouette, mais je l’avais en ligne de mire, c’était peine perdue.

 

« Vraiment, ça semble vous poser problème, que les femmes parlent. Vous croyez que ça les amuse ? Vous croyez que c’est facile ? Vous venez de parler des actrices, qui selon vous, ont tout accepté quand elles avaient vingt ans et se plaignent maintenant qu’elles sont « vieilles ». Alors, déjà, pour votre gouverne, il y a aussi de jeunes actrices qui portent plainte. Et oui, je le redis, ça demande beaucoup de courage, de parler. Parce qu’on est jugé comme vous êtes en train de les juger maintenant, et aussi parce que dans 75 % des cas, les plaintes ne sont pas suivies de procès. »

Quelques balbutiements, un « ah ben je sais pas, je suis pas gendarme ».

« Je sais pas, si vous êtes gendarme, mais moi, j’ai été victime, et je sais de quoi je parle. Alors je suis désolée, vraiment, si le fait que les femmes parlent et disent que non, nous ne sommes pas à votre disposition, ça vous heurte dans votre fierté de mâle, mais très sincèrement, en tant que victimes, votre fierté de mâle, on n’en a juste rien à foutre. Tant qu’il y aura des gens comme vous pour réagir de cette façon, les harceleurs, les violeurs, et tous ces salopards se sentiront soutenus. Ce n’est pas aux femmes d’avoir honte, c’est à ceux qui leur font du mal, et à ceux qui, comme vous, essaient de rabaisser celles qui ont décidé de ne plus se laisser faire, d’avoir honte ».

 

Il manque quelques phrases, mais je retranscris en gros ce que je lui ai envoyé.

 

Bref, je me suis farci un relou.

 

 

L’appel des résistants 12 novembre, 2017

Classé dans : Non classé — Barbara @ 12:09

Cette vidéo a onze ans. Le texte qui l’accompagne explique le contexte d’alors. Pour autant, elle reste d’actualité. Alors écoutez, méditez, partagez… Je retranscris leurs mots ci-dessous pour les malentendants.

 

http://www.dailymotion.com/video/x1irg4

 

A ceux et à celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : créer, c’est résister ; résister, c’est créer.

 

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la résistance et ses idéaux, toujours actuels, de démocratie économique, sociale et culturelle.

 

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la résistance et des nations, unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

 

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la résistance, non pas au profit de causes partisanes, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la résistance ne s’éteigne jamais.

 

Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du conseil national de la résistance, adopté dans la clandestinité, le 15 mars 1944, et qui préparait : la sécurité sociale et les retraites généralisées, le contrôle des féodalités économiques, le droit à la culture et à l’éducation pour tous, une presse délivrée de l’argent et de la corruption, des lois sociales, ouvrières, agricoles etc.

 

Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

 

Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la résistance à dépasser les enjeux sectoriels et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux. Nous les appelons à définir ensemble un nouveau programme de résistance pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance, de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

 

Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens, les grand-parents, les éducateurs, les autorités publiques à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse ; ils ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous.

 

Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du conseil national de la résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

 

Plus que jamais, à ceux et à celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : résister, c’est créer, créer, c’est résister.

 

 

Stéphane Hessel,

Lucie Aubrac,

Raymond Aubrac,

Daniel Cordier,

Philippe Dechartre,

Georges Guingouin,

Germaine Tillion,

Jean-Pierre Vernant,

Georges Séguy,

Maurice Kriegel-Valrimont,

Maurice Voutey,

Henri Bartoli,

Lise London.

 

 

Qui perd, perd – Liste non exhaustive 2 novembre, 2017

Classé dans : Non classé — Barbara @ 11:53

Bien !

Nous nous retrouvons tous régulièrement face à des gens incrédules lorsque nous parlons des mesures prises par le gouvernement en marche arrière (pour nous autres riens et fainéants, en tout cas). Entre les mesures adoptées à deux heures du matin à l’assemblée (comme la fin du tiers payant généralisé), passées en loucedé et surtout pas reprises sur les médias, et celles dont les premiers remous sont délayés par des « scandales » montés de toutes pièces contre la France insoumise, nombreux sont ceux qui ignorent bon nombre de ces mesures, nombreux aussi ceux qui (comme moi, comme vous, peut-être) finissent leurs argumentations par un « il y en a encore plein d’autres, mais je ne les ai pas toutes en tête ». Il nous manque une vue d’ensemble.

On va tâcher de la faire ici. Ci-dessous, regroupées dans un premier temps sur le groupe facebook « Jean-Luc Mélenchon », celles qui ont été citées depuis hier soir. Il en manque peut-être : vous pourrez compléter dans les commentaires de cet article, et je mettrai à jour régulièrement – de toute façon, même si la liste était complète à ce jour, vu ce qu’on nous prépare, une mise à jour sera nécessaire. Je vais essayer (notez que je ne m’y engage pas, hein) de les regrouper en catégories.

 

Ce qu’on perd :

Augmentation de la CSG.

Réduction des APL de 5 euros.

Réduction de la PAJE de 20 euros.

Suppression du tiers payant généralisé.

Suite au vote des députés, la CSG sera portée à 8,3% pour les retraités et 9,2% pour les actifs, le 1er janvier 2018… les petites retraites et les allocations de chômage épargnées. Seront épargnés : les retraités qui déclarent un revenu annuel net imposable inférieur à 14 375 euros pour une part de quotient familial et les allocations de chômage + 3 838 euros par demi-part supplémentaire etc.

Marche arrière sur le glyphosate et marche avant sur le CETA.

Grand silence sur le démantèlement des centrales nucléaires.

Fin des 35h généralisées.

Diminution des aides à l’agriculture biologique.

Sélection à l’entrée des universités soigneusement cachée par des mots pré-acquis.

Diminution des droit sociaux pour la classe populaire et pseudo classe moyenne.

 

Ce que les riches gagnent :

Fin de l’ISF.

Création de l’IFI et mise en place d’une Flat Tax de 30% sur les revenus du capital.

Silence aussi sur l’évasion fiscale et les moyens de récupérer l’argent.

Augmentation des obligations des pauvres envers le patronat et les riches.

 

Les faux cadeaux :

Baisse des cotisations salariales pour compenser la hausse de la CSG qui va déboucher sur une privatisation de la sécu avec tout ce que ça implique de hausse de mutuelle.

 

 

 

Sœurette 15 octobre, 2017

Classé dans : Non classé — Barbara @ 14:54

C’est pour toi que j’ai décidé d’écrire. Pour moi, c’est trop tard : la prescription, tout ça tout ça. Mais avant que je ne me livre, va falloir que tu me pardonnes deux-trois petites choses.

Déjà, de ne pas avoir parlé avant. Pardonne aussi à toutes celles qui comme moi se sont tues. C’est pas si facile, comme tu le sais.

Faudra me pardonner aussi, dans ce qui va suivre, s’il y a par moments quelques pointes d’humour. Je vais essayer d’éviter, mais c’est souvent chez moi un mécanisme d’autodéfense ; mais comme je n’ai pas l’intention de pourlécher ce texte, de revenir dessus pendant des heures, il est possible que quelques conneries m’échappent. Ça ne veut pas dire que je prends les choses à la légère, bien au contraire (même si je fais aussi de l’humour quand c’est pas grave, je te rassure).

Donc, je vais te parler à mon tour, ainsi que beaucoup d’autres le font (enfin) en ce moment. Parce que, pour toi, il est peut-être encore temps. Parce que ça te permettra de t’en remettre plus ou moins (on ne s’en remet jamais complètement, je crois) en moins de temps qu’il ne m’en a fallu, à moi qui suis restée toute seule dans mon coin et dans mon silence. Parce que si ça se trouve, il y a plein de sœurettes qui vont lire ce qui suit et qui en tireront un mieux-être. Mais surtout parce que s’il n’y a que toi, et que ça t’aide, ça me suffit.

La première fois, j’avais huit ans.

J’étais en vacances chez des amis de mes parents, en région parisienne. Je m’étais fait des copains en bas de l’immeuble, qui vivaient dans la tour d’en face, notamment une fille de mon âge. Au moment de sortir, la première dehors allait chercher l’autre dans sa tour. Une fois, je suis arrivée chez elle. Elle était absente, il n’y avait que son grand frère (deux ou trois ans de plus que moi ? Je ne sais pas. La mémoire a parfois ce don de faire le flou sur les souvenirs pénibles). Je ne pourrai pas te raconter tous les détails, parce que justement, j’en ai effacés beaucoup. Une chose est sûre, c’est qu’il s’est jeté sur moi. Je me suis retrouvée à me débattre sous lui qui tentait de me doigter. Pardon, moi qui aime les périphrases, là, je n’ai pas envie d’en faire, et tant pis pour les bégueules qui seront choqués. J’ai senti son poids sur moi, ses doigts sur moi, mais pas en moi : sa sœur a fini par arriver et j’en ai profité pour me barrer. En me sentant sale, en me sentant coupable. De quoi ? Aucune idée. Coupable, ça c’est sûr. Tellement sûr que je n’en avais jamais parlé. Je ne l’ai fait qu’avec mon chéri, vendredi soir, quand je l’ai prévenu que j’allais rédiger cet article : je tenais à ce que mes enfants et lui sachent que j’allais parler avant de le découvrir au détour d’une publication facebook. Le reste de ce séjour est intégralement dans le brouillard. Est-ce que je suis retournée dehors, à jouer avec les copains ? Est-ce que je me suis cachée chez les amis de mes parents, terrorisée par les menaces que ce gamin avait réussi à me faire quand je me suis échappée ? C’est inscrit quelque part dans ce morceau de ma mémoire auquel je n’ai pas accès. Je ne me souviens pas de son nom, ni même de celui de la ville où je séjournais. Dommage, j’aurais bien voulu balancer…

La seconde fois, j’avais seize ans.

Là, c’est ma naïveté que j’ai accusée. Je vivais dans la Mayenne, et (allez-y, les machos, c’est le moment de dire que je l’ai bien cherché) je sortais beaucoup. A seize ans ? Ouais, à seize ans. Et toi, le cul serré qui me juge pour ça, j’t'emmerde à un point que t’imagines même pas. Je reviens à toi, sœurette. Quelques mois avant, j’avais eu un petit copain, et cet été-là, j’ai connu celui qui avait été son beau-père. Leur vie familiale était assez compliquée, toujours est-il que ce type, la cinquantaine, m’avait expliqué qu’il aurait voulu revoir ceux qu’il considérait comme ses enfants. Qu’il voulait reprendre contact avec eux, d’abord par écrit, mais qu’il ne savait pas trop s’y prendre avec les mots. J’avais accepté de l’aider à écrire sa lettre. Un soir, il me dit que ça le gène de faire ça au bar, que ce n’était pas le bon endroit pour ouvrir son cœur devant les copains de comptoir. Il m’a demandé de venir chez lui – c’était l’affaire d’une petite heure, a-t-il dit. Là aussi, j’ai accepté. Dans ma tête, il était rangé dans la catégorie des papas – inimaginable de devoir se méfier d’un papa, n’est-ce pas ? Je suis montée dans sa voiture. Une fois garés devant chez lui, où j’étais déjà venue avec plusieurs copains-copines passer une soirée bien sympa et surtout très sage, au lieu de sortir de sa voiture, il met sa main sur ma cuisse. Me dit qu’il a envie de moi. J’ai répondu que moi, non, et que je voulais qu’il me ramène en ville, genre tout de suite. Le ton est monté. Je me suis extirpée de la voiture et je suis partie en courant. S’en est suivi une course-poursuite nocturne qui a duré, pour moi une éternité, mais en réalité, je dirais, une heure ? Deux, peut-être. En pleine campagne, la peur au ventre. Un moment, il a réussi à me rattraper. Sa voiture était passée plusieurs fois, j’avais à chaque fois eu le temps de me cacher dans le fossé. Il roulait la vitre ouverte, en criant, parfois des paroles gentilles, parfois des menaces, y compris de mort. Cette fois-là, après m’avoir dépassée, plutôt que de faire demi-tour, il s’était caché derrière une rangée d’arbres. Quand il m’a attrapée, je suis parvenue à lui envoyer un solide coup de genou dans les burnes – et tu peux pas savoir c’était jouissif, aussi bien à ce moment précis que maintenant, quand je l’écris. Je me suis échappée de nouveau, et cette fois, il ne m’a pas rejointe. Je ne savais pas du tout où j’étais, mais je me guidais à la vague lueur orangée qu’émettait la ville de Craon (et pour une fois, la pollution lumineuse a eu du bon). J’ai fini par arriver devant la boîte de nuit où j’allais chaque week-end. Des copains étaient sur le parking, ils m’ont ramenée chez moi.

Est-ce que j’en ai parlé ? Non. Pas parce que j’avais honte (sauf d’avoir été aussi crédule). Mon père, personnage sanguin, avait fait plusieurs infarctus. J’avais peur qu’en apprenant la vérité, il n’aille chercher le type pour le tuer, et que ces émotions ne le tuent, lui. Donc, je n’ai rien dit. J’ai croisé le gars, qui a essayé de me menacer pour s’assurer de mon silence. Ma réponse a été, en résumé « ne t’approche plus jamais de moi, sinon je te crève ». Me taire a été frustrant, mais le menacer m’a fait du bien. Tout comme la lueur de peur au fond de ses yeux, quand il m’a crue.

La troisième fois, j’avais dix-sept ans.

Là, j’ai carrément fait un blocage. J’ai mis des années à comprendre que c’était un viol. Là non plus, je n’en ai pas parlé.

Je sortais (sortir-coucher) avec lui – et en plus, c’était un mauvais garçon, ouh, la sale chouineuse qu’a rien fait qu’à mériter ce qui lui est arrivé ! Toujours dans la Mayenne. Le soir, on aimait bien ce bar où on jouait à la belote (ne me juge pas sur la belote, ça peut être très sympa). Pour aller aux toilettes, il fallait traverser la salle de billard, aller au fond du jardin : la porte des toilettes était dans une autre partie du bâtiment. Depuis le bar, on ne pouvait absolument pas savoir ce qui se passait dehors. J’étais donc aux toilettes, et quand j’ai ouvert la porte, je suis tombée nez à nez avec mon copain du moment. Tiens, lui, je me souviens de son nom : Olivier Journeaux. Je balance, on ne sait jamais, il n’y aura prescription que dans un an…

Il n’était pas seul : deux potes à lui étaient là aussi. Du genre bien dégueulasse physiquement, du genre avec qui je ne serais pas sortie pour tout l’or du monde. Là, il me dit qu’il veut baiser (sic). Je me tenais toujours dans l’encadrement de cette foutue porte, ils me barraient le passage, à eux trois. Je lui dis que non, là, de suite, je n’ai pas envie, et encore moins dans les chiottes, et encore moins avec ses deux copains, juste à côté, qui se seraient rincé l’oreille à défaut de l’œil. Sa réponse ? Soit avec lui, soit avec eux trois. J’ai été aussitôt envahie d’une vague d’un froid mortel. Mon cerveau s’est mis à carburer à toute allure. J’ai calculé si j’avais une chance de m’échapper. Réponse : non. J’ai calculé si j’avais une chance d’être entendue en me mettant à hurler. Réponse : non. Alors, j’ai compris que j’allais y passer. Et quitte à y passer, autant que ce soit avec un seul, avec lequel j’avais déjà couché, plutôt qu’avec les trois. Donc, j’y suis passée, effectivement. Non sans me demander tout le long si au bout du compte il n’allait pas me livrer à ses potes quand il aurait fini. Ils étaient toujours derrière la porte, je les entendais. Fred et Paco, tiens, je les balance aussi, ceux-là.

On a fini par ressortir de ces toilettes. Sous les quolibets graveleux de ses copains. Dans ce désastre, je voulais conserver un peu, un tout petit peu, de dignité, et je ne suis pas partie tout de suite du bar. J’ai levé le menton, fièrement, et je suis restée une petite heure de plus. Je ne savais pas à ce moment-là que la séance qui m’avait été imposée m’avait laissé autour des yeux les marques noires d’un raton-laveur, le « dégel deds amants » dont parle Gréco dans « jolie môme ».  Je n’ai appris que bien plus tard que tous ceux qui étaient présents ce soir-là, en voyant les dégoulinures de mon maquillage, en avaient conclu que je m’étais envoyée volontairement les trois mecs dans les chiottes. Autant pour la dignité de celle qui avait voulu jouer au brave petit soldat. Toujours par souci de la santé de mon père, mais aussi parce que j’avais tellement honte, je n’ai rien dit non plus.

Maintenant, ça va. Enfin, disons que j’ai réussi à me reconstruire, même s’il m’en reste quelque chose. J’y repense assez régulièrement, mais je dirais que dans l’ensemble, ça va. Mais ça a été long. Une vingtaine d’années, quelque chose comme ça.

Sœurette, si tu te sens concernée par ce que tu viens de lire, sache tout d’abord que je suis sincèrement désolée pour toi. Du fond du cœur. Parce que, si je ne connais pas les circonstances de ce que tu as subi, je sais en revanche une chose : tu n’as pas mérité ça. Personne ne le mérite. Jamais. Personne ne mérite d’être considéré comme un objet qu’on utilise en se foutant royalement de son avis – en partant du principe que cet objet n’a pas d’avis à avoir.

Tu. N’as. Pas. Mérité. Ça.

Tu n’y es pour rien. Tu n’as pas à en avoir honte. Jamais.

Je ne vais pas t’exhorter à prendre la parole : c’est ton choix. Ton choix, à toi seule. Je ne vaudrais, quelque part, pas mieux que celui que tu as subi si je cherchais aussi à t’imposer ce choix de parler. Ce devoir de parler. Je n’ai qu’un droit, dans ce domaine, c’est celui de t’expliquer pourquoi, moi, je le fais enfin. Je le vois même, en ce qui me concerne, comme un devoir. Parce que si je t’aide à comprendre que tu es innocente, parce que si je t’aide à te sentir mieux plus vite, je n’avais plus le droit de me taire. Parce que je me sais assez forte pour le faire publiquement. Parce que la honte doit changer de camp. Parce que, même si dans les trois histoires que je viens de relater, il y en a deux où, régulièrement, qui entrent dans les cas typiques où on essaie de rejeter la faute sur la victime, c’est de la connerie, de la merde en barre. Parce que même si je décidais, demain, d’aller danser à poil dans la rue, pour autant ça n’autoriserait personne, personne, à me sauter dessus (sauf la police, pour exhibitionnisme).

Tu as le droit de ne pas vouloir parler. C’est dommage, parce que ça procède de sentiment de honte que nous ne devrions jamais ressentir, mais tu en as le droit. Mais si tu te sens prête à le faire, fais-le. Publiquement ou juste à ton entourage, ou en portant plainte.

Sœurette, on doit tout de même leur faire sacrément peur, pour qu’ils nous traitent comme ça depuis toujours, tu ne crois pas ? Nous sommes fortes. Toi et moi, et toutes les autres.

 

 

Appel aux insoumis et sympathisants 30 avril, 2017

Classé dans : Non classé — Barbara @ 14:32
Les coupaings insoumis et sympathisants, je sais bien qu’on s’en prend plein les naseaux depuis dimanche soir.
Je sais bien que les propos de Mélenchon sont déformés à qui mieux mieux. Je sais bien que ça vous énerve. Je sais bien que vous en avez plein les babouches de ces mouches du coche qui nous tournent autour, des qui insultent, des qui donnent des ordres, des qui y vont de leur chantage et/ou de leurs accusations et/ou de leurs anathèmes.
Je sais tout ça.
Mais je sais aussi que plus on s’énerve, et plus on semble leur donner raison.
Nous ne supportons pas qu’on nous dise ce que nous devons faire : donc, ne faisons pas ce qu’on n’aime pas qu’on nous fasse. Quel que soit votre décision, elle est vôtre, vous ne voulez pas subir d’influence. Donc, donnez votre avis si vous en ressentez le besoin, mais ne faites pas de cet avis une forme de militantisme. Gardons notre énergie de militants pour les législatives, où nous montrerons une fois de plus que la lutte est notre affaire.
De même, et puisque les médias mainstream répètent à longueur de temps que Mélenchon n’a pas donné de consignes, notre message doit être qu’il y a bel et bien une consigne, et que cette consigne, c’est « pas une voix pour le FN ». Voilà ce qui compte, et ce qu’on doit répéter inlassablement, ici, sur les réseaux, comme dans la vraie vie. Parce que quel que soit notre décision, elle se base sur cet élément commun : « PAS UNE VOIX POUR LE FN ».
Essayez autant que faire se peut de garder votre calme. N’oubliez pas que de faux insoumis font en ce moment tout ce qu’ils peuvent sur les réseaux pour nous faire passer pour des sauvages hystériques. Démasquez les faux, et de votre côté, keep it cool. On peut dire plein de choses sans s’énerver (et souvent, ça porte bien plus).
Merci de faire tourner ce message.
 

 

J’y étais ! 19 mars, 2017

Classé dans : Non classé — Barbara @ 16:49

Ah ça oui, j’y étais. On a tous entendu ou lu au moins une fois dans notre vie une phrase du genre « vous vous rendez compte que ce jour est historique, et qu’on pourra dire qu’on y était ? ». C’est presque un passage obligé dans nombre de livres, de films, d’articles. Et à force, cette phrase en a perdu, de sa force. Du moins c’est l’impression qu’on a, jusqu’au jour où ça vous arrive. Qu’est-ce qu’on ressent, au juste ? Pas évident à décrire ; c’est trop dense, trop fou, trop de choses à dire, trop peur d’en oublier, de ne pas parvenir à faire toucher du doigt aux absents la réalité de la chose. Je ne sais pas si je vais pouvoir faire autre chose que restituer une série d’images, d’instantanés – parce que je n’ai que rarement le réflexe de prendre photos et vidéos, occupée que je suis à ressentir et engranger des souvenirs. Enfin, en tout cas, je vais faire de mon mieux pour vous faire un compte-rendu de cette journée démentielle, magique, énorme, de ce 18 mars 2017 où nous avons marché tous ensemble pour la 6ème République.

 

Fraternité. Vous l’avez déjà lu, ce mot, aux frontons des mairies. Vous en comprenez la signification, normalement. Cette fraternité : nous sommes tous frères. Tous égaux. C’est une belle, une grande idée. C’est aussi une notion un peu floue, et que le quotidien contredit régulièrement. Mais parfois, il est donné de connaître ce moment de grâce où le mot fraternité, non seulement prend tout son sens, mais aussi où il se fait concret au point qu’on peut le toucher du doigt, et le ressentir au plus profond de son être. C’est ce que j’ai vécu hier. On se retrouve au coude-à-coude avec de parfaits inconnus, et malgré tout on se ressemble, on échange, on partage, comme si on se connaissait depuis toujours. Je ne savais pas qu’on pouvait goûter une idée. Et pourtant, c’est ce que j’ai fait hier, je l’ai même croquée à pleines dents, avec un appétit heureux et rabelaisien. Fraternité, bordel ! C’est beau, et c’est bon.

 

Bienveillance. Partout, de la bienveillance. Envers nous, envers ce projet que nous portons, envers cet immense espoir que nous nous efforçons chaque jour de rendre contagieux. On trouve ça et là, sur les réseaux sociaux, des trolls haineux dont la pire insulte, nous concernant, est « bisounours ». Je ne sais pas si c’est vrai, et pour être franche, je m’en tamponne l’oreille droite avec une babouche taille 42. Ce que je sais, c’est que quand on se retrouve dans une foule de 130.000 personnes, et que cette bienveillance passe de l’un à l’autre, sans entrave, joyeusement, librement, c’est juste putain de bon. Le moindre Parisien qui a ouvert sa fenêtre pour nous regarder a eu droit à son ovation personnelle – sans même parler de ceux qui nous ont fait de grands signes de connivence, et qui ont été applaudis comme la plus grande des rock-stars rêverait de l’être… Il paraît qu’on émet de l’énergie, positive ou négative, selon ce que l’on ressent. Hier, si on avait couvert de slime les monuments parisiens, comme dans Ghostbusters, je peux vous garantir que la Tour Eiffel serait venue danser la gigue avec le Grand Palais, et qu’on aurait vu le Louvre et sa pyramide danser des claquettes.

 

Images en vrac : un jeune couple, juste devant moi, a échangé un tendre baiser, et c’était beau de voir l’espoir qui les portait. Ils étaient heureux d’être là, d’être ensemble, et donnaient l’impression de s’aimer encore plus d’avoir partagé ça. Plus tard, un autre couple. Des renards argentés, qui portaient leurs rides comme un combat, et qui couvaient du regard cette foule amicale, comme surpris de voir que c’était possible, que peut-être, du haut de leur grand âge, ils voyaient enfin un jour qu’ils attendaient de longue date. Des sourires, des rires, de la complicité. Là, pendant que j’écris, sur un autre onglet de mon navigateur, j’écoute le replay d’hier. De temps à autre, je change d’onglet, et je bloque sur les images. L’émotion, aussitôt, me prend à la gorge de voir toutes ces trognes. Des vieilles bouilles, des jeunes, des riches, des pauvres. Et partout cette énorme espérance, de taille à lever des montagnes. C’est difficile de quitter des yeux ces images qui ressemblent tant à celles que j’ai ramenées, bien au chaud au fond de ma tête. D’ailleurs, je viens de faire une longue pause pour écouter Melissmel, qui a chanté « aux armes », en venant m’attraper directement par les tripes…

 

Moi qui panique quand je me retrouve à devoir faire des courses un samedi matin, parce qu’il y a trop de monde à mon goût, j’étais au beau milieu de cette foule immense, qui remplissait tous les interstices, de Bastille à République, et dans les rues alentour. Et j’étais heureuse d’y être ; ça fera partie, je le pense, des plus beaux souvenirs de ma vie. Rien que ça, je n’en reviens pas. Les insoumis, c’est un vaste rassemblement qui fourmille d’énergie, d’idées, de créativité, d’inventivité. Et nous parvenons à insuffler de la joie de vivre dans nos actions. De la bonne humeur dans la politique ? Mais vous êtes dingues ! Mais oui ! Nous sommes dingues ! Mais pas fous…

 

Nous sommes allés démentir, sur place, et par notre forte présence, les sondages bidouillés et autres éditoriaux visant à prouver combien Mélenchon est seul. M’est avis que pas mal de candidats aimeraient être seuls avec 130.000 personnes. Je ne sais pas comment il est possible, à présent, de prétendre qu’il l’est alors même qu’ont été diffusées par toutes les chaînes les images d’hier, ces deux places envahies, les rues adjacentes pleines de gens. Je me suis régalée à lire les messages que les insoumis avaient écrit sur leurs pancartes, leurs banderoles, leurs drapeaux… D’ailleurs, en parlant de ces messages, ce serait génial de tous redonner celui qu’on avait soi-même écrit, ou pensé, et de partager et repartager ces phrases. Le mien, c’était « mes colères d’hier sont mes actes d’aujourd’hui ».

 

Je me rends compte que cet écrit est confus, et un peu bordélique. Mais après tout, c’était hier un joyeux bordel – organisé, comme le sont les bordels intelligents. Et puis, on ne peut pas être insoumis et sagement rangé, si ?

 

Ce 18 mars m’a donné à penser que nous pouvons le faire. Que la perspective d’une victoire se rapproche de plus en plus chaque jour, à travers nos actions. Que ce qui n’était encore que douce lubie il y a quelques mois devient un objectif atteignable. Et que le plus grand nombre sera bénéficiaire si nous y parvenons – ou plutôt quand nous y parviendrons.

 

Voici que je me rends compte que j’ai échoué à transcrire ce que j’ai vécu et ressenti – mais un témoignage peut-il le faire à lui seul ? J’en doute. J’ai le sentiment, l’intime conviction, qu’hier, j’ai vécu l’histoire. Quand dans une vaste avenue, sur deux grandes places, on entend des vagues de voix scander avec force et conviction le mot « résistance », et qu’en outre, on est la fille d’un homme qui a débarqué le 6 juin 1944 sur une plage normande, comment parvenir à retranscrire ses émotions ? La fierté est profonde, en tout cas, de faire partie de ce récit qui se crée. J’arrête là, parce que je sens que tout ce que je pourrais écrire serait insuffisant. J’espère juste avoir partagé un peu de ce ressenti, surtout pour ceux qui n’ont pas pu venir – sachez que nous avons pensé à vous, tout le temps. Vous étiez là. Avec votre pensée qui marchait près de nous, nous étions au final plus, bien plus que 130.000.

Je n’ai pas trouvé pour le moment l’extrait de Melissmel chantant aux « armes ». En attendant, cet aperçu :

Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

Évidemment qu’on vaut mieux que ça 25 février, 2016

Classé dans : Billets d'humeur,Non classé — Barbara @ 20:27

Wahou. Paraît qu’on doit témoigner des choses suivantes, je cite :

- La dernière fois qu’au taf, on s’est foutu de ta gueule ;

- La première fois où on t’a demandé un truc impossible ou absurde ;

- La fois où on t’a refusé un boulot pour des raisons injustes ;

- Quand ton taf a commencé à bouffer tout le reste ;

- Quand on t’a demandé de bosser gratos, ou qu’on t’a sucré ta paie ou ta prime ;

- La fois où t’as cru péter les plombs ;

- Celle où tu t’es retrouvé en danger au travail ;

- Ce moment où on s’est mis à te parler comme à un gosse ;

- Celui où ton collègue est devenu un concurrent dans ton esprit et où t’as pas aimé ça – ou pire, que t’as aimé ça ;

- Quand tu as culpabilisé de partir du taf à l’heure, ou simplement d’être malade ;

- Quand tu t’es retrouvé tout seul pour faire le boulot de trois personnes ;

- Quand tu t’es rendu compte que ta recherche d’emploi était devenue humiliante, ou que ton CV ne te servait à rien ;

- Quand t’as senti que le taf que tu faisais était devenu vide de sens ;

- Quand tu t’es dit qu’il y a des gens moins bien lotis que toi, et que du coup, tu t’es laissé faire .

Suit une longue liste d’exemples de situations, de boulots, de personnes concernées.

Et là, j’suis dans la marde, comme disent les copains de la belle province. Parce qu’avec mon parcours à la mords-moi-le-nœud de la fille qui est obligée de faire tout et n’importe quoi pour (sur)vivre, il y aurait trop de cases à cocher pour définir mon profil, d’une part, et d’autre part, parce qu’il y a tellement d’exemples dans la liste donnée ci-dessus qu’avec les 120 caractères de twitter, même pas en rêve je peux répondre. Donc, article. Obligée. Je vais essayer de reprendre dans l’ordre, non pas chronologique, mais de la liste (sinon je vais en oublier).

* La dernière fois qu’au taf, on s’est foutu de ta gueule :

Nous voici au printemps 2012. Voici un an et demi que je travaille dans une entreprise d’agroalimentaire, avec un concept intéressant, le CDD à durée indéterminée. Pas un seul jour de congé, des semaines de six jours, de cinquante heures quand j’ai de la chance. J’avais longuement argumenté, bataillé, discuté, et finalement obtenu la permission de deux pov’ semaines de congés (non payés, il va de soi) pour traverser la France et aller en Bretagne voir ma famille (cela faisait presque dix ans que je n’y étais pas allée). Le mardi avant mes vacances, j’ai un jour de récupération (ô joie). J’en profite pour m’acheter une voiture d’occasion (et à crédit), histoire de faire la route. Le mercredi, soit deux jours avant mes congés, on me dit que, ben, justement, à mes propos de mes congés… Ils étaient à… à… annulés. J’avoue que j’ai failli les planter là… Mais je venais de signer le crédit de la voiture. Même joueur joue encore. Bon, j’aurais pu citer pleins d’autres exemples, mais celui-ci est celui que j’ai eu le plus de mal à avaler, je crois.

* La première fois où on t’a demandé un truc impossible ou absurde :

« Vous pourriez vous maquiller et mettre des bijoux, tout de même, vous ne ressemblez vraiment à rien ». Serveuse dans un restaurant, en 1992. Précision : la patronne qui m’a dit ça se maquillait, elle, façon voiture volée. J’ai cédé sur le (léger) maquillage, pas sur les bijoux. J’ai mis des années à recommencer à me déguiser en fille occasionnellement (et encore, j’ai du mal).

« Bonsoir,  c’est Adecco, vous pouvez allez travailler chez Appétit de France, cette nuit, de 20 heures à 4 heures ?

- Euh… Il est dix-neuf heures trente, je suis debout depuis six heures du matin, je ne vais pas faire 24 heures d’affilée, si?

- Oh, ça va, ça se fait, hein… »

* La fois où on t’a refusé un boulot pour des raisons injustes :

Oh merde. Trop d’exemples. Vous n’êtes pas assez qualifiée, vous manquez d’expérience (ces deux phrases sur des postes d’assistante commerciale dans le bâtiment, alors que j’avais été secrétaire, commerciale dans le bâtiment, télépro dans le bâtiment. Passons). Vous n’êtes pas assez jeune (merde, 43 ans, sans déconner !). Vous n’êtes pas assez vieille pour bénéficier des aides. Parce que (oui, j’ai eu ça, comme réponse). Vous êtes une belle personne (c’est quoi, le rapport ?). La recherche est close (comprenez : mon neveu a pris la place). Bon, j’arrête, ça me déprime, de remuer ces souvenirs.

 

* Quand ton taf a commencé à bouffer tout le reste :

Un détour dans le boulot de cliente-mystère. On n’est payé que pour la visite (dans les 15 Euros). Il faut apprendre un script par cœur, non sans l’avoir imprimé (frais d’impression non remboursés), faire un feed-back en ligne (non payé), parfois, selon le scenario, se renseigner en amont (temps non rémunéré). Tiens, ça rejoint les exemples où on s’est foutu de moi, maintenant que j’y pense.

 

* Quand on t’a demandé de bosser gratos, ou qu’on t’a sucré ta paie ou ta prime :

Voir l’exemple ci-dessus. Et un autre, plus concret encore : toujours dans l’agroalimentaire, là où on pointe. On nous dit d’être dans l’atelier à X heures tapantes. Donc, il faut pointer avant l’heure dite, pour ne pas être en retard dans l’atelier. Mais comme on n’est pas payé avant l’heure en question, on se gratte sur ces minutes quotidiennes. A la fin de la journée, c’est encore plus croustillant… Si je pointe à, mettons, 16h04, je ne suis payée que jusqu’à 16 h. 16h06 ? Je ne suis payée que jusqu’à 16h05. C’est légal ? Nan. Mais quand on est en CDD, ben on la boucle, surtout quand les représentants syndicaux de l’usine ne bougent que pour gratter des avantages personnels.

Ah, et une autre entreprise d’agro, où je bossais en tant qu’intérim. Comme c’était un produit saisonnier, ils n’étaient pas sûrs d’avoir de quoi me faire bosser. Alors ils me mettaient en astreinte, pour venir la nuit, le matin, l’après-midi, le soir. « L’astreinte ? Cool, ça : tu restes chez toi à attendre qu’on t’appelle, et t’es payée ! ». Ouais mais nan. Je restais chez moi, ça oui (donc, pas de vie sociale). Je me couchais tôt, au cas où on m’obligerait à me lever à deux heures du mat’ pour faire une journée de huit heures (donc pas de vie familiale). Je ne pouvais pas accepter un autre job (donc, pas forcément de revenus, vu qu’ils ne m’appelaient pas toujours). J’étais payée ? Nan. Les astreintes n’étaient pas payées, parce que j’étais intérim. Je le savais ? Nan. Ils m’ont fait la surprise. Du coup, le mois suivant, je leur ai dit que, puisque ce n’était pas payé, je ne faisais pas d’astreinte. Ils m’ont rappelée ? Nan.

 

* La fois où t’as cru péter les plombs :

En 1990, dans une entreprise d’emballage de fruits (mon tout premier boulot déclaré), chacune avait un carnet à souche avec des tickets numérotés, pour qu’au bout de la chaîne, au contrôle, on connaisse notre rendement. Nos tickets étaient stockés dans de petites barquettes et comptés chaque demi-journée. La belle-fille des patrons avait ses têtes de Turcs (dont moi, hélas), et prenait un malin plaisir à venir régulièrement prendre une poignée de tickets et à les mettre à la poubelle. Plusieurs collègues sont venus me le dire. Je m’échinais à travailler aussi vite que possible, et je ne comprenais pas pourquoi le pittbull qui nous servait de patronne venait tout le temps me hurler dessus parce que j’étais lente. Là, j’ai compris… Je suis allée demander des comptes, encouragée que j’étais par mes collègues qui me disaient que c’était dégueulasse, qu’elles témoigneraient, que je ne devais pas me laisser faire. La patronne ne m’a pas crue, ou n’a pas voulu me croire, sa belle-fille a nié, les collègues ont « oublié » de témoigner (ou plutôt si, elles ont témoigné pour dire qu’elles n’avaient rien vu).  Ça a viré en insultes (sale menteuse, de leur part, espèce de grosses connes, de la mienne), et je me suis barrée avant de rentrer physiquement dans le lard de la belle-fille (elle était enceinte).

 

* Celle où tu t’es retrouvé en danger au travail :

En agro, je me suis souvent coincé les doigts dans le tapis, pas protégé (et ça pique). Chez les agriculteurs, pour cueillir les fruits, il fallait grimper sur des escabeaux, dans des positions acrobatiques pour aller chercher le plus haut possible, et il m’est arrivé de tomber (dont une fois où j’étais tellement dans mon taf que j’étais ravie de ne pas avoir perdu une seule cerise dans ma chute, alors que j’avais failli me briser les os en évitant de justesse de retomber sur mon escabeau). En agro, encore, de l’eau coulait du plafond, et je l’avais signalé, mais on m’avait fait rester devant l’ordi où j’œuvrais, à patauger dans l’eau et à recevoir des gouttes sur la tête, avec plusieurs équipement électrique autour de moi.

* Ce moment où on s’est mis à te parler comme à un gosse :

Mission intérim chez Leclerc, rayon charcuterie, un samedi matin (le jour où il n’y a personne, quoi). On m’a laissé toute seule dans le rayon, pour mon premier jour. Sept heures d’affilée. J’ai été obligée de demander à pouvoir au moins aller aux toilettes (et c’est humiliant). On m’a dit non, retiens-toi.

* Celui où ton collègue est devenu un concurrent dans ton esprit et où t’as pas aimé ça – ou pire, que t’as aimé ça :

Pas de souvenirs précis sur ce point, tant c’est diffus. Il faut toujours faire mieux, plus vite, plus efficace. J’aime la compétition, de telle sorte que ça m’a toujours semblé plus ou moins normal. En tout cas, je ne l’ai pas mal vécu – et c’est sans doute ça, en effet, qui craint.

* Quand tu as culpabilisé de partir du taf à l’heure, ou simplement d’être malade :

En agro : on est tellement pressuré qu’on hésite à partir (ou à ne pas venir) parce qu’on sait que les collègues vont être dans la panade. Quand je me suis fait une tendinite à l’épaule, j’ai essayé d’au moins finir ma journée, parce que j’étais la seule à même de tenir le poste que j’occupais. J’ai réussi à tenir une heure, j’en chialais de douleur (et pourtant je suis dure au mal, comme on dit). J’ai fini par abandonner, et je suis partie (mais on ne m’a pas offert de me ramener). J’ai dû conduire ma voiture avec un seul bras (le gauche). Deux ans plus tard, quand ce sont mes genoux qui m’ont lâchée, j’ai fait en sorte de finir ma semaine. En aggravant mon cas.

* Quand tu t’es retrouvé tout seul pour faire le boulot de trois personnes :

Chez Intermarché, embauchée, à l’essai.  J’avais été engagée pour m’occuper du rayon frais. On y ajouté le surgelé, la viande puis le rayon traiteur. Le tout avec un patron qui me gueulait dessus en me disant que j’étais une incapable, que j’étais tout le temps en retard pour boucler ma déballe. Au bout d’un mois, mes collègues m’ont dit que j’étais dégueulasse de faire le boulot que trois personnes avaient assuré jusque-là, qu’elles avaient des connaissances à faire embaucher et que je bloquais tout…

* Quand tu t’es rendu compte que ta recherche d’emploi était devenue humiliante, ou que ton CV ne te servait à rien :

Ben… Je n’ai pas travaillé depuis fin 2013, malgré de nombreuses recherches, de nombreux entretiens… Un organisme où pôle emploi m’avait envoyée avait refait mon CV, que les recruteurs ont trouvé, dans cette nouvelle mouture, je cite « dégueulasse » (j’ai repris l’ancien, qui marchait plutôt bien). Alors, comment dire… Tant que les recruteurs ne prendront pas la peine de répondre aux candidatures (et ils sont très peu à répondre), tant que ceux que je vois en entretien ne me disent pas sincèrement pour quelle raison je n’ai pas été retenue (et ils le disent rarement), il est évident que je reste sur le sentiment que mes recherches sont inutiles et humiliantes, que mon CV ne me sert à rien, que moi-même, je ne sers à rien et que je ne vaux rien. Il y a tout de même deux winners sur l’humiliation. Ce chef d’une entreprise de blanchisserie, qui ne m’a fait venir que pour m’en mettre plein la tronche (désolée, c’est vulgaire, mais je ne trouve pas de mots plus idoines). Et ce patron d’un site de rencontres, disons hot, entre adultes. Pendant l’entretien, il m’a fait comprendre que pour être embauchée chez lui, il fallait accepter de se faire sauter. Quand j’avais poliment décliné cette possibilité, il m’a dit que c’était un test pour voir ma réaction et évaluer mon honnêteté. Ouais, genre. Mon cul.

* Quand t’as senti que le taf que tu faisais était devenu vide de sens :

De mémoire, ça ne m’est jamais arrivé (ouf, au moins une galère que j’ai évitée).

* Quand tu t’es dit qu’il y a des gens moins bien lotis que toi, et que du coup, tu t’es laissé faire :

Il m’est arrivé de me laisser faire (et même plus souvent qu’à mon tour). Mais pas avec l’altruisme évoqué dans la phrase ci-dessus. Juste parce que j’avais besoin de bouffer, de me loger, de payer mes factures, d’entretenir mes enfants… Juste pour ne pas me retrouver au chômage – encore.

****************

Il y avait beaucoup de choses dans cette liste. Il y a beaucoup de correspondances dans ma vie professionnelle, avec cette liste. Beaucoup de choses, aussi, dont je n’ai pas parlé faute de place, de temps (et aussi par crainte de lasser mes éventuels lecteurs). Des insultes. Des humiliations. Des coups de rage à te faire bouillir la tête, et que tu dois contenir en serrant les poings, les dents, tout ce que tu peux serrer, parce que si tu t’emportes, tu te mets en tort. Des injustices que j’ai subies, d’autres que j’ai vues (et pour celles-là, en général, j’intervenais, ce qui m’a fait perdre mon boulot).

Beaucoup trop à dire. Et le pire, dans tout ça, c’est que c’est tellement banal que je sais que cet article ne va pas surprendre grand-monde.

Oui, au fond, c’est ça, le pire : c’est d’une affligeante banalité. On n’y fait même plus attention. On est assommé, et on se contente de continuer à avancer, comme des bœufs sous le joug, sans même savoir, sans même chercher à savoir, si on ne nous dirige pas tout droit vers un précipice.

 

 

Je croyais que ça allait mieux 5 janvier, 2016

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 12:30

Oui, vraiment, je le croyais. On s’avançait doucement vers le 7 janvier. Je me disais que la semaine allait être compliquée, mais que ça irait. Que les cérémonies, c’est fait pour aider tout le monde à tourner la page. Qu’après tout, ces gens, même si leur décès m’a causé un tel choc que c’était comme si j’avais perdu des proches, en fait, je ne les connaissais pas, je ne les avais jamais vus, je m’étais contentée de les lire lors de notre rendez-vous hebdomadaire. La seule intimité que je partage avec eux, tous comptes faits, c’est que ce sont les seules personnes que j’autorise à m’accompagner aux toilettes. Oui, vraiment, je croyais que ça allait mieux. J’en étais persuadée.

Mais me voici en cette matinée où les plaques sont dévoilées aux endroits fatidiques, où les minutes de silence s’enchaînent, que je partage comme une conne, plantée dans mon salon, devant la télé, son coupé, apercevant de temps à autre des têtes connues, des membres de Charlie. Me voici de nouveau avec cette nausée, ces larmes qui brûlent mes yeux, cette gorge qui se serre à n’en plus finir, presque autant que l’an dernier, et une question me hante. Comment font-ils, eux ? Quand je constate la violence de mes émotions, moi qui ne suis qu’une étrangère, si ce n’est de cœur, je me demande où ils trouvent la force d’être là, aujourd’hui, pour ces cérémonies. Comment ils peuvent ne serait-ce que tenir debout. Je sais bien qu’ils le font pour leurs amis, leurs frérots, que c’est une façon d’être encore un peu avec eux. Je sais tout cela, et pour autant je ne comprends pas comment ils y parviennent.

Tout a gardé une impression d’irréalité. Chaque semaine, quand j’ouvre mon Charlie, je m’attends à y retrouver, comme d’habitude, les dessins des uns, les textes des autres. Me voici orpheline de ces petits morceaux de rire ou de réflexion qu’ils m’offraient, sans compter, depuis plus de vingt ans. C’est comme s’ils mouraient encore un peu chaque semaine. Et ce matin, c’est comme s’ils mouraient encore beaucoup plus.

Pardon si je ne parle que de Charlie. Je me sens triste aussi pour les autres victimes et ceux qui les ont perdues. Triste, mais moins « directement » concernée. Ils ne partageaient pas ma vie, tandis que Charlie m’accompagne depuis presque aussi longtemps que mon fils aîné.

Je viens juste d’entendre que la plaque apposée sur les anciens locaux de Charlie avait dû être couverte de nouveau : une erreur sur le nom de Wolinski. Mustapha Ourrad doit être en train de dire aux autres qu’un bon correcteur, c’est important – mais ils le savaient, je pense. Cette erreur, c’est comme un clin d’œil de la vie dont ils auraient tous apprécié l’ironie.

C’est bien que ces hommages se déroulent aujourd’hui, et pas dans deux jours. Dans deux jours, il faut leur foutre la paix, aux survivants, aux familles, aux amis, aux proches. Dans deux jours, le silence sera assourdissant dans le cœur de beaucoup de monde.

 

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