C’est tout moi !

 

La mémoire de nos pères n’est pas à vendre 4 décembre, 2015

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 16:18

[DES VÉTÉRANS S'ASSOCIENT À CETTE LETTRE]

Bonjour,
Merci à tous d’avoir autant partagé cette publication qui a été vue par près de 150 000 personnes et partagée près de 2000 fois à l’heure où j’écris ces lignes.
Nous avons eu affaire à quelques « trolls » qui ne semblent voir dans cette publication qu’un engagement militant des enfants, engagement qui visiblement les dérange. Effectivement. Le combat du commando Kieffer était un combat patriotique mais aussi idéologique : libérer la France des Allemands, mais aussi des collaborateurs d’extrême-droite. Cessez de n’y voir qu’un exploit guerrier.
Ceux qui cherchent à laver l’extrême-droite sous prétexte que « la situation est différente » et « l’envahisseur différent » n’ont rien compris. Les valeurs ne se négocient pas selon une situation.
D’autres ont cherché à dire que les enfants n’étaient pas représentatifs des idées/combats de leurs parents. La meilleure réponse est je pense de leur faire savoir qu’à partir d’aujourd’hui, nous comptons deux nouvelles signatures (et peut-être bientôt davantage):
- Hubert Faure, vétéran du 1er BFMC, troop 1, badge 134
- Léon Gautier, vétéran du 1er BFMC, troop 8, badge 98
- Jean Morel, vétéran du 1er BFMC, troop 1, badge 20
- Yves Meudal, vétéran du 1er BFMC, troop 1, badge 59

Les descendants des membres du Commando Kieffer adressent une lettre publique de protestation face à une tentative de récupération de l’histoire de leurs pères par des sites d’extrême-droite.

Nous, enfants et petits enfants des Commandos du 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos, dit « Commando Kieffer » qui participa à de nombreux raids contre l’occupant entre 1942 et 1944, au débarquement en Normandie le 6 juin 1944 et à Flessingue (Pays-Bas) le 1er novembre suivant, avons eu récemment la désagréable surprise de voir un site identitaire islamophobe hébergeant l’extrême-droite raciste se servir du nom des Commandos Kieffer pour stigmatiser les musulmans de France dans un article auquel sont juxtaposées des caricatures insultantes de ministres de notre gouvernement d’origine nord-africaine ou antillaise.
L’auteur de l’article concluait en déclarant que si les hommes du Commando Kieffer débarquaient aujourd’hui, ils seraient rejetés à la mer par les « collabos » (sic) d’aujourd’hui et que ces derniers en tant que traîtres mériteraient le peloton d’exécution. Par « collabos », l’auteur désigne les Français qui vont se recueillir sur les lieux des attentats terroristes et qui s’opposent au projet d’éradication de l’islam en France.
Nous dénonçons fermement ces propos haineux, ces amalgames et ces appels à la violence contre d’autres citoyens français. Nous savons trop bien comment des propos similaires à l’encontre des Juifs et des Tziganes ont conduit à leur persécution.
Nous considérons que le fait d’avoir associé les Commandos Kieffer à cette propagande est une imposture. Nous ne reconnaissons pas aux héritiers nostalgiques des collaborateurs et de leurs maîtres nazis, le droit de parler au nom de nos pères et de s’approprier leur glorieuse histoire à des fins manipulatrices envers une population sous le choc après les attentats de Paris.
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English translation:
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We, the undersigned, children and grandchildren of the « 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos », also known as « Commando Kieffer » (attached to Lord Lovat’s 1st Special Service Brigade) who took part in numerous raids in occupied Europe between 1942 and 1944, who landed in Normandy on 6th June 1944 and in Flushing (The Netherlands) on 1st November 1944, were recently unpleasantly surprised to see an identity-fanatic, racist and islamophobic site use the name of the Kieffer Commandos to stigmatize the Muslims living in France. In this article, are displayed insulting cartoons of members of the French government with West-Indian and North-African origins.

The author concluded his article by declaring that if the Kieffer Commandos landed again today, they would be thrown back to the sea by today’s « collaborators » and the latter, being traitors, deserved to be taken to the firing squad. The « collaborators » here are the French individuals who have gathered to pay respect to the victims of the recent terrorist bombings and who oppose their project of eradicating Islam in France.

We strongly condemn these heinous words, the deliberate confusions and the calls to violence against other French citizens. We all know too well how similar ideas against Jews and Gypsies lead to their persecution.

We consider that using the Kieffer Commando in this type of propaganda is an imposture. We deny these people any right to talk in the name of our fathers and to take ownership of their heroism in order to manipulate our fellow citizens traumatized by the Paris terrorist attacks.

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SIGNATAIRES:
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CETTE LETTRE A ÉTÉ RÉDIGÉE PAR LES DESCENDANTS. NÉANMOINS, DES VÉTÉRANS ONT SOUHAITÉ S’ASSOCIER À SA SIGNATURE:

 

CETTE LETTRE A ÉTÉ RÉDIGÉE PAR LES DESCENDANTS. NÉANMOINS, DES VÉTÉRANS ONT SOUHAITÉ S’ASSOCIER À SA SIGNATURE:
- Hubert Faure, vétéran du 1er BFMC, troop 1, badge 134
- Léon Gautier, vétéran du 1er BFMC, troop 8, badge 98
- Jean Morel, vétéran du 1er BFMC, troop 1, badge 20
- Yves Meudal, vétéran du 1er BFMC, troop 1, badge 59

 

Dominique Kieffer-Salvar, fille de Philippe Kieffer, badge 1
Maryse Kieffer-Gibbons, fille de Philippe Kieffer, badge 1
Marine-A. Salvar-Kieffer, petite-fille de Philippe Kieffer, badge 1
Mona Salvar-Kieffer, petite-fille de Philippe Kieffer, badge 1
Alex Bibi-Kieffer, petit-fils de Philippe Kieffer, badge 1
Frédéric Bibi-Kieffer, petit-fils de Philippe Kieffer, badge 1
Josiane Autin, fille de René-Alfred Autin, badge 22
Marie-France Autin-Couëpel, fille de René-Alfred Autin, badge 22
Arnaud Couëpel, petit-fils de René-Alfred Autin, badge 22
Jean-Loïc Bagot, fils d’André Bagot, badge 135
Olivier Bagot, fils d’André Bagot, badge 135
Alain Baloche, neveu de François Baloche
Antoine Barbe, petit-fils de Maurice Barbe, badge 141
Danielle Letiec, fille de Louis Bégot, badge 44
Sophia Bouarfa, nièce de Ouassini Bouarfa, badge 129
Marie-France Bouilly-Baffert, fille de Jean Bouilly, badge 176
Christine Bouilly, fille de Jean Bouilly, badge 176
Paul Burel, fils de Julien Burel
Elyane Casalonga, fille de Laurent Casalonga, badge 13
Rita Casalonga, fille de Laurent Casalonga, badge 13
Claire Chouteau, fille de Paul Chouteau, badge 126
Frédéric Chouteau, fils de Paul Chouteau, badge 126
Pascale Fabre, fille de Paul Chouteau, badge 126
Emmanuelle Thibaud, petit-fille de Paul Chouteau, badge 126
Serge Dmytriak, fils de Jean Dmytriak, badge 250
Henri Dorfsman, fils de Henri Dorfsman, badge 118
Nicolas Dorfsman, fils de Henri Dorfsman, badge 118
Martine Duran, fille d’Hubert Faure, badge 134
Annick Arzel , fille de Pierre Ernault , badge 87
Jean-Marc Gabriel, fils de Roland Gabriel, badge 41
Armand Gabriel, fils de Roland Gabriel, badge 41
Elisabeth Galton, fille de Jack Galton, badge 257
Jenny Giard, petite-fille de Michel Vincent, badge 56
Jacqueline Gautier, fille de Léon Gautier, badge 98
Gérard Wille, petit-fils de Léon Gautier, badge 98
Nicolas Wille, arrière-petit fils de Léon Gautier, badge 98
Maxime Wille, arrière-petit fils de Léon Gautier, badge 98
Barbara Goujon, fille de René Goujon, badge 143
Valérie Goujon, fille de René Goujon, badge 143
Erwan Segura, petit-fils de René Goujon, badge 143
Ambre Manin, petite-fille de René Goujon, badge 143
Philippe Gourong, neveu de Maurice Gourong (MPF), badge 188
Lucien Gourong, neveu de Maurice Gourong (MPF), badge 188
Nolwen Gourong, nièce de Maurice Gourong badge 188
Jean-Pascal Hattu, fils de Guy Hattu, badge 46
Chantal Escoffre-Hattu, fille de Guy Hattu, badge 46
Willie Hervo, fils de Raymond Hervo, badge 243
Benoit Noeppel, petit fils de Jean Laffont, badge 82
Hervé Lerigoleur, fils d’Albert Lerigoleur, badge 130
Denise Beau-Lofi, fille d’Alexandre Lofi, badge 63
Danièle Lofi, fille d’Alexandre Lofi, badge 63
Hélène Jézéquel, fille de René Lossec, badge 10
Paul Lossec, fils de René Lossec, badge 10
Yvon Meudal, fils d’Yves Meudal, badge 59
Marine Moal, petite fille de Jean Moal, badge 113
Xavier Moal, petit-fils de Jean Moal, badge 113
Elizabeth Martin, fille de Guy de Montlaur, badge 45
Dauphine Sloan, fille de Guy de Montlaur, badge 45
Jeanne de Montlaur, fille de Guy de Montlaur, badge 45
George de Montlaur, fils de Guy de Montlaur badge 45
Michael de Montlaur, fils de Guy de Montlaur, badge 45
Diane de Montlaur, petite-fille de Guy de Montlaur, badge 45
Adeline de Montlaur, petite-fille de Guy de Montlaur, badge 45
Caroline Sloan, petite-fille de Guy de Montlaur, badge 45
Alexandra Sloan, petite-fille de Guy de Montlaur, badge 45
Guillaume de Montlaur, petit-fils de Guy de Montlaur, badge 45
Simon Nawijn, petit fils de Jean Morel, badge 20
Clément Nawijn, petit fils de Jean Morel, badge 20
Michel Navrault, fils de René Navrault, badge 50
William Niel, fils Marcel Niel, badge 54
Cedric Niel, petit fils de Marcel Niel badge 54
David Niel, petit fils de Marcel Niel badge 54
Julien Niel, petit fils de Marcel Niel badge 54
Serge Odorici, petit-fils de Marius Pizzichini, badge 328
Robert Poli, fils de Nicolas Poli, badge 61
Noel Rabouhans, fils de Raymond Rabouhans
Monique Joly, fille de Marcel Raulin, badge 23
Yvonne Chandler, fille de Marcel Raulin, badge 23
Virginie Joly, petite-fille de Marcel Raulin, badge 23
Stéphanie Joly, petite-fille de Marcel Raulin, badge 23
Philippe Petit, petit neveu de Jean Simon, badge 6.
Didier Rougier, petit-fils de Marius Rougier, badge 108
Marie-Louise Secondi, fille de Jean-Baptiste Secondi, badge 269
Robert Tornil, fils de François Tornil, badge 314
Richard Troyard, fils d’Eugène Troyard, badge 96
André Charles Trépel, fils de Charles Trépel (MPF), badge 8
Bérangère Violet, petite-nièce de Robert Lion (MPF), badge 193
Géraldine de Thoré, petite-nièce de Robert Lion (MPF), badge 193
Anne Vourc’h, fille de Guy Vourc’h, badge 36
Claire Vourc’h, fille de Guy Vourc’h, badge 36
Catherine Vourc’h, fille de Guy Vourc’h, badge 36
Jean-Guy Vourc’h, fils de Guy Vourc’h, badge 36
Gwenaël Vourc’h, petite-fille de Guy Vourc’h, badge 36
Lajla Vourc’h, fille d’Yves Vourc’h, badge 157
Michel Vourc’h, fils d’Yves Vourc’h, badge 157
Brigitte Wallen, fille de Henri Wallen, badge 177

Le présent message a été publié sur cette page FaceBook :

https://www.facebook.com/CommandantPhilippeKieffer/photos/a.520921064590213.151607.520259744656345/1220228067992839/?type=3

Premier article dans la presse (plus de 11.000 lectures pour l’heure) :

http://www.ledauphine.com/drome/2015/12/09/pas-en-notre-nom

Premier reportage dans le 19-20 France 3 Basse Normandie :

https://www.youtube.com/watch?v=dpQXT85Y3pM&feature=youtu.be

 

 

Journal impromptu d’un des 177 Commandos du 6 juin 1944 – Jacques Sénée 28 juin, 2015

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 11:09

PREMIERS PAS VERS LES COMMANDOS

« Attention » souffle Germain.

Un phare de bicyclette vient d’apparaître devant nous dans un tournant. Ensemble nous plongeons dans le champ d’avoine qui longe la route.

Les dernières maisons de Troyes-Preize sont derrière nous, je bénis cette alerte qui me permet de souffler et… de me rechausser.

Voici le cycliste – probablement un cheminot qui va prendre son travail. C’est à ce moment que retentit la première explosion. Nous nous regardons tous les deux et échangeons joyeusement quelques bourrades. Allons, tout va bien.

Quelques heures plus tôt, j’avais retrouvé Germain dans son antre de saboteur à Sainte Savine et nous avions achevé de confectionner les dernières charges destinées à mettre hors jeu les locomotives du dépôt de Troyes-Preize. Avant-dernier acte d’une histoire déjà vieille car Dieu sait que nous vieillissons vite à cette époque bénie.

En Mai 43 Germain s’était présenté au Docteur Mahée, notre nouveau chef du réseau CLV Agent de Buckmaster ; il déclarait vouloir s’attaquer au dépôt de Troyes, faute de quoi la RAF interviendrait. Aucune hésitation n’était possible, le dépôt étant bordé de maisons, notre action sauverait probablement la vie à quelques français qui n’auraient pu échapper aux bombes cependant bien dirigées de cette bonne vieille RAF.

Germain demandait seulement quelques hommes pour exécuter sa mission. Le docteur me chargea de les lui fournir et le mit en contact avec un ingénieur de la SNCF membre du réseau grâce auquel il put visiter le futur théâtre de l’opération et obtenir force renseignements intéressants. Ce fut un jeu pour moi de trouver 4 hommes. A cette époque nous étions encore bien peu nombreux mais ceux qui avaient choisi, une fois pour toutes, étaient bien décidés.

Thierry notre ingénieur de la SNCF conseillait d’attaquer le dépôt dans la nuit d’un samedi. Après quelques séances de « brieffing » Germain fixa le dernier samedi de juin.

Le jour J arriva. Ce devait être ma dernière journée en Champagne. Un mois plus tôt le docteur Mahée arrêté par la Gestapo m’avait fait prévenir que les boches me connaissaient. J’étais resté pour l’opération en prenant quelques précautions et au prix d’une certaine tension nerveuse.

A minuit, ou onze heures, je ne me souviens plus, Germain et moi, chargés comme des baudets sous le poids de nos charges explosives, nous avions retrouvé nos camarades cachés sous un pont à proximité du dépôt.

Juste avant le pont, nous avions eu une alerte : deux fritz, le fusil sur l’épaule, bayaient aux corneilles au milieu de la rue. D’un même geste nous avons saisi un pistolet dans notre poche, bien décidés à nous en servir. En fait les deux boches regardaient les étoiles.

A une heure, nous quittons notre abri comme des Sioux. Quelques minutes plus tard, nous étions sous la rotonde. Nous devions travailler par équipes de deux. Germain choisissait les locomotives et les désignait à nos camarades. Lorsqu’il en eut terminé avec eux, nous nous occupâmes à placer nos propres charges. Pour utiliser les dernières il nous fallut aller sur les voies. Je me souviens que nous avons placé une charge sur l’avant droit d’une locomotive pendant que de l’autre côté deux agents boches des chemins de fer discutaient paisiblement. Mais qui se serait méfié des braves cheminots couverts de cambouis que nous représentions ?

Chaque équipe devait s’éloigner individuellement une fois son travail achevé. Après avoir posé la dernière charge nous partons tranquillement sans user des précautions prises à l’arrivée. Vraiment, ce sabotage avait été ridiculement aisé.

C’est seulement après avoir franchi l’enceinte de la gare que nous nous reprîmes à veiller. Et de fait, à un coin de rue, deux braves Feldgendarmen nous firent face. Avant qu’ils soient revenus de leur surprise, nous avions disparu dans une fuite éperdue.

Germain avait soigneusement reconnu les lieux. Après avoir franchi un nombre respectable de clôtures et de jardins potagers nous étions de nouveau sur la route.

En bon Anglais, fort des renseignements reçus, ce damné Germain n’eut de cesse que je n’ai ôté mes chaussures. Que dire, que faire, sinon m’exécuter ? Au dernier moment, j’avais oublié de chausser les souliers à semelles de caoutchouc prévues pour cet usage et conservé des souliers à semelles de cuir horriblement bruyantes.

C’est donc en trottant sur mes chaussettes – sous son regard narquois – que je l’ai suivi vers son repaire de Saint Savine.

Et puis nous avions aperçu la bicyclette, et nous avions entendu la première explosion.

… Neuf, dix, onze. Nous étions depuis longtemps arrivés chez Germain que les explosions se succédaient toujours, nos mises à feu chimiques réagissant plus ou moins vite selon la température de la locomotive sur laquelle elles étaient posées.

J’ai su depuis que, sur 20 locomotives attaquées, 13 avaient été stoppées pour longtemps et 2 endommagées légèrement. Ce n’était pas l’idéal mais tout de même du bon travail.

A l’aube, je prenais le train pour Paris. Dix jours plus tard, un Lysender me déposait en Angleterre.

Je ne savais pas encore qu’un chapitre de mon existence était terminé. Finie la vie clandestine, fini le sabotage, finies les attentes qui semblent interminables pour entendre un message de la BBC, finis les parachutages, les containers glissant doucement vers le sol, pendus à leur parachute par une nuit de pleine lune.

Finis aussi les bons camarades de cette période magnifique. Morts à Buchenvald, à Dachau, à Beben ou tués au combat des maquis de la libération… La plupart y sont resté mais grâce à eux les survivants ont « des lendemains qui chantent ».

*

*   *

DEPART

Huit jours camouflés dans un bistrot de Tours avec un garçon charmant traqué par la Gestapo, qui a déjà arrêté sa femme et ses deux filles. Il ne sait rien d’elles et l’anxiété le ronge.

Un après-midi, un inconnu vient nous dire « c’est pour cette nuit ». Et le soir une traction hérissée de cannes à pêche nous enlève. Nous attendons la nuit sur les bords de la Loire où nous avons retrouvé l’équipe du BOA et deux autres passagers et c’est une longue promenade à travers la campagne. Nous arrivons sur le « terrain », un champ de blé fraîchement fauché. Il faut encore attendre – il est onze heures. Vers une heure trente, un ronronnement dans le ciel, qui va en s’amplifiant et me réveille. Au sol, les torches de balisage se sont allumées.

Voici l’avion, un tour au-dessus du terrain et il se dispose à atterrir. Deux passagers se précipitent : mon compagnon de cette semaine en France et un chef de Libé-Nord.

Le deuxième avion tourne au-dessus de nos têtes. Déjà, le premier repart et son co-équipier vient de se poser, je cours vers lui accompagné du quatrième voyageur. A peine l’avion s’est-il arrêté que le passager qui vient d’Angleterre fait glisser le cockpit, se dresse, se débarrasse de son parachute, nous passe quelques valises et saute à terre. Nous embarquons, le cockpit est fermé. Dans le téléphone de bord, le pilote me dit : « regardez, à votre gauche et à votre droite se trouve un bouton, si vous voyez quelque chose d’anormal pendant la traversée, vous appuierez sur l’un des boutons pour m’avertir ».

Le moteur ronfle plus fort, nous sommes partis, l’avion roule de plus en plus vite. Nous avons décollé. Un tour au-dessus du terrain et nous piquons vers l’Angleterre. Je regarde par-dessus bord et suis pris d’une frousse intense : toutes ces lumières au sol, probablement des projecteurs qui nous cherchent. Après quelques secondes, je réalise que c’est tout bonnement la lune qui se reflète dans les mares et les ruisseaux, le sentiment de ma bêtise me fait rire. Tout de même, pour un baptême de l’air, c’est réussi !

Nous nous organisons pour le voyage, après quelques essais infructueux, nous rejetons les parachutes que nous ne savons par quel bout prendre. Mon compagnon se couche dans la queue de l’avion, je m’assieds sur la banquette.

Notre brave Lysender tourne bien, aucune arme à bord sinon le pistolet que le pilote doit avoir dans sa poche. Après tout ce n’est pas grave, on prétend que cet avion est choisi pour sa maniabilité et… sa lenteur, telles qu’aucun chasseur ne peut l’ajuster. C’est égal, je surveille l’horizon dans la crainte d’y voir surgir un point noir qui fonce vers nous.

Les minutes passent. Tiens, voici des nuages… et soudain des traits rouges montent vers nous. Nous franchissons la côte et la Flack tire, manifestement, sans conviction. Le pilote nous fait effectuer quelques pirouettes, les boches stoppent leurs tirs et nous poursuivons notre route.

Au revoir la France…

Brusquement, le ciel devant nous est illuminé : les projecteurs du terrain où atterrissent les avions retour de missions spéciales. Quel contraste avec la pauvre lumière des torches au départ de France.

Un choc, nous roulons sur la piste. Ouf !

Sitôt arrêtés, je saute à terre, il tombe une petite pluie fine, c’est bien l’Angleterre. Des gens courent vers nous. Sous leur uniforme anglais, ils parlent un français parfait. Après m’avoir distribué chacun un nombre respectable de claques sur les épaules, ils m’entraînent vers le mess.

Là se place l’une de mes plus grandes émotions de la guerre : je venais de passer des mois à fumer des feuilles de topinambours ou quelque horreur analogue. Et que vois-je tout d’abord en entrant dans le mess : des monceaux de cigarettes à demi fumées écrasées dans les cendriers. J’ai failli me jeter sur les mégots. Les fumeurs comprendront. Mais déjà les Anglais qui m’accueillaient, habitués à recevoir des français privés de tabac, bourraient consciencieusement mes poches de cigarettes blondes, thé, whisky – deux heures plus tard, j’étais à Londres, allant d’émerveillement en émerveillement : se sentir libre, ne plus voir de boches, mais la presque totalité d’une population en uniforme. Et puis encore une émotion  – et de taille – dans la rue, j’ai croisé un garçon en battle-dress qui portait « FRANCE » sur l’épaule. Seulement alors j’ai compris que je venais de changer de monde.

*

*   *

 

PREMIERS CONTACTS AVEC LES COMMANDOS

Le sort en est jeté, je serai Commando – si du moins je résiste à l’entraînement physique qui n’est pas particulièrement doux, dit-on.

Ce matin j’ai signé mon engagement pour les FNFL (ce n’est que le quatrième que je signe pour la France libre ; le premier en France il y a longtemps, les autres depuis mon arrivée en Angleterre).

Ainsi, quatre mois plus tôt, un Lysender me déposait dans le Sud de Londres et je faisais connaissance avec le fameux BCRA et plus particulièrement la section « Assaut » dont m’avaient tant parlé mes camarades venus en mission en France. Une équipe de types magnifiques qui donnaient envie de travailler avec eux : Bienvenue, Rewez, Saint Jacques et bien d’autres dont j’ai oublié les noms.

Peut de temps après, je suis expédié dans les écoles spéciales d’entraînement. Mon stage terminé et amputant déjà le mince délai qui me séparait de mon retour en France, j’apprends brusquement qu’il n’est plus question de retour. Je suis « brûlé » et je ne dois pas retourner. Jamais nouvelle ne m’a plus abasourdi. Que faire ? Venu en Angleterre pour m’entraîner et repartir, je n’avais pas imaginé une seconde qu’il me faudrait faire autre chose et renoncer à cette vie clandestine si prenante.

Hélas, je devais bien me rendre à l’évidence, mais c’est la mort dans l’âme que je rejoignais le dépôt des FTGB du camp de Camberley. Huit jours plus tard, j’étais affecté à l’État-Major de Londres. C’était un comble, comme si j’étais venu pour me transformer en rond-de-cuir.

Mais que faire ? « Va aux parachutistes », disait l’un, « va aux Commandos », disait l’autre. Je ne savais quelle décision prendre – parachutiste ou Commando ? Les Commandos avaient un prestige énorme mais j’hésitais pour les rejoindre à passer dans la Marine qui possédait la seule unité française. Un incident insignifiant me décida.

Tous les Free French ayant habité Londres quelques temps se souviennent de Céleste, ses beefsteaks de cheval et ses frites. Un jour que je déjeunais dans ce digne établissement, la salle minuscule fut envahie par une meute hurlante et affamée. Tout un groupe de Commandos retour d’Achnacharry, maigres et resplendissants de santé – fiers de porter leur béret vert tout neuf. Il y a là je crois Chausse et Lavezzi, Laffont, Coppin, Strina et quelques autres mais surtout Paillet qui, installé devant moi, avala sans sourciller six des beefsteaks de Céleste, et quels beefsteaks ! Le choc – l’admiration, plutôt – que j’en ressentis fut déterminant. Il fallait que je rejoigne ces gens-là.

J’ai entendu maintes fois accuser les Free French et particulièrement les Commandos de s’être mis à la disposition des Anglais pour de l’argent (peut-être aussi pour mieux se faire trouer la peau, mais chut !). Quoiqu’il en soit, j’en connais au moins un qui les a ralliés avec seulement la modeste ambition d’avaler un jour six beefsteaks à la file comme Paillet. En fait, je n’ai jamais pu, mais j’ai eu d’autres compensations.

J’étais heureux comme un pape d’avoir pris ma décision et j’imaginais naïvement que quelques jours plus tard j’aurais rejoint les Commandos. Las, c’était mal connaître la gent bureaucratique. A moins d’y être passé soi-même, nul ne peut réaliser les embûches de toute sorte qui se dressent sous les pas du malheureux qui entreprend un changement d’armée. De plus, ma situation militaire ne facilitait pas les choses : élève officier en 40, je ne m’étais pas occupé de faire régulariser ma situation avant d’avoir rallié les FTGB. Jusque là, pas de difficulté, un dossier en bonne et due forme fut établi, je n’avais plus qu’à attendre. Une fois ma nomination d’officier en poche, je n’avais plus qu’à demander simplement à être détaché dans la Marine. Hélas c’était trop simple. J’avais rencontré pendant mon court séjour à Camberley un officier débordant de vie et de dynamisme, le Lieutenant Amaury ; lui aussi projetait d’aller aux Commandos et cherchait à constituer un détachement suffisant pour justifier un stage à l’école des Commandos. Je le revis à Londres et lui fis part de ma décision. « Parfait », me fit-il, « mais faites vite, mon stage commence dans quinze jours et si vous n’avez pas rejoint le détachement à ce moment, il vous faudra attendre des mois avant d’avoir l’occasion d’entrer à l’école des Commandos ».

Tout, Seigneur, plutôt que de manquer ce stage et risquer de ne pas être à l’ouverture du deuxième front où certainement les Commandos seraient aux premières loges ! Et l’on commençait à ne parler sérieusement, de ce deuxième front, en cet automne 1943.

Je ne fis qu’un bond à l’État-Major des FNFL. Après m’avoir pris pour un fou, un brave gratte-papier m’apprit que n’étant pas officier, je devrais être non pas détaché, mais définitivement muté dans la Marine et que dans ce cas, il me fallait perdre tout espoir d’avancement. Il eut l’air surpris quand je lui affirmais m’en moquer éperdument. Généreuse, la Marine m’offrait un galon de Sergent-Major fusilier eu égard à mon brevet de chef de section.

Qu’importe, j’aurais accepté volontiers d’être matelot pour être Commando.

Je lançai donc ma demande de mutation aux autorités compétentes et j’en attendis le résultat, bouillant d’impatience.

Pendant mon bref séjour à Camberley, j’avais fait connaissance avec des garçons du clan militaire de la Fédération des Éclaireurs Français en Grande Bretagne. L’exil avait permis la fusion entre Scouts de France, Éclaireurs de France, Unionistes et Israélites. Unis par une foi commune, ces garçons, qui se regardaient peut-être de travers avant guerre, étaient maintenant attachés les uns aux autres par les liens d’une solide amitié fraternelle.

Mrs Evans, Française épouse d’un Anglais, avait généreusement mis une villa à la disposition de la Fédération à Eahling Broadlay, dans la banlieue de Londres.

Dirigée par notre ami Schneider, cette maison était le havre des routiers venus à Londres passer le week-end : du nord au sud, de l’est à l’ouest de l’Angleterre, marins, biffins, Commandos et parachutistes se retrouvaient tous les samedis, et jusqu’à l’aube, c’étaient des chants, des histoires, et aussi, pourquoi pas, des conversations sérieuses. Chacun savait qu’il trouverait toujours une oreille attentive à qui confier ses peines, ses espoirs, le souvenir de ceux qui l’attendaient en France.

Je fus très vite un habitué de la maison, où je finis par élire domicile.

Un soir, en grimpant l’escalier qui menait à la salle commune, je fus frappé par un chahut plus violent que de coutume. J’entrai, intrigué : au milieu de la pièce, un diable criant et gesticulant au milieu d’un groupe faisait une démonstration de jiu-jitsu. Dans un coin, nonchalamment couché sur un divan, sourire narquois aux lèvres à l’adresse de ceux qui l’entouraient, un garçon pâle, à la figure mince, montrait des caricatures. Deux bérets verts jetés sur une chaise me renseignèrent sur l’état des gaillards qui monopolisaient ainsi l’attention de mes camarades.

Retour d’une période d’entraînement qui les avait éloignés de Londres depuis mon arrivée, Chauvet et Boccador, profitant du premier week-end, reprenaient contact avec le clan.

Quand ils surent que j’étais candidat Commando, ils m’examinèrent avec méfiance, avec le parfait dédain que des vétérans éprouvent pour un novice. Sans plus attendre, Boccador déclara qu’il avait alors un cobaye tout désigné pour ses démonstrations de judo et avec entrain, commença à me soumettre à une torture raffinée. En fin de séance, j’étais rompu et me donnais un mal de chien à maintenir sur mon visage un rictus qui voulait être un sourire. D’ailleurs, aussitôt, sans me laisser souffler, Chauvet m’entreprit : tour à tour, il m’épouvanta en m’exposant négligemment les rigueurs de l’entraînement et se mit sur le gril avec ses questions insidieuses sur mes possibilités. Jamais je n’avais passé d’examen avec d’aussi terribles examinateurs.

Après quelques rencontres, il me témoignèrent plus d’urbanité, se comportant avec moi comme deux grands frères vis-à-vis de leur benjamin.

Premier novembre 1943. Je suis « marin » depuis ce matin. Sitôt signé mon engagement aux FNFL, je suis allé chez Lilywhite m’acheter une casquette de second-maître. Là m’est arrivée ma première mésaventure de biffin égaré dans la Marine. Après avoir essayé force casquettes, l’une trop petite, l’autre trop grande, toutes me faisant une tête ridicule pour mes yeux inaccoutumés à ce couvre-chef, j’en adopte finalement une et me dispose à payer et à m’en aller lorsque le vendeur me la réclame en me disant qu’il devait y mettre un ruban.

Patatras ! Mes notions toutes neuves sur la Marine sont bousculées, je croyais que seuls les quartiers-maîtres et marins porteurs du bonnet à pompon rouge avaient un ruban sur leur coiffure. Il paraît donc que les seconds-maîtres en ont aussi. Je ne me trouvais pas très malin avec ce chapeau sur la tête, mais si par-dessus je devais l’orner de l’inscription FNFL, à coup sûr je ressemblerais au marchand de journaux du coin.

Navré, je confie au vendeur l’instrument de mon malheur. Quelques instants plus tard, je récupérais la fameuse casquette dûment enrubannée mais vierge de toute inscription, naturellement. Je me sentis rougir jusqu’aux oreilles, à la fois de joie et de confusion. C’est égal, j’avais eu peur.

Le lendemain, j’arrive à la caserne Bir-Hakeim, dépôt des FNFL dans le sud de l’Angleterre. J’y retrouve le Lieutenant Amaury et une trentaine de gradés et d’hommes qui ont déjà commencé l’entraînement depuis huit jours. J’ai la journée pour m’installer, et demain, en piste.

On me conduit dans une hutte où sont logés les officiers mariniers en stage. J’y retrouve Lardennois et Sintome que j’avais connus à Camberley – ex-biffins comme moi – et je fais connaissance avec les marins authentiques : Laventure et Cartier, pour ne citer que les plus marquants. Les autres seront éliminés au fur et à mesure du stage.

Le lendemain soir, je suis mort de fatigue, la journée a commencé par un cross de 5 km, au départ, il fallait franchir un mur. Je n’y réussirai que le quatrième ou le cinquième jour, au retour, une longue séance d’éducation physique et tout le jour, prenant à peine le temps nécessaire pour les repas, les exercices physiques se poursuivent, marche, course, tactique, franchissement d’obstacles menés par Amaury, à un train d’enfer.

Cet Amaury est un chef. Il boit peu, il ne fume pas, joli garçon, il plaît aux femmes, le sait et en profite. Les nuits où nous ne travaillons pas, il court rejoindre l’âme-sœur du moment. Toujours en tête, il montre l’exemple et paie admirablement de sa personne. Il est d’une dureté impossible, chaque défaillance est sanctionnée et quelle sanction ? Le renvoi pur et simple. Il a décidé d’avoir une troupe d’élite et il l’aura.

Pendant deux mois et demi que dura l’entraînement préparatoire à notre entrée à l’école anglaise des Commandos, tous les matins, nous serons levés avant le jour pour rentrer à la nuit, quelques fois fort tard.

Lorsque nous nous plaignons, Amaury éclate de rire et déclare que les Commandos ne sont pas faits pour les petites filles.

Pendant quinze jours, il m’a regardé d’un air soupçonneux, persuadé que je n’étalerai pas. Quand il a été persuadé du contraire, il m’a adopté. C’est inimaginable ce qu’il a pu obtenir de nous.

Je pense à Cartier, second-maître de manœuvre, « l’ancêtre » de la bande, plus de trente ans. Chaque semaine, au retour d’une journée plus pénible, Cartier exténué déclarait qu’il ne pouvait plus continuer une existence pareille. Chaque fois nous le remontions et le lendemain matin, il était sur les rangs.

Et Rousseau qui terminait les marches pieds nus et se couchait sur la route pour boire l’eau des flaques : s’imagine-t-on ce que cela représente de volonté quotidienne ? Il a fait preuve de la même volonté jusqu’au bout car après le dépôt de Bir-Hakeim, il a eu l’école des Commandos, puis le n°10 et le n° 4 Commando. L’entraînement est resté ce qu’il était au début. Il a souffert pendant des mois. Il a eu la fierté d’être parmi la poignée de Français qui débarquèrent en Normandie – seuls représentants de leur pays – le 6 juin 1944. Et il a été tué le jour même !

Et tant d’autres, le petit qui n’avait pas 17 ans et avait caché son âge pour s’engager. Thubé, second-maître : ex-biffin lui aussi, et surnommé « la fille » pour son apparence frêle, toujours blagueur et souriant, quoiqu’il arrive.

Coste, venu du pelont motorisé de Camberley, ex-cavalier, surnommé la Fleur, qui détestait la marche.

Nous sommes restés deux mois et demi à Bir-Hakeim. Plus de 110 candidats sont passés, nous partons seulement à 52 en école anglaise. Et il paraît que nous n’avons encore rien vu…

Juste avant le départ, Amaury décide d’agréer la candidature d’un infirmer du camp : Bollinger, grand garçon filiforme, porteur de grosses lunettes. Nous sommes quelques-uns à penser qu’en agissant ainsi, Amaury veut assouvir une vieille rancune et qu’il désire sa mort. Si c’est vrai, tant pis pour lui, il a été déçu.

*

*   *

WREXHAM

L’école des Commandos est dans le nord Écosse, dans un bled sauvage et inhabité. Nous n’irons pas – du moins pas maintenant  : l’école est fermée, bloquée par la neige… Direction Wrexham en North-Wales, où se trouve une annexe du Commando-Dépôt.

Nous partons avec un renouveau d’énergie. D’abord parce que c’est la concrétisation de nos efforts et que nous savons qu’un béret vert nous attend à la sortie de l’école. Ensuite et surtout parce que, malgré le secret, nous avons appris que nos camarades français du 10 (IA) Commando font actuellement des raids sur les côtes d’Europe. Nous savons qu’après Wrexham, nous les rejoindrons, et Amaury nous a juré qu’il avait reçu l’assurance que nous aurions notre part de réjouissances.

Des bruits courent : le Commandant Kieffer est resté trois jours en France, le Capitaine Trépel, son second, n’est pas rentré, untel et untel eux non plus ne sont pas revenus. J’apprends que Boccador a fait merveille au cours d’un raid. Quelle est la part de vérité dans tout cela, je l’ignore ; une chose est certaine, les Français font des raids, plusieurs sont partis et ne sont pas rentrés…

Seigneur, faites que nous allions bientôt prendre leur place !

Je comprends maintenant pourquoi mes professeurs Chauvet et Boccador manquent aux rendez-vous du samedi à Londres.

Le 17 janvier, nous arrivons à Wrexham. Immédiatement, nous sommes pris en charge par deux Lieutenants que nous baptisons sur le champ « Plume Noire » et « Plume Rouge », de la couleur de la petite plume qu’ils portent sous l’insigne de leur régiment à la mode des unités écossaises. Deux sergents et un lance corporal (soldat de 1ère classe) leur sont adjoints.

En un tournemain, nous sommes équipés, armés et logés dans des baraques à l’extérieur du camp. Le programme de la semaine est déjà prêt et on nous le distribue.

Fichtre… Enfin, on verra !

Dernières recommandations d’Amaury. Il veut que dans ce camp anglais, nous soyons parfaits. Nous sommes le premier détachement français, et même étranger, à venir ici – nous sommes bien décidés à donner bonne impression.

Huit jours ont passé. Nous sommes étonnés de nous trouver si bien en forme. Finalement, grâce à l’entraînement d’Amaury, le séjour à Wrexham ne sera pas aussi terrible que nous l’appréhendions.

Nous avons fait connaissance avec les marches forcées : deux fois 5 miles la semaine dernière. Cette semaine, nous attaquerons les 7 miles. En moyenne, tout le monde « étale » correctement, sauf quelques-uns qui terminent par un miracle de volonté : Bollinger, porté par deux hommes à l’arrivée ; Cartier, qui s’écroule en franchissant la porte ; Gourong, épuisé, tombe sur la route. Dans un sursaut d’énergie, il se relève et repart en courant sans réaliser qu’il revient sur ses pas. Il faut le rejoindre et le mettre dans la bonne direction. Bagot termine les premières marches en boitant, les pieds en sang, blaguant toujours malgré la douleur.

Bagot est un officier des Équipages qui, après avoir été du 2ème Bataillon de Fusiliers marins en Syrie, faisait partie de l’État-Major du dépôt de Bir-Hakeim où il s’ennuyait. Il veut retrouver ses inséparables du 2ème Bataillon déjà Commandos. Sans entraînement préalable, il nous accompagne à Wrexham, où il donnera l’exemple du courage et de la bonne humeur.

Le maître Principal Faure écœure tout le monde, y compris nos instructeurs : pendant les marches forcées, il lit le journal. Pour un ancien cavalier motorisé, c’est peu commun.

Nous sommes nombreux à maintenir solidement l’habitude prise à la fin de notre séjour à Bir-Hakeim : les soirs où nous sommes libres, nous allons en ville engloutir une solide ration de « fish and chips » arrosée de quelques pintes de bière.

Wrexham est une petite ville très gaie, dans tous les pubs, il y a de la musique, certains ont un orchestre à la disposition des amateurs. Partout, les Français sont adoptés ; nos pompons rouges ont toujours un joli succès lorsque l’un d’eux va au micro chanter une chanson de France. Je me souviens de chansons que je n’aurais pas écoutées, ou trouvées stupides, en France, mais qui m’émouvaient dans ce pays étranger lorsqu’elles étaient chantées par un camarade, reprises en sourdine par les autres Français présents et frénétiquement applaudies par les Anglais qui n’y comprenaient rien, mais étaient heureux de nous manifester ainsi leur sympathie.

Un soir, les journaux relatent en gros titre l’exécution de résistants français par les Allemands. Avec quelques camarades, je suis entré dans un pub boire la pinte de stout traditionnelle ; quand nous avons franchi la porte, tous les Anglais présents se sont levés et ont chanté la marseillaise. J’ai su que des manifestations semblables s’étaient produites en divers endroits.

Il y a également quelques Américains à Wrexham, mais ils sont légèrement en froid avec la population. Unanimement, les Free French ont pris parti pour les Anglais et pour des Français batailleurs, il y a d’excellentes occasions pour provoquer des bagarres épiques. Les nôtres ne s’en privent pas et quelques fois, les MP ont fort à faire pour rétablir l’ordre.

Les semaines passent et nul ne peut nous dire quand se terminera cet entraînement qui nous épuise. Grâce au ciel, nous bénéficions d’un confort tout britannique et il faut bien reconnaître que l’entraînement présente un intérêt quotidien : parcours d’assaut, exercices tactiques de jour et de nuit, franchissements d’obstacles, culture physique bien menée, tirs. Quelques émotions mettent une pointe de piment dans notre existence ; un jour, nous voyons sur le programme de la semaine qu’une matinée est consacrée à l’ « abceilling ». Qu’est-ce que c’est ? A la date prévue, on nous fait grimper en haut de la tour de Wrexham, il ne s’agit plus que de descendre… par l’extérieur, au moyen de cordes passées en rappel. Exercice banal pour un alpiniste, mais très nouveau pour nous. Lorsque, cramponné à ma corde, je suis passé par la fenêtre pour commencer la descente, je n’étais pas très fier. Cependant, ce n’est pas si difficile. Après quelques descentes, nous nous sentions aussi à l’aise que dans un ascenseur.

Un autre jour, le jeu consiste à sauter par l’arrière d’un camion en marche. Lentement d’abord, à 5 KmH, puis progressivement jusqu’à 20 KmH. Le secret de l’opération est simple : un peu de souplesse et pas d’appréhension, sinon gare aux fractures. En cette occasion, nous avons deux ou trois hommes « cassés ».

Quoiqu’il en soit, les hommes sont mécontents, nos instructeurs anglais assurent que notre entraînement est largement achevé, que nous sommes sur-entraînés et Amaury a fort à faire pour maintenir le moral.

Fin février, le bruit court que nous allons quitter Wrexham, mais la destination est inconnue. Nous pensons qu’il y a deux solutions :

- Achnacchary avec un mois d’entraînement supplémentaire à la clef ;

- Le n° 10 Commando – le rêve.

Nous sommes anxieux de connaître notre sort.

Le 3 mars, au retour d’une marche, nous apprenons sans déplaisir que nous avons une semaine de permission, à notre retour, nous serons fixés sur notre affectation.

Je retrouve avec joie Londres et la Maison du scoutisme. Cette semaine de détente est bien agréable. Je rencontre un Chauvet mystérieux à souhait et muet comme la tombe dès que je fais mine de l’interroger sur les raids : il consent seulement à me dire qu’une quinzaine d’hommes, deux officiers mariniers et un officier ne sont pas rentrés et que notre arrivée est impatiemment attendue. Et nous donc, comme si nous n’étions pas impatients !

En gare de Wrexham, au retour, j’étais à peine débarqué du train que j’apprenais notre départ le surlendemain pour une destination inconnue. Quelques instants plus tard, Bagot me confiait que notre entraînement était enfin terminé et que nous allions rallier le n° 10 Commando.

Enfin !

Avant de quitter Wrexham, nous participons à une cérémonie à la mémoire des morts du n°6 Commando en Italie. Nous apprenons que le n°9 Commando a subi de très lourdes pertes. En même temps que nous, vingt officiers et 200 hommes destinés à ce Commando quitteront Wrexham.

*

*   *

COMMANDOS

Le 12 mars au soir, nous arrivons dans un petit village du Susses, près de la côte : Hampden Park. Le Captain de Jong, un Belge, du n°10 Commando nous accueille. Nous sentons tous que sa présence matérialise notre rattachement au N°10.

Derrière de Jong, nous avions un certain nombre de civils anglais. Privilège des Commandos, nous serons désormais logés et nourris chez l’habitant. Ces civils sont venus nous chercher. Ici et ailleurs, nous serons toujours parfaitement reçus par des gens qui nous considèreront comme des membres de leur famille et ne nous poseront jamais aucune question, encore qu’ils soient souvent intrigués par nos absences soudaines.

Deux jours plus tard, on nous délivre nos bérets verts et nos insignes de Commandos qui sont portés cousus sur l’épaule.

C’est un grand événement pour nous ; désormais, nous faisons partie de la famille Commando, nous appartenons à un Corps qui a la réputation méritée de renfermer les 1ères unités d’élite britanniques. Nous sommes aussi heureux de porter nos bérets verts que des enfants qui découvrent une cheminée garnie de jouets au matin de Noël. Ce béret nous persuade de notre force  et nous assure du succès pour les opérations futures. Désormais, tout ce que nous entreprendrons réussira, n’est-ce pas, car nous sommes décidés à être dignes de la jeune mais déjà solide tradition Commando.

Quelques jours plus tard, l’Amiral Thierry d’Argenlieu vient nous inspecter, accompagné du Commandant Kieffer et d’officiers anglais et alliés du n°10 Commando.

C’est notre premier contact avec le Pacha et chacun est d’accord pour lui trouver de l’allure. Il paraît que nous allons former une « troop » (compagnie) de réserve pour les deux troops française déjà existantes au n°10 Commando. L’une de ces troops est à Newhaven où se trouve le PC du Commandant Kieffer, l’autre à Peacehaven. En attendant qu’ils aient besoin de nous, continuons l’entraînement… En douceur, cette fois.

Nous avons tout de même un peu le sentiment d’être traités en parents pauvres.

23 mars – ce matin, une nouvelle bouleversante : un officier, 3 off-mariniers et 20 hommes vont rejoindre les deux troops françaises et partir avec elles au baroud. Je suis désigné. Je crois que j’aurais étranglé Amaury si je ne l’avais pas été.

Les heureux élus partent de suite à Newhaven sous les regards envieux de ceux qui restent. Là-bas, on nous délivre notre équipement de combat et nous sommes intégrés dans les deux troops.

Je suis bombardé chef de la sub-section C de la 2ème section de la 8ème troop. J’ai de la chance, car il y a trop de seconds-maîtres et certains sont adjoints de sub-section ou même chefs de bren-groups.

C’est la première fois que je suis en présence de mes anciens et – qu’ils me le pardonnent – l’impression est déplorable. Pour moi qui viens de passer quelques mois sous la férule d’Amaury, j’ai le sentiment d’une indicible pagaille.

En fait, c’est très naturel. Tous ces gens sont restés plusieurs semaines isolés et parfaitement libres pour la préparation et l’exécution des raids. Pour la première fois, ils sont rassemblés et ont un certain mal à se plier de nouveau sous la rigide discipline militaire.

Mais il est temps maintenant de parler des origines du 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commando.

En 1941, les FNFL ont peu de bâtiments à armer et il y a à Portsmouth des marins énervés et avides de combats. l’Enseigne de Vaisseau Kieffer se propose pour les employer. Il a suivi la formation par les Anglais des Free-Companies qui prirent le nom de Commandos et constituèrent les Unités sur lesquelles comptait la Grande Bretagne pour prouver à l’ennemi son esprit offensif.

L’E.V. Kieffer a déjà tâté le terrain tant auprès de l’Amirauté française qu’auprès des anglais ; il s’est heurté au scepticisme des uns, au mutisme des autres. Mais ceux qui le connaissent savent qu’il a de la suite dans les idées. A force de persuasion, il arrache à l’Amirauté l’autorisation de faire une tentative. Après tout, les gens qu’il formera seront toujours susceptibles d’être employés à terre et ce ne sont pas les champs de bataille qui manquent à la France libre.

Ph. Kieffer se rend à Camberley avec ses recrues de Portsmouth et commence un entraînement endiablé, bientôt rejoint par quelques volontaires de l’Armée. Après avoir éliminé les faibles et les douteux, il se trouve en tête d’une section, puis d’une compagnie qui prend le nom de 1ère Compagnie de Fusiliers Marins. Il est secondé par un Maître dont il fera un Officier des Équipages : Jean Pinelli, le dynamisme fait homme. Il y a là Lanternier, qui vient de la Légion ; Lahouze, authentique Fusilier Marin ; Tanniou, Raulin, Allain, Boucher, Boccasor, Dumanoir, Meunier, Casalona et encore tous ceux dont les noms ne me viennent pas à l’esprit et qui me le pardonneront.

En juillet, les Anglais qui les ont suivis de loin s’intéressent enfin à cette petite équipe de Français doublement volontaires, et décident de faciliter leur travail.

Successivement, le Lieutenant de Vaisseau Kieffer entraîne sa compagnie à Skeguess, au dépôt de la Royal Navy, puis quelques mois plus tard, chez les Royal Marines, à Eastney.

En mars, il a gagné la partie ; l’entrain et le courage de ses hommes ont fait tomber les obstacles. Sa compagnie est envoyée à Achnacchary, l’école des Commandos. Un mois et demi après, tout ce beau monde quittait l’École, béret  vert en tête et l’unité prenant nom : 1ère Compagnie de FM Commando était attachée au n°2 Commando. Le Commando qui avait fait le raid sur Saint Nazaire, le Commando du Duc de Wellington.

Il y restent trois mois puis sont affectés au n°10 (Inter Allied) Commando qui vient de se créer.

Car Ph. Kieffer a eu des émules dans les rangs des armées alliées qui se sont regroupées en Angleterre. Cette étrange Unité, petite Légion étrangère, groupera des Anglais, des Français, des Norvégiens, des Hollandais, des Polonais, des Belges, des hommes d’Europe Centrale et quelques Yougoslaves. Ils ont un même drapeau : leur béret vert ; malgré les diversités de langue, de tempérament, un mot magique les soude en un bloc sans fissure : « Commando ». Car ils sont Commandos avant d’être Français ou Polonais. Ce sont des fanatiques. Et ne faut-il pas l’être pour mener cette existence épuisante. Dans toutes les unités qui constituent le Special Service Group, c’est le même régime ; toujours sur le pied de guerre, l’entraînement se poursuit inlassablement, la nuit devient leur domaine, les armes alliées et ennemies leur sont familières, les itinéraires réputés inaccessibles sont franchis ; chacun acquiert les connaissances et le courage froid qui seront nécessaires dans les entreprises invraisemblables qui le mettra aux prises avec l’ennemi. Une confiance prodigieuse naît au cœur de chaque homme. Tous savent qu’ils sont en train de vivre des heures les plus magnifiques. Qu’importe si la mort est au bout du chemin.

En août 1942, l’État-Major des Commandos fait appel aux Français : ils vont participer au raid sur Dieppe. En quelques jours, une section obtient le brevet de parachutiste. Et c’est l’attaque, les premières décorations, les premières pertes, aussi ; mais la compagnie en revient sûre d’elle-même… pour reprendre l’entraînement.

Mais de nouveaux volontaires affrontent Achnaccary et viennent grossir la compagnie. En 1943, un contingent important arrive de Syrie, groupé autour de l’Officier des Équipages Lofi. Lofi a décidé d’aller aux Commandos et ses hommes ne veulent pas le quitter. Une nouvelle compagnie, une nouvelle troop, plutôt, est alors formée sous le commandement du Capitaine Trépel, un homme de fer qui ne laisse jamais paraître un signe de fatigue. Les sections sont commandées par Lofi et l’Aspirant Hulot qui sort de l’École des Cadets, et encadrées par Lavezzi, Klopfenstein, Messano, Saerens, Roëlandt, Chausse.

Voici une anecdote qui, je crois, dépeint Trépel. A Achnacchary, la troop effectue les marches forcées par section. Un jour, Trépel qui, à l’ordinaire, accompagne tantôt l’une, tantôt l’autre, décide au retour d’une marche avec la section Hulot de repartir avec la section Lofi, de façon à pouvoir vérifier l’entraînement de tous ses hommes au même moment. Quand il revient, Hulot, peut-être un peu goguenard, lui demande :

- Alors, Capitaine, vous êtes fatigué ?

- Vous croyez, Hulot ? Eh bien, allez vous équiper, nous allons repartir ensemble, vous verrez au retour lequel de nous deux sera le plus en forme.

Hulot s’enfuit sans demander son reste, persuadé avec raison que Trépel n’aurait pas hésité à recommencer une  troisième fois. Pour qui sait ce qu’une marche forcée de 7 miles qu’il faut terminer en moins d’une heure dans cette région de l’Écosse si vallonnée représente d’efforts et de volonté, la performance du Capitaine Trépel est tout bonnement incroyable.

Lorsqu’ils rejoignent le n0 10 (IA) Commando, l’unité française prend nom : 1er Bataillon de FM Commando. A l’intérieur du Commando, la 1ère compagnie armée constitue la 1 troop et la 2ème compagnie, la 8 troop.

En novembre 1943, les troops françaises sont séparées. L’une s’installe à Douvres, l’autre à Newhaven. Aussitôt commence la préparation de ces petits raids qui devaient jeter la consternation chez les troupes allemandes qui veillent sur le Mur de l’Atlantique – ce mur qu’elles croient infranchissable.

Par groupes de cinq ou six, conduits par un officier ou un officier marinier, les hommes s’habituent à vivre par eux-mêmes, isolés pour trois ou quatre jours dans la nature. Ils se perfectionnent dans la pratique des mines et des pièges, dans la conduite des petites embarcations de raid.

Lui-même chef d’équipe, le Pacha paye de sa personne. Comme à tous, il lui arrive de petites mésaventures que les hommes sont ravis de colporter. Aucun d’eux ne le fait avec autant de brio que Kermarec :

« Un matin, nous nous entraînons sur un doris (légère embarcation de raid, en contre-plaqué). Peu de temps après avoir quitté le quai :

- Commandant… On fait de l’eau.

- Pfff, ce sont des embruns, continuons.

- …

- Commandant, l’eau monte.

- Écopez, je vous dis que ce sont les embruns.

- … L’eau monte de plus en plus…

- C’est curieux… Rentrons, décide le Pacha.

Et nous rentrons juste à temps pour ne pas couler. Vérification de la barcasse… On avait oublié de mettre les nables » achève Kermarec en éclatant de rire.

Les équipes de raid pourront avoir à évoluer  dans des zones piégées ou minées. Il y a toute une technique pour ne pas risquer de sauter bêtement.

A l’intention de nos Commandos, des champs de mines et de pièges à charge réduite ont été établis. Lorsque l’un des engins saute, celui qui en est responsable voit jaillir sous ses pieds quelques solides pelletées de terre et de cailloux.

- La première fois que nous nous entraînons là-dessus, me dit Kermarec, les deux premiers passent lentement mais sans rien déclencher.

- C’est beaucoup trop lent, crie le Pacha, vous allez voir !

Et il fonce en avant. Pas de chance, sous ses pieds, les explosions se succèdent, quand il a terminé son passage, ses vêtements sont en lambeaux et il est couvert d’égratignures. Il ne perd pas son sang-froid :

- Vous avez vu ? Il faut aller aussi vite, naturellement, vous pouvez prendre davantage de précautions.

Ce travail en équipe, plus encore que l’entraînement qui a précédé, soude les hommes les uns aux autres. Chacun sait que le moment venu, la plus légère erreur de sa part peut coûter la vie à ses camarades et compromettre la mission. Aussi, tous donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Les raids eurent lieu, leurs échos nous touchèrent à Wrexham et nous stimulèrent. J’ai dit plus tôt au prix de quelles pertes ils furent exécutés. Ils venaient d’être terminés lorsque je rejoignis le n°10 Commando. Je voulais avoir des détails, mais les participants gardaient jalousement leur secret. Patience, un jour ou l’autre, l’un d’eux se confiera bien à moi.

En attendant, revenons à ce jour du 23 mars 1943 où les troops françaises reconstituées se préparent à partir pour… l’inconnu.

Deux jours consacrés à la délivrance du complément d’armes et d’équipement ; 24 heures de voyage et nous arrivons à Nairn, dans le nord de l’Écosse. Installation dans un camp.

Le lendemain, le Pacha nous apprend que nous allons quitter le n°10 (IA) Commando pour être détachés au n°4 Commando : tout le monde est ravi ; d’une part, le n°10 Commando n’existe pratiquement plus, les Belges et les Polonais sont en Italie, les Hollandais en Birmanie, les Norvégiens basés en Écosse font des raids vers leur pays, les Yougoslaves ont été expédiés chez eux (où ils ont été fort mal reçus par les partisans de Tito), les Français restent seuls et nos chances d’être engagés sont minces. D’autre part, le n°4 Commando a la réputation d’être le meilleur Commando. Ses coups de main sont célèbres : Vaagsos, Lofoten (deux fois), le Spitzberg, Boulogne (deux fois) et Dieppe, en plus de nombreux petits raids.

L’après-midi, le Colonel Dawson, Commandant le n°4 Commando, vient nous voir et fait notre conquête au premier instant. Âgé de 30 à 35 ans, il s’exprime dans un français parfait. En quelques minutes, il nous explique la situation : le 4 Commando fait partie de la 1ère Brigade de Commando (n° 3, 4, 6 Commando, 45 RM Commando). Cette brigade sera l’avant-garde de la 3ème Division d’invasion britannique. Avec le 4 Commando, nous sommes venus en Écosse faire une répétition du débarquement, après quoi nous reviendrons sur la côte sud poursuivre en commun l’entraînement jusqu’au « D-Day ».

Cette répétition du débarquement fut certainement l’exercice le plus pénible qu’il m’ait été donné de faire : deux jours en mer, le mauvais temps ayant empêché le débarquement 24 heures plus tôt, mise à terre avec de l’eau jusqu’à la ceinture, exercices de combat jusqu’à la nuit sous la neige qui tombe depuis le début de l’après-midi et, après un rapide casse-croûte, reprise des exercices jusqu’à quatre heures du matin. A six heures, des camions venaient nous prendre pour nous reconduire à Nairn. Nous étions presque morts de froid.

Le 2 avril, nous étions de nouveau dans le Sussex. Pendant cette semaine d’absence, la côte sud est devenue un camp immense où grouillent les hommes ; sous chaque arbre un véhicule de combat ou de transport, dans chaque pré des tentes sont plantées, dans le moindre village des cantonnements installés. Le grand jour est proche, l’air sent la poudre.

Nous nous préparons à aller rejoindre définitivement à Bexhill-on-sea le n°4 Commando. Brusquement, le 6 avril, alors que depuis quatre jours les permissions sont supprimées pour l’Armée régulière, le Commandant nous apprend que nous avons cinq jours de congé. Faveur spéciale aux Commandos. Nous sentons que c’est la dernière permission et chacun se promet de bien l’employer.

Nous rentrons pour faire nos bagages et le 15 avril nous arrivons à Bexhill – c’est une station balnéaire certainement charmante en temps de paix. Maintenant, beaucoup de cottages sont fermés et il y a des barbelés et des mines sur la plage.

Et l’entraînement reprend, mais cette fois « en douceur ». Manifestement, le Commandant ne veut pas nous fatiguer : exercices tactiques de jour, quelques fois de nuit, débarquements.

Le 1er BFM Commando a été réorganisé, tant au point de vue structure qu’au point de vue commandement.

- 1 troop d’assaut commandée par l’EV Vourc’h – adjoint EV Mazeas, chef de section OE Pinelli, Maître Pal Faure.

- 1 troop d’assaut commandée par l’OE Lofi, adjoint OE Vourc’h, chef de section OE Bagot, Sous-lieutenant Hulot.

- 1 section de mitrailleuses commandée par le Lieutenant Amaury, adjoint Sous-lieutenant Hubert.

Il m’est confié une sub-section dans la section Hulot. J’ai de la chance d’être avec lui, car c’est un garçon qui a le meilleur caractère du monde et il accueille mes sautes d’humeurs avec le sourire. A cette époque, j’ai un moral peu brillant à force d’attendre un débarquement qui ne vient pas.

Nous avons fait connaissance avec nos camarades britanniques du 4 Commando et il règne entre nous la plus parfaite entente. Le Colonel favorise au maximum les contacts en dehors du service. Très vite, autour de quelques pintes de bière ou quelques verres de whisky, de solides unités se sont liées et rapidement il n’y a plus d’un côté les troupes anglaises du n°4 Commando et de l’autre les Français, mais une unité homogène où tout le monde est tendu vers un même but : le débarquement.

Le 4 Commando est ainsi constitué :

- 1 section de renseignement

- 1 section administrative

- 1 section de transport

- 1 section sanitaire

- 7 troops d’assaut (dont deux françaises)

- 1 troop lourde (1 section de mitrailleuses lourdes, 1 section de mortiers de 3 pouces)

- 1 section de mitrailleuses légères (française).

Début mai, un photographe vient prendre quelques vues de notre entraînement. Il paraît que ces photos doivent être lancées sur la France par la RAF. Nous nous prêtons volontiers à cette petite cérémonie.

Le 10 mais, grande parade en l’honneur de l’Amiral Thierry d’Argenlieu qui vient remettre à des Français et à des Anglais quelques Croix de Guerre gagnées au cours des raids de l’hiver dernier. En plus, chaque Français reçoit un badge du Bataillon dessiné par Chauvet ; l’Amiral le remet lui-même aux Officiers et aux Officiers Mariniers avec un mot aimable pour chacun. Puis le Colonel fait rompre les rangs et nous entourons l’Amiral juché sur le capot d’une Jeep. En anglais puis en français, il rappelle les buts que nous poursuivons dans cette guerre, exalte la fraternité d’armes franco-britannique et nous souhaite bonne chance à l’occasion de l’ouverture du second front. En remerciement, les Commandos le saluent de trois hourras en brandissant leur béret vert.

Enfin, défilé dans Bexhill pavoisé de pavillons anglais et français à Croix de Lorraine.

Quelques jours plus tard, nous célébrons en grande pompe le Commando Day, la Fête des Commandos.

Le 20 mai, tout le monde a le sentiment que le départ est proche ; l’entraînement est stoppé, on nous distribue un complément de petit matériel, on change les équipements ou l’habillement défectueux, les magasins nous sont largement ouverts.

Le 23, nous apprenons que dans quarante-huit heures, nous quitterons Bexhill pour un camp où nous recevrons les dernières instructions sur le débarquement. Les nerfs se détendent, nous allons enfin recevoir la récompense de ces longs mois d’entraînement pénible. Une ombre au tableau cependant : il y a quelque temps, nous avons effectué un exercice – paraît-il très important – dans une région coupée de canaux et nous sommes quelques-uns à penser que le débarquement s’effectuera en Hollande. Dans ces conditions, reverrons-nous la France ? Tant pis ! Le principal n’est-il pas de débarquer ?

Nous avons pour consigne de déclarer aux gens chez qui nous logeons que nous partons pour un exercice de quinze jours. Le petit discours dans ce sens que j’adresse à la famille qui m’abrite est accueilli par des sourires railleurs. Ils ne me posent aucune question, mais les prévenances affectueuses dont ils m’entourent ne me laissent aucun doute sur leur opinion. A l’aube du 28 mai, lorsque je quitterai la maison, toute la famille sera rassemblée pour me dire au revoir et me souhaiter bonne chance dans « mon exercice ».

Le soir du 25, toute la 1ère brigade de Commandos est rassemblée dans un immense camp américain aux portes de Southampton. Nous avons l’autorisation de sortir ce soir-là. Le lendemain, les portes seront fermées et ne s’ouvriront plus que pour le grand départ. Aussi tout le monde se précipite en ville pour faire une dernière provision d’images de la vie civilisée.

Le lendemain, nous sommes prisonniers derrière une triple clôture de fils de fer barbelés gardée par des MP. Tout homme sortant du camp sera poursuivi en Cour Martiale pour désertion devant l’ennemi.

Pendant que nous creusons des tranchées pour nous protéger dans le cas d’une éventuelle mais peu probable attaque de la Luftwaffe, les officiers subissent leur premier brieffing. Dans la soirée, je croise Hulot qui me dit seulement « ce sera du sport ». Je ne peux rien en tirer de plus.

Le 27, Lofi réunit les chefs de section, leurs adjoints et les chefs de sub-sections. Pour la première fois, je vois les cartes du futur théâtre d’opération ; elles sont muettes et ne me disent pas grand-chose : je ne sais vraiment pas de quelle région il s’agit. Brièvement, Lofi nous trace les grandes lignes de l’opération ; la situation générale, le rôle du Commando et plus particulièrement celui de la troop. Il est certain « qu’il y aura de la casse », mais nous sommes persuadés qu’il fera meilleur de notre côté que du côté des boches.

Le soir, en grand secret (un secret qui rapidement n’en sera plus un pour les Français), Lavezzi, l’adjoint de Hulot, me confie qu’il a parfaitement reconnu la région où nous devons débarquer : c’est en France, en Normandie, à l’embouchure de l’Orne. Cette nouvelle me plonge dans une joie sans bornes. Les jours qui suivent sont employés, par sections, à étudier la mission et à la préparer. L’ambiance est magnifique : tous les hommes savent qu’ils vont en France et tout le monde est heureux. On nous a dit que nous aurions 50 % de pertes, personne n’y pense, chacun au fond de lui-même est persuadé d’en revenir.

Mais les jours passent et nous restons. Notre départ est retardé, la météo est défavorable. Alors chacun se prend d’errer dans le camp d’un air préoccupé, la tête en l’air, interrogeant le ciel où les nuages se poursuivent à toute vitesse. Nous savons que, si le débarquement n’a pas lieu d’ici quelques jours, il sera reculé de plusieurs semaines. Notre camp qui nous semble si agréable nous semblerait rapidement un odieux camp de concentration et puis surtout, nous sommes pressés d’en finir.

Enfin, le 5 juin, dans la journée, toute la brigade est rassemblée, Lord Lovat annonce que le débarquement est fixé au 6 juin et souhaite à tous bonne chance et bon courage. Puis en français, s’adressant à nous : « aux Français, je dirai seulement : ayez la tête haute, demain on les aura ».

Une longue file de camions nous attend, nous embarquons chargés comme des baudets. Chaque homme, en plus de son arme, porte un rucksack contenant 35 kgs environ de munitions, de vivres et d’effets de rechange. Sur la route, les gens nous font des signes d’amitié. Ils se doutent de notre destination. A bord des camions transportant les Free French, tout le monde chante à tue-tête. En traversant un village, un embouteillage interrompt pour quelques instants la circulation ; de sa fenêtre, un homme hurle « vive la France ! ».

Warsash, un petit port sur la côte anglaise – notre point de départ. Nous devons attendre pour embarquer. Notre aumônier, l’abbé de Naurois, en profite pour célébrer la messe, tous les Français et de nombreux Anglais y assistent.

Voici l’heure de l’embarquement : les troops anglaises feront la traversée à bord d’un transport de troupes et débarqueront avec des LCA. Les troops françaises traverseront et débarqueront sur des LCI(S).

Nous nous installons tant bien que mal. Ma sub-section partage la cale avant avec 1/2 section de mitrailleuses et Amaury.

Dès la sortie du port, nous commençons à rouler d’un bord sur l’autre. Pendant une partie de la nuit,  nous faisons des ronds dans l’eau au point de rendez-vous de cette nouvelle Grande Armada. A l’heure prévue nous mettons le cap sur la France. A bord, presque tout le monde est malade : les LCI, très commodes pour débarquer, tiennent mal la mer. Je réussis tant bien que mal à dormir un peu ; lorsque j’ouvre un œil, je regarde mes hommes, le visage est tendu, mais résolu. Ils réalisent maintenant qu’ils vont vers la mort et que cette nuit peut être leur dernière. Je sais que pas un ne faiblira, et je suis très fier de les commander. Je prie pour être à la hauteur de ma petite tâche. Jovenin, mon adjoint, se plaint d’une évidente douleur dans les reins, suite d’une mauvaise chute pendant l’entraînement et qui choisit mal son moment pour se manifester. Il me fait jurer de le faire débarquer coûte que coûte, même s’il ne peut plus mettre un pied devant l’autre, il préfère rester sur la plage plutôt que de rentrer en Angleterre. Jovenin est pour moi un adjoint précieux, il est solide, sérieux, et a beaucoup d’ascendant sut nos camarades ; c’est un vieux baroudeur qui a fait ses premières armes dans les Corps Francs pendant la drôle de guerre – et puis surtout c’est un bon camarade, nous avons fait tout l’entraînement ensemble.

Dans la nuit, on nous a distribué les cartes d’opération. Pour la première fois, nous lisons des noms français. Nous devons débarquer au lieu-dit « la Brèche ». Coïncidence ! Souhaitons que ce petit coin de France mérite bien son nom et que la brèche que nous ferons tout à l’heure dans le Mur de l’Atlantique soit irréparable.

Le jour se lève. Je monte sur le pont où bientôt presque toute la troop est rassemblée. La mer est toujours aussi houleuse, mais la proximité du combat et surtout le spectacle extraordinairement captivant qui nous entoure chassent le mal de mer. Aussi loin que porte la vue, des bateaux, grands et petits, bâtiments de guerre, de transport ou d’assaut.

Soudain, nous remarquons des lueurs sur les bateaux qui nous précèdent : ils tirent sur la côte. Nous jubilons intensément. On nous a dit que le débarquement pourrait probablement s’effectuer sans opposition, un plafond de 500 bombardiers devant arroser la plage sans interruption pendant les 48 heures qui précèderont l’heure H. L’État-Major ne semble pas douter du résultat, puisque devant nous doit débarquer une compagnie de sapeurs chargés de nous faire un passage dans le champ de mines qui borde les dunes.

A toute vitesse, un torpilleur de la RN nous rejoint ; lorsqu’il arrive à notre hauteur, nous voyons un pavillon français monter le long du mât, et, amplifiée par un « gueulophone », une voix nous crie avec un épouvantable accent anglais « Bon courage, les Français et Vive la France ». Cette petite manifestation en notre honneur déchaîne l’enthousiasme : on sait donc que parmi les milliers d’hommes du convoi, il y a une poignée de Français qui foncent vers leur pays et on a su nous retrouver au milieu de toute la flotte.

Nous recevons l’ordre de regagner les cales. En haut de l’échelle, sorti jusqu’à mi-corps, j’ai une magnifique position d’observation. Pendus à mes basques, mes hommes me demandent de leur raconter ce que je vois.

Cette ligne sombre sur l’horizon… Est-ce la côte ? Certainement, voici des lueurs d’explosions. Qu’est-ce qu’ils prennent, les boches !

Étrangement calme, comme à l’exercice, la voix de Lofi résonne dans le haut-parleur du bord : « Préparez-vous à débarquer, bon courage, les gars ». Fiévreusement, nous nous harnachons. Sitôt paré, je reprends place à mon observatoire. La côte est toute proche maintenant, j’ai la gorge serrée et je me sens horriblement tendu. Plus que quelques minutes.

Mais ce ne sont pas seulement des lueurs d’explosion que je vois, il y a aussi des lueurs de départ – et de fait, j’entends au-dessus de ma tête des sifflements caractéristiques. Toutes les installations boches ne sont pas détruites !

Les deux LCI qui transportent les Français sont à la même hauteur, l’une près de l’autre ; à bâbord, la flottille des LCA des troops anglaises du n° 4 Commando, je reconnais le Colonel dans la barge de tête.

Je sens un petit choc, un éclat d’obus est venu mourir sur mes jumelles sans les endommager. Je descends plusieurs échelons, ne laissant passer que la tête au-dessus du pont.

Le haut-parleur grésille « prepare to land » – quelques secondes plus tard, les marins du bord s’affairent près des rampes qui vont nous permettre de quitter notre barge.

La côte est toute proche mais noyée dans la fumée, aucun détail n’est visible, sinon les lueurs d’explosions ou de départ des pièces.

Une secousse… Nous sommes échoués. Rapidement, l’équipage met les rampes à poste sur les deux bords, à l’avant. Mais trop rapidement, hélas, car mal amarrées, elles glissent à l’eau. Son éternel sourire aux lèvres, Bagot passe en courant sur le pont, entraînant sa section. A toute vitesse, ils assurent les rampes de secours et débarquent. Voici maintenant Hulot et les hommes de la cale du milieu. C’est à nous, je jette un coup d’œil derrière moi, mes camarades sont ramassés, fin prêts. Machinalement, je regarde ma montre : 7h30. En avant ! Inch Allah !

Nous débarquons à tribord, Amaury et ses hommes à bâbord. Lorsque je mets le pied sur la rampe, elle est agitée par les vagues, de plus, la barge allégée n’est plus échouée. Après deux pas, je glisse et tombe – secoué sur cette maudite rampe, embarrassé par mon rucksack et mon fusil, je ne peux me relever – il ne faut pas attendre, car près d’un blockhaus tout proche, une mitrailleuse tire sur nous.

Je saute à l’eau, imité par mes hommes qui, eux aussi, ont des difficultés pour conserver leur équilibre. J’ai de l’eau presque jusqu’aux épaules, il n’est pas facile de progresser ainsi. Allons, il n’y a guère que 15 mètres à faire.

Près de moi, je retrouve Amaury, il me fait remarquer qu’avec une régularité de métronome, un obus de mortier tombe dans l’eau devant nous toutes les dix secondes. Nous marquons un arrêt et, sitôt l’obus tombé, nous nous précipitons.

Devant nous, un char immobilisé dans l’eau tire sur le blockhaus. Ouf, je suis enfin au sec. Mes hommes me rejoignent. Nous nous regroupons rapidement. Sans un blessé, toute la troop est rassemblée, couchée au bord de l’eau.

Nos camarades de l’autre troop française nous dépassent en courant, traversent la plage et vont se regrouper devant les barbelés qui bordent le champ de mines. A peine sont-ils arrivés qu’une salve d’obus tombe au milieu d’eux. Ils doivent avoir de la casse ! La malchance les poursuit : tout à l’heure, les obus ont par deux fois arraché leurs rampes ; ils ont dû se déséchouer et venir accoster notre LCI pour débarquer.

Sur la plage, des cadavres, des blessés qui gémissent, des hommes qui courent affolés, l’un d’eux, la figure ensanglantée, passe près de moi en hurlant des mots que je ne peux comprendre. Ce sont les sapeurs débarqués avant. Les défenses allemandes ne sont pas détruites ! La RAF ne peut être mise en cause, seul le hasard aurait pu permettre des coups au but sur des objectifs si limités et si bien camouflés. Surpris par la violence de réaction ennemie, les sapeurs qui n’ont pas notre entraînement au feu ont été désemparés. Le champ de mines est intact. L’entraînement ! Dès la première minute, nous en constatons l’utilité. Nous sommes des hommes comme les autres, craignant la mort, et cependant, je n’ai vu aucun Commando faire mauvaise figure, tellement nous sommes habitués à entendre les balles nous siffler aux oreilles et des charges exploser près de nous. Bien sûr, aujourd’hui, ce n’est pas une plaisanterie.

A droite, un char flambe, à gauche, un autre muni de chaînes qui tournoient s’attaque au champ de mines et saute presque immédiatement, devant un troisième, éventré, achève de se consumer.

Dès qu’il a vu les obus tomber sur l’autre troop, Lofi, qui se dirigeait vers elle pour se concerter avec Vourc’h, a réalisé en un éclair qu’il fallait coûte que coûte quitter cette plage immédiatement, sous peine de nous massacrer en détail.

Je jette un ordre et nous partons en courant. Arrivé devant les barbelés, Thubé empoigne ses cisailles et commence à les couper. Un lieutenant des sapeurs, affolé, se précipite :

-Ne passez pas, il y a des mines !

- F….z-moi la paix, répond-il, ici, je suis chez moi !

Et il continue. Quelques secondes plus tard, en colonne par un, toute la troop s’engage dans le champ de mines, suivie par les rescapés de l’autre troop française et les troops anglaises. Personne n’a sauté !!!

Nous trouvons rapidement les bâtiments en ruine où nous devons déposer nos sacs. Au camp de Southampton, nous avions tellement regardé les photos de ces lieux que sans la moindre hésitation et la moindre pagaille, chaque troop s’installe dans le secteur qui lui a été imparti.

Notre troop n’a pas encore un blessé. Tout va bien. Dans l’autre troop française, il n’en va pas de même. Plusieurs morts, de nombreux blessés. Mazéas, seul officier indemne, a pris le commandement.

Le Sous-Maître Dumanoir, « Pépé », agonise en faisant couler du sable entre ses doigts et disant « ça vaut la peine de mourir ».

Le colonel et le Commandant Kieffer vont faire une rapide reconnaissance au cours de laquelle le colonel sera grièvement blessé à la tête.

Le Commandant Kieffer a été blessé à la cuisse sur la plage. L’un et l’autre refuseront d’être évacués ; ils partiront enfin quelques jours plus tard, complètement épuisés.

Nous avions débarqué sur la plage de Colleville. Restait maintenant à exécuter la première partie de notre mission : nettoyer Riva-Bella-Ouistreham. Le plan de l’agglomération montre un réseau routier parallèle à la côte. En utilisant ces routes comme axes de marche, nous allons ratisser le secteur.

Ma troop doit suivre la route la plus au nord, le long de la côte, à notre droite la 1 troop progressera dans la même direction. Pour tous, un même objectif : l’Orne.

Dès que le commandant est de retour, Lofi donne l’ordre de départ. Pour rejoindre notre route, nous devons traverser le parc d’une grande villa. La 1 troop longera le parc par l’extérieur.

Nous partons – encore un champ de mines, aussi inoffensif que le premier. Au moment où je vais franchir la grille du parc, une explosion me jette à terre, Guyader, à dix pas derrière moi, est également renversé ; nous nous relevons indemnes. Mazéas conduisant sa troop se trouvait à notre hauteur – il est mis hors de combat. Le commandement de la 1 troop passe au Maître Principal Faure.

Ma troop est à peine engagée dans le parc que, touché de plein fouet, le clocheton de la villa s’écroule dans un bruit assourdissant. Des obus explosent dans les arbres, des balles sifflent. Nous atteignons la sortie, à cent mètres, de l’autre côté d’un champ, nous apercevons notre route. La section Bagot en tête, toute la troop se rue en avant.

Voici enfin la route. Toujours aucun blessé. La chance est une garce qui nous veut du bien.

La section Bagot s’éloigne vers son objectif. Ma section doit suivre la route : à droite, la sub-section Klopfenstein, à gauche, la seconde, la mienne. De chaque côté, des villas que nous regardons d’un air méfiant. Nous nous stoppons pour observer avant de franchir un carrefour. Soudain, un sifflement caractéristique : un obus s’écrase à ma gauche sans toucher personne, un autre tombe au milieu de la sub-section de Klo, le blessant, ainsi que quelques hommes. Un éclat a fait éclater deux grenades passées au ceinturon de l’un d’eux, provoquant une effroyable blessure dont il mourra peu après.

Nous abandonnons nos blessés sur le bord de la route où les brancardiers doivent venir les ramasser.

… Et nous continuons la progression.

Quelques instants plus tard, des prisonniers allemands passent par la route. L’un d’eux, trompant la surveillance des gardes qui avaient négligé de les fouiller, saisit une grenade dans sa poche et la lance vers nos blessés couchés sur le sol et les blessant à nouveau. Ce « geste humanitaire » ne lui réussit pas. Klo se dresse et, à bout portant, lui vide dans le corps le chargeur de sa « tommygun ».

Finalement, après quelques engagements de peu d’importance, les boches décrochant devant nous, notre objectif est atteint.

Nous bouillons d’avoir des nouvelles de nos camarades. Naturellement, les postes de radio mouillés au débarquement ne fonctionnent pas.

Nous retrouvons enfin la section Bagot – mission remplie – Le Chaponnier vient d’être blessé ; littéralement criblé de balles, son corps n’est qu’une plaie, je lui fais deux injections de morphine dans le dos, en cherchant avec peine un petit coin de chair intacte.

Voici revenir la section Amaury, son adjoint Hubert est mort, tué sur le coup par une balle en pleine tête alors qu’il cherchait une bonne position pour ses pièces. Tué aussi, le petit QM Lemoigne qui avait fait son stage avec moi.

Un peu partout, le combat semblait cesser. Vers onze heures trente, recevons l’ordre de rallier le point de regroupement où nous avions posé nos rucksacs.

Sur la route du retour, nous rencontrons nos camarades de la 1 troop qui nous donnent de détails sur leur expédition.

Leur principal objectif était le Casino de Ouistreham que les boches avaient transformé en blockhaus. Dès le départ, ils sont sévèrement pris à parti par l’ennemi. Le petit Rollin est mortellement blessé, l’Aumônier et notre toubib, le Médecin Capitaine Lion, se précipitent pour le ramasser. Lion porte visiblement un brassard à croix rouge sur chaque bras. Ils soulèvent Rollin, Naurois à gauche, Lion à droite ; mais comme la blessure est à gauche, Lion veut changer de place. A peine a-t-il pris la place de Naurois qu’une balle dans la tête le tue net.

Un vétéran de la guerre 14-18 s’est proposé pour conduire la troop vers le Casino. « Restez derrière moi, dit-il aux éclaireurs, vous êtes jeunes et je suis si content de vous guider ».

Une fois l’objectif atteint, il devient évident que le Casino ne peut pas être attaqué par les faibles moyens dont dispose la troop. Puissamment armé et protégé par un vaste emplacement découvert, l’assaut est impossible. Le Commandant Kieffer a appris que  cinq chars « Centaure » étaient mis aux ordres du Commando. Il part à leur recherche, en avise un, persuade le chef de char qu’il n’existe pas pour lui de mission plus importante que de venir en aide à la troop (ce qui est vrai, le Casino étant le centre de la défense allemande) et finalement ramène le char. Celui-ci ouvre le feu sur le Casino, en se camouflant, car un canon anti-char le prend pour cible dès qu’il se montre un peu trop. Pressé d’en finir, le Pacha saute sur la plage avant du Centaure et en pleine vue de l’ennemi donne ses instructions au tireur qui pointe son arme et tire. Le Pacha debout près de la gueule du canon est projeté à terre par l’explosion, mais l’objectif est atteint. Des maisons environnantes, les Commandos tirent dans les embrasures du blockhaus. Finalement, les boches dégoûtés abandonnent la partie.

J’ai eu plusieurs émotions sur le chemin du retour : tout d’abord, je vois de près des prisonniers boches. Je n’avais pas encore eu le temps de regarder attentivement les Allemands qui jusqu’alors s’étaient trouvés sur ma route. Je me repais du spectacle donné par ces fritz, les mains en l’air et crevant de peur devant nos bérets verts. Ils se souviennent qu’Hitler a donné l’ordre d’abattre sans autre forme de procès les Commandos prisonniers et ils craignent que nous leur retournions la politesse. Heureusement pour eux, nous ne sommes pas des adeptes du nouvel ordre européen. Je suis tellement occupé à les contempler, eux, ou leurs semblables, qui étaient si fiers sur les Champs-Élysées un an auparavant, que je ne réalise pas que quelques avions frappés de la croix noire rôdent au-dessus de nos têtes. L’éclatement des bombes me rappelle à la réalité.

Plus loin, nous rencontrons les premiers civils français, ils sortent d’une cave, abrutis par 48 heures de bombardement. Nous les entourons, terriblement émus. Pensez donc, les premiers Français que nous avions libérés ! Nous pensions les voir exploser de joie. Pas du tout, ils sont mécontents et demandent avec impatience quand finira tout ce chambard. Nous nous regardons, horriblement déçus. C’est le moment que choisit un jeune gendarme hilare pour rejoindre notre groupe « j’en ai une chance, explique-t-il, ce matin, je devais prendre le train pour l’Allemagne, requis STO, maintenant, c’est fini, je peux rester chez moi, vous êtes arrivés à temps ». Sans douceur, nous lui exposons que la guerre n’est pas encore finie et que l’on fera peut-être appel à son précieux concours. Éberlué, il tourne les talons.

Ainsi, c’est pour ces gens-là que nous avons subi l’entraînement. C’est pour eux que sont morts Hubert, Lemoigne, Pépé et tant d’autres. C’est pour eux que tout à l’heure, demain, pendant encore tant de semaines (car nous pensons bien que la guerre est loin d’être terminée), d’autres mourront.

Mais l’un de nous, je ne sais plus qui, trouve la réponse que nous cherchions :

- Ne vous en faites pas, les gars, la France, ce n’est pas ces gens-là, c’est nous, c’est les résistants, tous ceux qui se battent pour f….. les boches dehors.

C’est vrai, et nous retrouvons le sourire de notre première victoire.

Presque rendu au point de rassemblement, je retrouve Naurois. Il est couvert de sang. A ma question, il répond « non, moi je n’ai rien, c’est le sang des morts et des blessés ». Il a commencé sa mission parmi nous. Sans arrêt, jour et nuit, il est au milieu de nous, puis le Commando et toute la brigade l’adoptent. Tout le monde, même ceux qui ne sont pas catholiques, connaissent le French Padre, son bon sourire et son courage. Tout le monde l’aime. Lorsque nous lui disons qu’il doit absolument se reposer, il répond « comment veux-tu que je me repose quand on peut avoir besoin de moi ? ».

Voici le point de regroupement, nous récupérons nos rucksacs et comme il nous est accordé quelques instants de repos, nous en profitons pour éventrer nos boîtes de rations.

Vers 13 heures, rassemblement. En piste pour le deuxième acte.

Quelques heures avant notre débarquement, les parachutistes ont été lancés entre Caen et la côte. Ils ont notamment pour mission de tenir le pont de Bénouville que nous devons emprunter pour passer sur la rive droite de l’Orne et aller nous installer sur les hauteurs qui dominent Ouistreham, pour que les Allemands ne puissent y installer des pièces d’artillerie qui empêcheraient ou tout au moins gêneraient le débarquement des troupes qui doivent arriver sans relâche demain et les jours suivants.

Avant de partir, nous avons chargé les sacs sur une charrette à bras pour être plus libres de nos mouvements. Hélas, nous devons rapidement l’abandonner. La brigade marche vers Bénouville en suivant la route sans se soucier des éléments ennemis qui tiennent la campagne à droite et à gauche. Nous leur fournissons d’excellentes cibles et ils s’en donnent à cœur joie.

Toutes les vingt minutes, il faut se coucher, laisser passer la rafale, se relever, courir, se recoucher. Avec un sac de 30 à 35 kilos sur le dos et déjà fatigué, on est rapidement lassé à ce régime.

Nous traversons Colleville abandonné par ses habitants. Ce matin, le 4 Commando a débarqué le premier. Lorsque le Pacha a su que nous devions débarquer en France, il a obtenu pour les Français l’honneur d’être en tête.

Cet après-midi, le Commando est en queue de colonne et nous sommes au milieu des troops anglaises.

Peu après Colleville, nous sommes pris sous le feu d’une mitrailleuse ennemie installée sur une petite colline à notre gauche. Tout le monde se couche. Les balles labourant le sol se rapprochent à toute vitesse, la rafale passe entre les pieds de Hulot couché devant moi et ma tête – une balle touche Wallen au bras, c’est le premier blessé de ma sub-section. Des brancardiers le conduisent vers l’arrière.

Nous arrivons à St Aubin d’Arquenais en ruine. Un avion boche nous survole. A ce moment, Amaury est blessé au bras par un boche caché dans une maison. A son tour, il est évacué.

Le Sous-Maître Saerens prend alors le commandement de la section de mitrailleuses légères.

Un habitant du village paraît, il a déjà vu passer le gros de la brigade et n’essaie pas de nous parler, persuadé de ne pas être compris, mais il nous fait des signes amicaux.

Près de moi, quelqu’un dit une blague. Il s’approche, étonné :

- Vous parlez français ?

- Tu parles ! Mais on est Français, mon vieux.

- Sans blague ! Français ! Français Canadiens, n’est-ce pas ?

- Mais non, Français de France ! … Des Français libres !

- Bon Dieu… des Français libres.

Il disparaît au milieu des ruines et revient peu après, les bras chargés de bouteilles de calvados d’un âge respectable.

- Je les gardais pour vous, dit-il en pleurant de joie.

Son calvados est le bienvenu. Il nous donne un sérieux coup de fouet qui nous remet d’attaque pour repartir.

Il y a tout de même de braves gens en France…

La marche en avant continue. Fréquemment, sur le bord de la route, on voit le cadavre camouflé d’un sniper allemand. Placé là pour retarder notre avance, il s’est fait tuer sur place. Presque tous les morts sont piégés, ainsi que les casques ou les sacs qui traînent. Ils ont même piégé quelques-uns de leurs blessés graves. Veut-on les toucher pour leur venir en aide, sous eux une mine saute, tuant le blessé, ce qui n’est rien, et celui qui a voulu le secourir. Ces Allemands sont inhumains.

Voici enfin Bénouville.

Le combat fait rage entre les boches et les parachutistes ; manifestement, ces derniers, qui luttent depuis le matin contre un ennemi supérieur en nombre, n’en peuvent plus et ils ne cachent pas leur satisfaction de nous voir.

Il est 16 h 10 lorsque les premiers éléments de la brigade sont arrivés. La jonction était prévue aux alentours de 16 h. Eu égard à la résistance qui nous avait été opposée, c’était tout de même une assez jolie performance.

- Navré, déclare cependant le Brigadier Lord Lovat à l’Officier commandant les parachutistes, j’ai dix minutes de retard.

Nous devons maintenant traverser les deux ponts sur l’Orne et son canal. Les Allemands qui se doutent de nos intentions déclenchent un violent tir de mortier sur l’entrée du premier pont. Couchés le long de la route et des chemins adjacents, nous laissons passer l’orage pendant quelques instants, puis, Commando par Commando, troop par troop, la brigade traverse.

C’est notre tour. A quelques dizaines de mètres en amont et en aval, les boches tirent, bien cachés dans les roseaux. Nous nous protégeons en jetant sous nos pas des grenades fumigènes. Mais naturellement, la traversée ne s’effectue pas sans casse.

Nous voici sur la rive droite, nous remontons vers le nord, vers la côte, en utilisant de petits sentiers à travers la campagne. Nous sommes toujours en queue de la brigade mais je n’ai pas l’impression que les boches soient aussi coriaces sur ce bord que sur l’autre. En tout cas, je n’en vois pas un seul.

Cette marche est épuisante avec ce lourd rucksac. Je dépasse le Pacha assis sur le bord d’un talus ; sa vue me donne un coup de fouet : que diable, il marche bien, lui, et il est blessé.

Nous atteignons les Ecardes où Lord Lovat a installé son HQ. Allons, encore un petit effort et nous serons au but. Chaque Commando part dans une direction différente pour atteindre une ligne parallèle à la côte qui part des abords de Bréville pour rejoindre l’Orne, en passant par Amfreville, le Plein et Hauger. Les troops anglaises du n°4 Commando vont à Hauger, les troops françaises au Plein, nous sommes mis provisoirement à la disposition du n°3 Commando. Cette décision est certainement justifiée mais nous sommes fort mécontents d’être séparés de nos camarades du n°4.

L’entrée au Plein est impressionnante ; nous marchons dans d’énormes flaques de sang. Nous atteignons enfin le secteur qui nous est assigné. Sacs à terre. Ouf ! A notre gauche, le n°3 Commando, à droite le n°6.

La position que nous occupons est… originale, c’est le moins que l’on puisse dire : nous formons une équerre.

La 1 Troop, derrière une ferme, tient une ligne parallèle à la ligne générale du front – ce qui est parfaitement normal. La 8 Troop est placée en avant et perpendiculairement à la 1 Troop, donc à l’ennemi !

Ma sub-section est en pointe. Tout le monde commence à creuser des tranchées avec ardeur. Maintenant que les sacs sont posés, nous ne sentons plus la fatigue. Nos tranchées s’alignent le long d’une haie, dans un champ de pommiers au fond, devant nous, à une cinquantaine de mètres, un bois qui descend en pente douce vers le Bas-Bréville tenu par les boches. De l’autre côté de la haie, un champ d’avoine qui ne me dit rien qui vaille. L’avenir prouvera que j’ai raison.

Pendant la nuit, l’ennemi s’infiltre dans le bois, derrière les haies, certains groupes pénètreront même dans Amfreville. Ils tiraillent sans arrêt pour nous énerver et nous faire dévoiler la position de nos armes automatiques. Mais dans l’attente d’une attaque probable pour le lendemain matin, nous ne répondons pas. La nuit se passe à veiller, c’est la première d’une longue séries de nuits semblables.

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« PREPARE TO LAND »

Groupés autour des écoutilles, parés à bondir, quasi hors d’eux-mêmes, les hommes écoutent avidement ceux de leurs officiers ou sous-officiers qui, déjà engagés sur les échelles, la tête au ras du pont, émaillent leurs derniers ordres de descriptions sur cette bataille qui se prépare à les accueillir.

Rapidement, la côte approche, dans un bruit indescriptible : gros obus de la Royal Navy passant en bourdonnant au-dessus de nos têtes, tirs de canons d’unités légères et des fusées des barges d’assaut qui semblent harceler la plage comme un essaim de guêpes ; tir aussi des batteries côtières allemandes, fracas des explosions de plus en plus assourdissant au fur et à mesure que nous approchons.

Déjà l’on distingue les détails de la plage qui se dégagent de la fumée. Nous allons toucher terre. « Ceux » qui voient ne parlent plus. Chacun connaît son job, il n’y a plus rien à dire. Et je crois qu’en cette ultime minute nous avons tous évoqué en un tourbillon les visages amis que peut-être nous ne reverrions plus et cette France que nous étions si fiers de venir délivrer, cette France dont le souvenir soutenu pendant l’entraînement, depuis le jour où nous avions déclaré « être volontaire pour les Commandos ».

PREPARE TO LAND : PREPAREZ-VOUS A DEBARQUER.

**************************************************

NAISSANCE DES COMMANDOS

En 1940, immédiatement après la victoire allemande sur la France, l’Angleterre laissée seule dans la guerre ne perdait pas l’espoir d’une victoire future.

Dans le but de garder le contact avec l’ennemi et aussi pour l’inquiéter par des opérations offensives, il était créé des « compagnies franches » composées de volontaires de toutes armes destinées à opérer des raids sur les côtes du continent.

Churchill baptisa ces compagnies « Commandos » en souvenir d’unités britanniques analogues qui furent employées durant la guerre des Boers.

A l’usage, les Commandos s’organisèrent, se perfectionnèrent, et devinrent rapidement le cauchemar des postes allemands au front de l’Atlantique : raids au Spitzberg, en Norvège, à Lofoten, en Hollande, en Belgique, en France, à Boulogne, à Dieppe, à Saint Nazaire.

L’entrée dans les Commandos n’est réservée qu’à des volontaires : il faut pour être admis être déjà un bon soldat, ensuite il faut s’astreindre à un entraînement rigoureux destiné à tester les capacités physiques et morales du candidat. Beaucoup d’appelés, peu d’élus.

En 1941, les Forces Navales Françaises Libres prirent l’initiative de créer une unité de Commandos français, bientôt suivies en cela par les armées alliées réfugiées en Angleterre.

C’est ainsi qu’en juin 1941 prit naissance une unité de Fusiliers Marins Commandos français : 1ère Compagnie d’abord qui prit part au raid de Dieppe, puis en 1943, une 2ème Compagnie.

En 1943, le GQG Allié dressait les plans du second front. Les Commandos furent chargés de « tâter » les défenses allemandes. Les Français firent des raids à Jersey, à Sarcq, à Graveline, à La Haye et ailleurs.

Et ce fut le 6 juin 1944, où les Commandos français – affectés depuis peu au N°4 Commando Britannique – furent les premiers à débarquer sur la plage de Ouistreham. 6 juin 1944, premier jour d’une campagne de trois mois ininterrompus où l’unité vit fondre ses effectifs comme neige au soleil.

En septembre, le N°4 Commando rentra en Angleterre pour se rééquiper, reconstituer ses effectifs et se préparer à partir pour de nouvelles aventures.

 

 

Mon père, ce héros (parmi tant d’autres) 5 juin, 2015

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 18:02

5 juin 2015. Demain matin, cela fera soixante-et-onze ans que tu as acquis aux yeux de l’Histoire le titre de héros.

J’ai mis très longtemps – trop, sans doute – à comprendre que tu en étais un. Peut-être parce que pour toi, ce n’était pas vraiment le cas. Si je t’ai souvent entendu évoquer le débarquement, avant et après, ce n’était jamais en te mettant en avant, mais plus pour les anecdotes qui te faisaient sourire ou t’émouvoir (ce qui nécessitait de te connaître vraiment bien pour s’en apercevoir). Tu en parlais comme d’un récit de vie parmi tant d’autres. C’était normal. Mon père était un héros, mais pas pour moi. Pour moi, tu étais « juste » mon père. Je me contentais d’ouvrir mes oreilles toutes grandes lorsque tu évoquais tes souvenirs, parce que tout dans ta vie passée m’intéressait, ce qui est sans doute le cas de tous les enfants lorsqu’il s’agit de leurs parents. J’aurais pu, si j’avais senti l’importance de la chose, te noyer de questions. J’en saurais maintenant encore davantage.

Le héros discret. Celui qui l’illustre si bien sur toutes ces photos où on te voit peu, ou mal, ou de dos, ou pas du tout. Avide de témoigner, tu répugnais pourtant à avancer sur le devant de la scène. Tu n’as pas besoin de projecteurs – d’ailleurs, l’un de tes métiers t’a placé derrière ces fameux projecteurs. Témoin, auteur d’articles, nègre, préparant avec Armand Jeammot une émission consacrée au 6 juin. Préparant en coulisses. Il t’est arrivé de te retrouver au premier plan, mais jamais sans ce quelque chose au fond des yeux qui disait bien à quel point tu aurais préféré l’éviter.

Chaque fois que je lis un ouvrage dédié au 6 juin, je cherche ton nom parmi ceux cités, ou quelque chose me permettant de t’identifier au cours du récit – le fait que tu aies été radio me facilite un peu les choses. Je scrute les photos et les vidéos, à la poursuite de ton visage. La pêche est rarement fructueuse : elle n’en a que plus de valeur lorsque je fais bonne pioche.

Mon fils aîné a 21 ans ; l’âge que tu avais lorsque vous avez débarqué à Ouistreham. Vingt et un ans ! J’ai fait ce parallèle tout à l’heure, en vaquant à mes occupations. Il est beau, dans son uniforme de second maître, tu sais. J’ai repensé à la plus belle photo où vous êtes en tête à tête, toi, affublé de son béret de marin taille 6 mois,  lui bébé, écoutant gravement son grand-père. On a l’impression que tu lui racontes le secret du monde et de la vie. Et maintenant, il a atteint l’âge où, sachant que tu avais selon les prévisions une chance sur deux de ne pas t’en sortir, tu n’as pas hésité à lancer le printemps de ta vie dans ce qui est toujours considéré comme la plus grande opération militaire de tous les temps. L’âge que j’avais lorsque ce petit bonhomme est né. Peut-être un âge symbolique, chez nous, va savoir.

J’éprouve toujours une sorte de vertige lorsque je me demande quelle somme de courage il t’a fallu pour faire ce que tu as fait en cette année 1944. Ce que vous avez fait. J’ai beau entendre encore ta voix grave assurer que ce n’était pas du courage que c’était « … comme ça », je ne parviens pas à appréhender la chose dans son ensemble. Je sais aussi que tous ceux qui se sont battus, sur le sol de France et en dehors, n’étaient pas forcément guidés par de nobles aspirations ou de beaux idéaux. Que parfois, les motivations étaient plus sombres – une partie des tiennes ne l’étaient pas, et tu ne t’en cachais pas. Il n’était pas question que de sauver ta patrie et son honneur, il y avait aussi cette nécessité de « tuer du Boche ». Je mets des guillemets parce que c’étaient précisément les mots que tu employais. Il y avait peut-être aussi ce besoin de romanesque qui anime souvent les jeunes – supposition, parce que cela, tu n’en parlais pas, cela aurait été, sans doute, comme avouer une faiblesse.

Mais après tout, au vu du résultat, qu’importent les motivations ? L’on ne cherche la noirceur que chez les vaincus. Hormis dans notre époque buzzophile, où salir les vainqueurs revêt une si grande importance.

En 2004, pour la sortie de ton livre, j’étais à Ouistreham pour le 6 juin, aux côtés de Maurice Chauvet. A l’heure précise du débarquement, mon fils et moi étions sur la plage, les pieds dans les premières vagues, et j’ai recueilli de l’eau dans de petites bouteilles sur lesquelles, par la suite, j’ai collé ta photo – celle de ton livret de Commando. J’ai eu beau cacheter le bouchon à la cire, elle est presque vide, ma petite bouteille. Il va falloir que je la remplisse de nouveau. Mais pas cette année. Cette année – encore – je vais manquer le 6 juin. C’est un peu dur, parce que, bien qu’agnostique, je ne peux pas m’empêcher de penser que tous les ans, tu t’arranges pour revenir dans les parages, et que c’est encore la meilleure façon d’être auprès de toi. Un besoin de croire, tout au fond de mon esprit pragmatique, me dit que c’est pour cette raison que tu as demandé à ce que tes cendres soient dispersées au large de Ouistreham.

René. Né une seconde fois. Tu l’as toujours dit : à Ouistreham, le 6 juin 1944, tu es né pour la seconde fois – parce que tu n’y es pas mort.

Je ne serai pas physiquement demain à Ouistreham. Mais mon esprit s’y trouve déjà. Auprès du tien, j’espère.

 

 

Images d’archives 20 avril, 2015

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 19:14
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Guillaume Guillou

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 14:50

(Écrit par René Goujon, date inconnue)

En Janvier 1942, Guillou, solide Breton de vingt ans, arrive à New York à bord d’un bateau du commerce.

Dès que son navire touche le quai, Guillou met sac à terre, et rejoint la France Libre par la maison des FFL de New York. Volontaire pour les Commandos, il rejoint le bataillon des Fusiliers Marins Commandos de Kieffer, fin 1942.

Au physique, Guillou est un homme trapu, râblé, avec une puissante tête carrée et des bras qui n’en finissent plus. Excellent camarade, bon cœur, il est cependant prompt à se mettre en colère et avec lui, le coup de tête est très vite parti, témoin cette histoire qui se place au début de l’année 1943, au retour du training Commando :

Un soir au Soho, chez « Berlemont », le seul Français propriétaire de public-house an Angleterre, un grand diable de Major américain discute avec force gestes : « yes, boys, we bombed Brest yesterday from 20.000 feet ! ». « Qu’est-ce qu’il dit ? » fait Guillou qui boit tranquillement sa pinte de pale ale, et dont l’anglais est très rudimentaire. L’Américain, qui baragouine un peu le français, traduit complaisamment : « Brest, Bretagne, vous compris ? Nous bombarder hier » et ouvrant ses deux mains : « 20.000 pieds ! Brest grand comme ça ! ».

Oui, Guillou a compris… L’Américain a à peine le temps de finir sa phrase que notre ami l’a envoyé rouler à terre d’un magistral coup de boule, puis relevant sa victime au visage ensanglanté, avec une seule main : « you focken bastard, you son of a bitch, ma famille est à Brest ! Les civils, vous vous en foutez, hein ? ».

Ce jour-là, chez Berlemont, nous étions quatre pour enlever son Major de la 8ème Air Force à Guillou, et par la suite, les Américains se sont faits plus rares dans notre pub préféré.

 

 

Une bouteille à la mer 27 octobre, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 12:35

Parce que j’ai lu ceci :

 

http://www.20minutes.fr/societe/1468123-20141026-christophe-margerie-promu-officier-legion-honneur-titre-posthume

 

Je viens d’écrire – et d’envoyer – cela :

 

 

Monsieur le Président,

Le 6 juin 1944, mon père, René Goujon, a débarqué sur la plage de Ouistreham. Il ne l’a pas fait pour en tirer un quelconque bénéfice autre que la défense de son pays, et de l’honneur de la France. Certes. Du reste, tout au long de sa vie, y compris dans les périodes les plus rudes au niveau professionnel et financier, non seulement il n’a pas fait valoir cette partie de son histoire pour améliorer sa situation, mais en outre, il estimait de son devoir de, précisément, ne rien demander.

C’était sa façon, modeste au possible, de concevoir les choses. Moi, sa fille, j’ai tout de même un peu de mal à concevoir que ces hommes – parce qu’il n’était pas le seul dans son cas – n’aient pas tous été salués et remerciés comme ils l’auraient dû par ce pays pour lequel, du haut de leur vingtaine d’années (voire moins), ils étaient prêts à donner leur sang.

Parce que, voyez-vous, ils furent plusieurs à n’avoir pas reçu la Légion d’Honneur. Et ils furent assez nombreux, à la fin de la guerre, à avoir bien des problèmes à réintégrer une société qui les a mis à l’écart, se retrouvant bien souvent sans travail, sans logement. Pour avoir risqué leur vie, ils avaient tout perdu. Belle récompense de la nation reconnaissante.

Oui, je sais, la Légion d’Honneur ne peut pas se décerner à titre posthume. Je sais tout cela – vous pensez bien que je me suis déjà renseignée voici plusieurs années. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de tiquer en lisant que feu le président de Total vient d’être promu officier de la Légion d’Honneur, à titre, justement, posthume.

Je sais aussi que les membres du Commando Kieffer n’étaient « que » 177. Que somme toute, ce n’était pas grand chose. Mais ce sont ces hommes, tout comme les résistants, tout comme chaque membre de la France libre, qui ont permis à leur pays de figurer au rang des vainqueurs et non des vaincus. Des exceptions, en quelque sorte. Pour des hommes exceptionnels, ne peut-on pas avoir un geste exceptionnel ? N’y a-t-il pas, quelque part, davantage de mérite chez ces hommes-là que chez un dirigeant d’entreprise ? Ne méritent-ils pas, ces hommes d’exception, un geste, fût-il à titre posthume ?

Sincèrement, je pense que oui. Sincèrement, je crois n’être pas la seule à le penser. Sincèrement, je ne comprends pas que cela ne se fasse pas. Sincèrement, j’espère de tout cœur que ce que l’on ne peut considérer que comme une injustice sera réparé un beau jour.

Il aura fallu attendre pas moins de soixante-dix ans pour qu’enfin la cérémonie internationale se déroule à Ouistreham. Combien de temps encore devrons-nous attendre de voir l’ensemble des membres du Commando Kieffer traités à la même enseigne ? Ils ne sont plus nombreux, les survivants de ce Commando. Et ceux encore en vie sont titulaires de la Légion d’Honneur. Quelle joie ce serait pour eux d’apprendre que leurs camarades décédés sans avoir reçu cette décoration ô combien honorable l’auraient enfin obtenue ! Quelle fierté pour les familles, qui font en sorte de faire vivre leur souvenir, et le souvenir de ce qu’ils ont fait !

Je chéris l’espoir que ce jour arrive. Vous pourriez être celui par lequel ce jour arriverait. Ce geste, qui ne vous coûterait pas grand chose, signifierait tant pour nous. Pour eux.

Dans, justement, l’espoir que ce courrier vous parviendra, et surtout vous touchera, veuillez recevoir mes salutations les meilleures.

Barbara Goujon

 

 

Objectif : Dieppe 2 septembre, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 16:44

Paru dans la revue « Noir et Blanc », n° 1173, août 1967

 

Il y a 25 ans, des Canadiens mouraient sur le sol de France.

 

Il y a tout juste un quart de siècle, le 19 août 1942, Dieppe était le théâtre d’un audacieux coup de main qui devait se terminer en catastrophe. Bilan : 1.200 tués, 2.700 prisonniers, une quantité énorme de matériel détruit ou abandonné. Pourtant l’héroïsme des combattants – des Canadiens pour la plupart – ne devait pas rester inutile. Les leçons de l’opération « Jubilee » contribuèrent grandement à la réussite d’un autre débarquement, décisif celui-là, qui eut lieu deux ans plus tard, le 6 juin 1944, en Normandie.

C’est à René Goujon, vétéran des commandos français engagés dans le raid de Dieppe, que Noir et Blanc a demandé de retracer cette dramatique journée.

19 août 1942 : au large de Berneval, une violente canonnade réveille les habitants de la région dieppoise. A cinq heures du matin, plusieurs vagues de bombardiers légers « Hurcane » et de chasseurs « spitfire » piquent sur les batteries côtières. A quelques encablures des plages de galets, des flottilles de « landing crafts » (péniches de débarquement) foncent vers la côte sous la protection de destroyers et de chasseurs de sous-marins de la France Libre. L’opération Jubilee vient de commencer…

Mais pourquoi ce débarquement et pourquoi Dieppe ? La réussit des raids sur Sanit-Nazaire et sur les îles Lofoten en Norvège (où les commandos de Lord Lovat avaient détruit sans pertes les installations ennemies), l’insistance de Staline pour l’ouverture d’un second front à l’ouest, et enfin le désir de Mackenzie King, Premier ministre canadien, de voir employer ses troupes à autre chose que la défense des îles britanniques, incitèrent Churchill et les chefs alliés à envisager une action d’envergure sur les côtes françaises.

Une liste de sept ports fut établie et soumise à Lord Mountbatten, chef des opérations combinées, et à Montgomery. Dieppe ne figurait pas sur cette liste. C’est un conseiller naval de Mountbatten qui proposa : « afin de ne pas dépasser le rayon d’action de nos chasseurs, prenons la route que suivent les Anglais en temps de paix : Newhaven-Dieppe. La distance est de moins de 70 miles. »

Mais personne ne songea à la nature inhospitalière des côtes dieppoises, avec ses falaises en surplomb, faciles à défendre et, le 4 avril 1942, la proposition d’Hugues Hallet était acceptée.

Mountbatten et Hallet déconseillaient l’attaque frontale du port de Dieppe, fortement défendu, et proposaient une offensive en pinces par Berneval, à l’est, et Varengeville, à l’ouest, qui permettrait de prendre Dieppe à revers.

Montgomery, quant à lui, préconisait l’assaut frontal. Il fallait faire vite, frapper fort. Des attaques latérales feraient perdre du temps. Le gros des forces appuyé par des tanks jaillirait de la mer, face à Dieppe, « comme un poing ganté de fer ». Naturellement, quelques actions de commandos seraient utiles sur les ailes, ne fût-ce que pour éliminer les batteries qui pourraient tirer sur la flotte de débarquement.

UN PLAN EN SEPT POINTS

Mountbatten et son conseiller étaient des marins ; Montgomery représentait la toute puissante armée ; ce fut sa thèse qui l’emporta…

Il est toutefois intéressant, pour comprendre la suite des événements, d’examiner quelques instants le premier plan proposé par Hallet :

1. L’heure H serait fixée rente minutes après l’aube.

2. Les attaques latérales sur Pourville et Puits s’effectueraient au moment où un bataillon de parachutistes sauterait sur les batteries lourdes de Berneval et Varengeville.

3. Des troupes amenées par planeurs débarqueraient en arrière de Dieppe, vers Arques, où, supposait-on, devait se trouver le principal poste de commandement ennemi. Ces troupes appuieraient une tentative de prise du terrain d’aviation de Saint-Aubin, à 6,5 km de Dieppe.

4. Des groupes indépendants de parachutistes sauteraient en arrière du port pour s’occuper des batteries mobiles.

5. Des bombardements à haute et basse altitude seraient effectués sur la ville et le front de mer, au moment des débarquements initiaux.

6. Trente chars descendraient à terre dans les quinze minutes suivant le début de l’assaut ; les autres dans les vingt minutes suivantes. Des chars seraient également mis à terre à Pourville.

7. Le réembarquement commencerait après l’heure H, et s’achèverait avant la tombée de la nuit.

DE LA CRITIQUE AU SUICIDE

Point par point, ce plan fut critiqué, démantelé. Tout d’abord, il fut décidé d’abandonner l’emploi des parachutistes et des troupes aéroportées. En raison des conditions atmosphériques exceptionnellement bonnes requises pour ce genre d’opérations, des commandos amenés par mer se chargeraient du travail sur Berneval et Varengeville. Mais, du même coup, on abandonnait les interventions sur Arques et Saint-Aubin. Ensuite, on supprima les bombardements préliminaires, à risques, Harris, grand maître du « bomber command », préférant conserver ses bombardiers pour harceler l’industrie lourde nazie. Seule la chasse de Leigh Mallory participerait à l’opération. « Peut-on au moins nous accorder la puissance de feu des croiseurs de la Royal Navy ? » demanda alors Mountbatten. « Pas question, la Manche est tenue par la flotte allemande, nous ne risquerons pas nos croiseurs. Vous aurez six destroyers et quelques navires français ».

Or, les canons des destroyers n’atteignaient pas la moitié de la portée et du calibre des batteries côtières de l’ennemi ! Le raid sur Dieppe, qui à l’origine pouvait être une opération rentable, devenait une opération suicide.

7.000 HOMMES AU SECRET

Cependant que controverses et critiques divisaient les Etats-Majors, la préparation du raid allait bon train. Les effectifs étaient prévus, les troupes désignées.

Montgomery décida que la deuxième division canadienne fournirait l’infanterie et les tanks, que les Commandos N0 3 et 4 seraient le « fer de lance » de l’opération, et qu’au sein de ces commandos seraient répartis 50 Rangers américains et 18 fusilliers marins de Philippe Kieffer. L’opération prit pour nom de code « Rutter ».

Sept mille hommes furent placés au secret le plus absolu. D’énormes quantités de matériel, d’armes et de munitions furent amassées. Plusieurs répétitions furent exécutées, avec des fortunes diverses. Enfin, le 8 juillet, Montgomery annonça que l’expédition était définitivement… Abandonnée. Les troupes rentrèrent dans leur cantonnement du Sussex, après avoir promis de garder le secret. L’opération « Rutter » était morte et enterrée.

Elle ressuscita huit jours plus tard, sous le nom de « Jubilee ». Mêmes plans, mêmes troupes, même objectif ! Seul le chef de l’opération – et aussi le nom de code – avait changé. Désormais, c’était le général Ham Roberts, de l’armée canadienne, qui commanderait.

5 h 20. Le débarquement s’effectue en huit points différents, allant de Berneval à Sainte-Marguerite. Près de sept mille hommes s’apprêtent à fouler le sol français.

A Berneval, la moitié des hommes du Commando n°3 sont décimés avant d’avoir pu seulement mettre pied à terre. Seul un petit groupe, commandé par le major Young, peut escalader la falaise de Belleville où l’ennemi l’attend. Après deux heures de fusillade, Young n’a plus d’autre ressource que de revenir sur la plage, tandis que le reste du commando doit se rendre à un ennemi très supérieur en nombre.

DEUX HEURES DE MASSACRE

A Pupits, à la suite d’une fausse manœuvre de la flottille, le débarquement est retardé et s’effectue au jour naissant. Les hommes du Régiment royal de Toronto s’élancent sur la plage comme à l’exercice. Pris d’entrée sous le feu croisé des mitrailleuses installées de part et d’autre de la Valleuse, ils sont tous tués ou faits prisonniers après deux heures de combat. Cet échec aura des conséquences graves pour la suite des opérations, car la batterie allemande que les soldats canadiens avaient pour mission de détruire balaiera le front de mer de Dieppe sans interruption.

A l’ouest, devant Sainte-Marguerite, entre Quiberville et la pointe d’Ailly, le Commando n°4 a plus de chance. Les hommes du colonel Lord Lovat débarquent sans ennui et foncent vers l’intérieur des terres, pendant qu’un autre groupe, sous les ordres du major Mills-Robert, met pied à terre à la gorge de Vesterival, et se dirige tout droit sur la batterie 813, forte de six canons de 150 mm. La batterie est enlevée conjointement par les hommes de Lovat et de Mills-Robert. Ce sera le seul vrai accès enregistré par les assaillants dans toute la journée.

A Pourville, la chance semble d’abord sourire aux Canadiens des régiments South Saskatchewan et Queen’s Own Cameron Highlanders. Les premiers Allemands qu’ils font prisonniers sont surpris au lit ! Malheureusement, les renforts ennemis ne tardent pas à arriver et, malgré leur bravoure et leur intrépidité, les Canadiens ne parviennent pas à enlever les objectifs qui leur ont été assignés. Au milieu de l’après-midi, un petit groupe de survivants est fait prisonnier après avoir épuisé toutes ses munitions.

Mais, ne l’oublions pas, c’est à Dieppe que doit se produire l’attaque principale.

UN SEUL RESCAPE !

A 5h20, les destroyers anglais ouvrent le feu sur la ville. A bord du HMS « Colpe » sont réunis les deux chefs de l’expédition : le général Ham Roberts, commandant la 2ème Division canadienne et le commandant Hugues Hallet. Par vagues successives, les bombardiers légers couvrent le débarquement du Royal Hamilton Light Infantry et de l’Essex Scottish, deux régiments canadiens. Au prix d’énormes pertes, les deux unités réussissent à prendre pied sur la plage de galets en face de la manufacture des tabacs et du casino. Il leur faut cinquante terribles minutes pour traverser la plage.

A 7h12, le casino est partiellement occupé, mais les Canadiens, épuisés et décimés, doivent l’abandonner un peu plus tard. A 11 heures, ces deux régiments d’élite ont perdu huit cents hommes…

Pourtant, dès 7 heures, vingt-huit chars « Churchill » armés de canons de six pouces avaient été débarqués. Mais, pris sous un feu intense et gênés par les galets qui bloquaient leurs chenilles, ils avaient été détruits les uns après les autres. un seul parviendra à atteindre la rue de Sygogne, derrière le front de mer, et se sacrifiera pour protéger le réembarquement en fin de matinée. De tous les équipages des tanks du Calgary Regiment, un seul homme retournera en Angleterre !

LE DESASTRE EST TOTAL

Maintenant, l’expédition tourne au désastre. Et, comme pour parachever le drame, l’état-major, trompé par de mauvaises communications radio, décide d’envoyer des renforts à terre !

C’est d’abord le Régiment Mont Royal, composé de Canadiens français. Déporté par le courant jusque sous les falaises ouest, décimé par le feu ennemi, il est cloué sur place malgré toute sa bravoure.

Une deuxième unité de renfort, les fusiliers-marins du colonel Philips, n’est sauvée que d’extrême justesse par la clairvoyance de son chef. A travers l’écran de fumée, il aperçoit soudain la plage où ses hommes et lui-même doivent débarquer : elle est couverte de cadavres et de matériel détruit. Estimant le sacrifice inutile, le colonel ordonne à la flottille de faire demi-tour.

Vers 11 heures, grâce à l’héroïsme des marins anglais, quelques centaines d’hommes sont évacués de l’enfer de Dieppe. A 13 heures, les combats cessent à terre. Tous ceux qui n’ont pas été tués ont dû, à bout de munitions, se rendre aux Allemands.

Les pertes sont cruelles : douze cents tués, deux mille sept cents prisonniers et des centaines de blessés. La magnifique Deuxième division canadienne a cessé d’exister. Trente-quatre navires de la flottille, dont le destroyer « Berkeley », ont été coulés ou détruits. L’ennemi, lui, n’a perdu que six cents hommes !

Une question se pose : pourquoi l’opération fut-elle un aussi sanglant échec ? Il y eut, bien sûr, un mauvais choix du terrain d’action. Dieppe, nous l’avons dit, était un site naturellement impropre à un raid de ce genre. Il y eut aussi les divergences d’états-majors et la faiblesse des moyens de couverture (aviation et flotte). En outre, un facteur important avait été négligé par le haut-commandement : les capacités du major général allemand Kurt Haase, chef du dispositif Dieppe-Le Tréport.

Haase ne pensait pas que les Anglais seraient assez fous pour attaquer de front les ports fortement défendus comme Le Tréport ou Dieppe. En conséquence, il décida de pousser au maximum l’armement des falaises surplombant ces ports, de manière à écraser toute tentative d’attaque indirecte sous un déluge de fer et de feu. En janvier, février et mars 1942, les falaises de Dieppe furent aménagées en centres puissamment fortifiés. Sur le sommet, des pièces de gros calibres furent installées. Chaque grotte, chaque trou reçut son lot de mitrailleuse ou de canons anti-chars. Le 10 mars, un ordre du général allemand nommait le secteur « Forteresse de Dieppe » et ses hommes étaient mis en état d’alerte permanente.

TACTIQUES OPPOSEES

Trois mille hommes étaient en place, six mille autres en réserve, avec une compagnie de chars. En outre, Haase pouvait compter sur la 10ème division de Panzers stationnée à Amiens.

Le 29 juin, Hitler, averti d’un grand rassemblement de bateaux sur la côte sud de l’Angleterre, décida de renforcer encore les défenses côtières les plus proches des Iles britanniques. Le front de mer se couvrit de blockhaus et de barbelés : quatorze

 

 

6 Juin2014 15 juin, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 15:22

Deux sentiments très différents se sont imposés à moi lorsque j’ai su que, pour la première fois depuis 70 ans, la cérémonie internationale du 6 juin se déroulerait à Ouistreham, la plage de nos 177. Fierté et angoisse.

Fierté, parce que – ainsi que je crois l’avoir un tout petit peu fait sentir dans de précédents articles – parce que, donc, il était grand temps qu’enfin, le monde se souvienne de Ouistreham et des Français qui y étaient, aux côtés des Britanniques. Bon, je ne vais pas rentrer dans les détails sur ce point qui me rend particulièrement chatouilleuse, sans quoi je vais dévier du but initial du présent article. Donc, fierté.

Angoisse, parce que je l’ai appris de retour de l’Aveyron, et qu’en me renseignant aussi sec, j’ai réalisé que j’avais dépassé de deux jours la date butoir pour faire les demandes nécessaires, et qu’on risquait par conséquent de ne pas pouvoir nous y rendre (avec ce bémol que je n’envisageais pas une seule seconde d’échouer, on est fille de commando ou on ne l’est pas, hein).

Et je dois dire que deux sentiments antagonistes continuent à se faire sentir tandis que j’écris ceci, une semaine après, suite à ce que nous avons vécu dans cette cérémonie, et aussi suite à un debriefing téléphonique avec deux autres « enfants de ».

Il y a l’amertume ressentie après avoir été laissés de côté par les officiels chargés de contacter les familles. Parce que, voyez-vous, certaines rancœurs perdurent, et les « détenteurs » des contacts écartent sciemment, délibérément, une partie d’entre elles, sous prétexte qu’il y a eu bisbille par le passé entre des commandos. Je ne m’étalerai pas là-dessus. Non pas parce que je n’en ai pas envie, ni parce que je n’en ressens aucune colère, mais surtout parce qu’il est temps, je pense, de faire passer le devoir de mémoire que j’estime être le nôtre devant un héritage de rancune. Je suis en âge de choisir mes héritages, et j’aime autant refuser ceux qui sont chargés négativement.

Il y a eu ce ressenti déplaisant, à notre arrivée, d’être menés comme des veaux à l’abattoir, parqués dans des tribunes, à se faire brailler dessus par un cerbère en jupon très « reine caca de la montagne de merde » parce que le monsieur qui nous avait dit où nous rendre s’était trompé de tribune. Encore que, sauf à titre d’humaine, je ne partais pas du principe que cette femme me devait du respect, mais il y avait avec nous des vétérans, des hommes médaillés. Et puis, si, merde, après tout, à moi aussi, elle me devait du respect, ainsi qu’à ma sœur, ne serait-ce que parce qu’elle ne savait pas, et n’a pas cherché à savoir qui nous étions quand elle nous a gueulé dessus comme sur des sous-merdes ! Après tout, nous aurions pu être des personnes d’importance (oui, bon, ce n’est pas le cas, mais elle n’en savait rien).

Sur chaque tribune, des drapeaux, indiquant qui allait où. Drapeaux américains, anglais, norvégiens, hollandais, et autres. Tout sauf des drapeaux français (même si j’ai dit en montrant un drapeau hollandais « ah ben si, regardez, il est juste tombé, notre drapeau ! », mais ça, c’est parce que je ne peux pas m’empêcher de plaisanter, surtout quand j’ai le cœur gros).

Et puis, c’est vrai, après tout, hein, ça représente quoi, 177 gaillards, par-rapport aux autres ? Les membres français du N°4 Commando, les résistants, les marins qui étaient au large pour les bombardements, ça ne représente pas grand-chose. Juste le prix de l’honneur, pour la France. Pas de quoi en faire un flan, hein.

Il y a eu la joie d’aller saluer Rossey et Morel, et la déception d’avoir manqué Masson et surtout Faure, qui avait eu la gentillesse de préfacer le livre de mon père, et que je n’ai jamais eu le plaisir de rencontrer.

Il y avait la fierté d’arborer des t-shirts commandés pour l’occasion, avec devant, la photo de notre père et son nom, et dans le dos, cette phrase « mon père, ce héros (parmi tant d’autres…) ». Lequel t-shirt a fait sensation, mais j’y reviendrai.

Il y a eu la déplaisante surprise d’apprendre que nous ne pouvions pas manger sur place, mais sans en avoir été prévenues, sachant que nous en avions pour quasiment la journée – gloire et remerciement pour nos gentils voisins de tribune, Marc et Nadine Caliaros, le premier ayant été « l’homme du ravitaillement » qui a tenté une sortie en ville et nous a ramené de quoi nous sustenter.

Il y a eu l’émotion de voir la réaction des bérets verts. Non pas « les nôtres », mais les autres, ceux des amicales de Lorient, Toulon et autres. L’un d’entre eux, se promenant dans la tribune, a repéré – et de loin !- le fameux t-shirt et nous a accostées, puis littéralement kidnappées (gentiment, hein) pour que nous allions nous assoir auprès d’eux. Et je dois dire que c’était vraiment sympa d’être au milieu de ces joyeux drilles. D’ailleurs, en toute modestie, notre tribune était LA tribune de l’ambiance, celle d’où partaient les applaudissements. Amusante, la réaction de notre ravitailleur, qui n’avait pas réalisé que nous étions filles de, et qui du coup, a regretté de nous avoir fait payer nos sandwiches – qui a même parlé de nous les rembourser !

Émotion aussi lors du discours de François Hollande, discours fort bien écrit et bien déclamé, aussi. Un tonnerre d’applaudissements, évidemment, est parti de notre tribune – et a contaminé les autres – lorsqu’il a parlé de « nos » commandos. Mais le plus fort de toute la cérémonie, à mon sens, a été le ban d’honneur que nous avons fait à tous les vétérans présents quand ils sont apparus, un par un, sur les écrans géants disposés sur la plage. Un long, très long, applaudissement, tout le monde debout, à taper dans ses mains jusqu’à en avoir mal aux bras, et bon sang, que c’était bon, cette émotion sur leur visage ! Applaudissement hélas interrompu par une sonnerie aux morts arrivée trop tôt, sans nous avoir laissé le temps de saluer ceux qui n’avaient pas encore été montrés.

Inquiétude de voir les vétérans, au premier rang des tribunes, en plein soleil (hé, les gars, vous avez remarqué qu’ils ne sont plus très jeunes, et que les laisser en plein soleil, ce n’est pas forcément une bonne chose ?).

Et il y a eu ce que nous ne pouvions pas voir, de notre place, ce que je ressors du debriefing avec les autres enfants de. N’ayant pas eu la présence d’esprit de leur demander la permission avant de rédiger cet article, je ne les citerai pas, question de politesse et de respect.

Vu sur place par une fille de : grosse inquiétude pour « nos » vétérans. Une marée humaine autour d’eux, des gens prêts à tout ou presque, en tout cas quasi prêts à les étouffer pour les prendre en photo. Une impression de les voir traités comme des animaux au zoo. Nous ne voyions, nous, de notre place, que le fait qu’ils étaient entourés de gens. Et je dois dire que, si je comprends le besoin qu’ont les gens de faire leur propre souvenir de ces héros, la foule a toujours été un animal très con, qui, notamment, oublie un peu vite que les héros en question, ont débarqué voici 70 ans, et ont payé leur tribut au temps qui les a fragilisés.

Reportées par un fils de, la colère et la déception de l’un des 177 qui a assisté à la cérémonie : ils ont été relégué en bas d’une tribune – même pas la tribune officielle, alors que c’est leur plage – sans être salués par le moindre officiel (y compris le maire récemment élu de Ouistreham), sans avoir une bonne visibilité. Oubliés. Une fois de plus. A tel point que l’un d’entre eux, au départ déçu de ne pas avoir pu s’y rendre, a finalement déclaré qu’en fin de compte, ce n’était pas plus mal qu’il soit resté chez lui.

Alors, je sais bien que lorsque l’on assiste à un grand événement qui nous tient à cœur, il est rarissime que tout soit parfait et réponde à nos attentes. Je sais bien que les aspects déplaisants (pour nous, public à cette cérémonie) ont été dictés tout à la fois par le besoin de sécurité pour les chefs de gouvernement et par l’affluence (plus de 8.000 personnes à gérer, ce n’est en effet pas évident, j’imagine). Je sais tout cela, et ce que cela comporte d’amertume, en définitive, n’est pas si grave quand cela ne concerne que moi. C’est déjà beaucoup plus difficile à avaler quand cela concerne les camarades encore en vie de mon père. Voir qu’en 70 ans, au fond, rien n’a changé, et qu’on leur accorde si peu d’importance, là, ça fait mal. Vraiment.

 

 

Quelques images… 2 juin, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 14:38

Je viens à l’instant de réaliser que quand je fais des recherches d’archives, je me comporte en égoïste (même si je partage les résultats avec mon entourage). Aussi ai-je décidé d’afficher ici ce que je pourrai retrouver.

Bien évidemment, je fais des recherches assez précises, le but étant de retrouver deux interviews, dont l’une a été faite lors de la première du « jour le plus long », et la seconde à Ouistreham, avec un vétéran allemand. (Si vous avez des informations, d’ailleurs, n’hésitez pas à commenter)

De même, si vous identifiez des membres des 177 dans les vidéos à venir, allez-y de votre commentaire. Je tâcherai d’en faire autant de mon côté, une fois la compilation faite.

Pastille sur la commémoration de 1994 :

http://www.ina.fr/video/CAB94057738/ouistreham-keiffer-video.html

Pastille sur celle de 1984 (inauguration de la flamme) :

http://www.ina.fr/video/CAB8402052501/ouistreham-video.html

Interview par Léon Zitrone des vétérans du Débarquement :

http://www.ina.fr/video/I14142813/leon-zitrone-interviewe-des-veterans-du-debarquement-video.html

Le défilé des Commandos sur les Champs-Elysées le 26 mai 1945 :

http://www.youtube.com/watch?v=fLK2CNG8ZAI

Une interview près de la flamme, en 1984 :

http://www.youtube.com/watch?v=Rj4KWRYRn34

Récit de Couturier :

http://www.youtube.com/watch?v=tcd7AEluWkY

Récit de Morel :

http://www.youtube.com/watch?v=JA9zcvO89rw

(A suivre, évidemment)

 

 

Flessingue : le débarquement oublié 26 mai, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 14:42

(Illustrations : photos et plan, à venir)

Publié dans le n° 1355 de « Cols Bleus », du 30 novembre 1974

Chaque année, pour nous, les survivants du Commando Kieffer, la Toussaint évoque autre chose que l’odeur fade des chrysanthèmes et la grande paix des cimetières.

La Toussaint pour nous a l’odeur de la poudre et les morts auxquels nous pensons étaient nos camarades français et anglais tombés à l’ennemi au cours du débarquement de Flessingue le 1er novembre 1944.

Combien de Français savent où se trouve Flessingue ? En tout cas, personne ou presque dans notre pays ne sait que des Français sont morts au combat dans ce petit port hollandais de l’île de Walcheren, pour que vive la Hollande et que le monde soit libéré de la contrainte nazie.

Pourtant, l’histoire se répétait car en en 1940, les derniers soldats à combattre à Flessingue étaient français !

La presse n’a jamais parlé du débarquement de Flessingue, c’est une lacune qu’il faut combler, et c’est la raison de mon article, je le dois à mes camarades français et britanniques du N°4 Commando, morts ou vivants.

Les raisons d’une action :

« Messieurs, votre mission est de prendre Walcheren ».

Ils sont là, une vingtaine d’officiers, à fixer la carte du nord de l’Europe que vient de dévoiler d’un geste un peu théâtral un colosse à moustaches rousses, au col orné du drap rouge des officiers supérieurs : le brigadier général B.W. Leicester, commandant la 4ème brigade de commandos.

Dans la baraque de commandement de ce camp secret d’entraînement en Belgique, il ne fait pas froid, malgré l’humidité qui suinte des planches disjointes. Lentement, une fumée bleuâtre à odeur de cigarette anglaise envahit la pièce. « Nous sommes aujourd’hui le 18 octobre 1944. Le 1er novembre au plus tard, l’île devra être tombée, il faut prendre Walcheren sans quoi la situation risque de devenir tragique ».

Tragique, sans l’être tout à fait, la situation de l’avance alliée vers le centre de l’Allemagne risque de devenir très vite dramatique. Depuis le 6 juin, les blindés alliés se sont enfoncés au cœur du dispositif ennemi.

Jour et nuit, l’essence a brûlé dans les moteurs ; les obus, les balles, ont été dévorés par les canons, les fusils, les mitrailleuses ; les vivres ont nourri les soldats, les populations libérées.

Jour et nuit, les « Liberty ships » ont amené ce ravitaillement indispensable dans les ports à grande capacité ; ils sont maintenant loin, trop loin derrière les lignes et les interminables files de camions de l’infernal « Red Ball » ne suffisent plus à alimenter le monstre dévorant que constitue l’armée alliée en campagne.

Pour continuer la guerre, il faut aux Alliés un grand port sur la mer du Nord. Anvers est libérée, ses installations sont intactes, mais Anvers sans Walcheren est inutilisable ; c’est l’île qui commande l’embouchure de la Scheld, qui conduit au port d’Anvers. Ses redoutables batteries tiennent sous leur feu tout navire qui tenterait de forcer leur passage.

L’opération d’Arnhem « Market Garden » inspirée par Montgomery et qui devait permettre une percée directe au cœur de la Ruhr, aurait peut-être rendu inutile une opération sur Walcheren.

Hélas, ce fut un échec sanglant, et l’une après l’autre, l’élite des divisions aéroportées britanniques, américaines et polonaises viennent s’engloutir dans le « chaudron des sorcières ».

Échec à la R.A.F.

Le 4 octobre, des bombardiers lourds de la R.A.F. ouvrent à la bombe une brèche dans les digues de Walcheren près de Westkapelle.

Le 7 octobre, deux nouvelles brèches sont ouvertes dans les digues. La mer se rue par ces ouvertures dans le centre de l’île.

Ces deux attaques n’ont malheureusement pas entamé le potentiel défensif allemand. Leur réseau de fortifications est édifié sur les parties hautes de Walcheren et la ville de Flessingue, clef du système, est à peine touchée par les eaux ; par contre, les bombardements ont fait de nombreuses victimes parmi la population civile.

Tout cela, le général Leicester le sait.

« Je ne peux vous dire qu’une seule chose, ajoute-t-il, ce sera très dur. Je dispose d’une brigade de Royal Marines Commandos composée des commandos N° 41, 47 et 48, renforcés d’une troupe belge et d’une troupe norvégienne du commando N°10 interallié.

A la pointe du dispositif d’assaut, j’ai placé le commando franco-britannique N°4, lui-même renforcé d’une section de génie, d’un escadron de LVT (véhicules amphibies), d’un groupe d’observateurs d’artillerie et d’une section sanitaire. Moyens de transport à pied d’œuvre : 20 barges d’assaut (LCA).

L’ennemi dispose de 9.000 hommes environ, dont 3.000 dans la seule ville de Flessingue, vous combattrez donc à un contre cinq. L’opération portera le nom de code « Infatuate ». C’est tout, au-revoir messieurs et bonne chasse ! ».

31 octobre, 20 heures

Un groupe d’ombres, de fantômes, presque, se glisse sous une pluie battante dans le petit port hollandais de Breskens sur la côte belge. Le blackout est total, aucune lumière ne brille au milieu des ruines. Quelques heures plus tôt, on se battait encore là, pour réduire une poche de résistance et nous procurer une base de départ.

De temps à autre, un juron étouffé, en français, jaillit de la petite troupe ; un des 200 hommes du Commando Kieffer vient de trébucher sur un pavé arraché, une boîte à munitions, une arme abandonnée, ou un cadavre allemand, tristes épaves du combat acharné de la veille.

Après le débarquement du 6 juin et la campagne de Normandie, 90 jours de durs combats, nous voici donc, une fois de plus, engagés.

Nous savons ce qui nous attend, Kieffer, notre « pacha », comme à son habitude, ne nous a pas mâché ses mots : « il ne s’agit pas seulement de prendre pied, comme en France, c’est un véritable raid de commandos, et le plus dur travail commencera après le débarquement, il vous faudra détruire toutes les installations ennemies, et au pas de course ! C’est bien le travail même pour lequel vous avez été entraînés. Je compte sur vous ».

20 heures 10

L’ensemble de la brigade s’installe tant bien que mal dans les ruines de Breskens pour y passer la nuit en attendant l’heure H. Avec nous, un Hollandais silencieux et grave, le capitaine Nahuijs, inspecteur de la police de Flessingue qui, sur les ordres de la résistance hollandaise, s’est échappé de sa ville et nous a rejoints afin de nous servir de guide. A cet homme courageux dont les renseignements inestimables ont sauvé un grand nombre d’entre nous, nous devons un grand merci.

20 heures 15

Nos LVT viennent de mouiller dans le port. Mais ce mouvement n’est pas passé inaperçu et les batteries allemandes ouvrent aussitôt un feu violent. Heureusement, leur tir est imprécis et la flottille s’en tire sans grand dommage. Le tir ne dure pas.

20 heures 45

Branle-bas. Beaucoup d’entre nous l’attendaient avec impatience car nous n’avons guère dormi. Il fait froid, mais la pluie a enfin cessé. D’épais lambeaux de brume voilent les obstacles et les fantômes que nous sommes se glissent dans cette nuit de Toussaint…

3 heures 10

Lentement, par sections, nous embarquons silencieusement dans nos barges d’assaut. Chacun vérifie avec soin le bon fonctionnement des armes dont, tout à l’heure, notre vie dépendra.

Les ordres se donnent à voix basse. Nous apprenons sans plaisir qu’en raison d’une mauvaise visibilité la R.A.F ne pourra pas nous soutenir à Flessingue…

4 heures 30

Nous quittons Breskens sans regrets superflus, au moment précis où le tir de préparation se déchaîne. En face, les arrivées torturent la ville de Flessingue. La terre que nous quittons est soulignée d’une mouvante lueur rouge. Presque aussitôt des incendies s’allument sur notre objectif, le port se dessine, et droit devant, notre amer, ce bon vieux Moulin d’Orange : ses grandes ailes noires, bloquées sur fond d’écarlate !

Il ne reste plus qu’à croiser au large en attendant que le tir s’allonge. L’une de nos barges en avance sur l’horaire est traversée par un obus qui la transperce de part en part sans exploser !

Comme toujours, je suis angoissé par la crainte de ce que nous allons trouver à l’arrivée. Mais je sais que dès que j’aurai posé le pied à terre, cette angoisse disparaîtra et que je serai tellement occupé que je n’aurai plus le temps d’avoir peur !

5 heures 45 : l’assaut

La première barge qui touche est l’embarcation du capitaine anglais Rewcastle, juste en face d’un blockhaus qui est réduit en quelques minutes sans que l’ennemi bousculé ait pu tirer un seul obus.

Une seconde barge touche bientôt, évitant de justesse les obstacles immergés et les piques surmontées d’obus de 105 piégés.

A peine a-t-elle déversé son chargement humain qu’un tir violent nous arrive du promontoire de Brighton, armes automatiques et canons de 20 mm à tir rapide.

6 heures

Notre barge touche à son tour, le contact est dur. Au pas de course, nous sautons le premier obstacle : une rangée de pieux acérés de la hauteur d’un homme. Nous sommes sur la digue. Les Anglais ont déjà fait sauter les barbelés. Sur la gauche, à genoux dans la boue, une bonne trentaine d’Allemands lèvent désespérément les mains.

L’ennemi réagit vigoureusement, Uncle Beach où nous sommes est soumise à un feu intense et meurtrier. Les conditions de débarquement deviennent très vite infernales. L’une des barges de la troupe 4 qui porte les mortiers de quatre pouces et les appareils radio des observateurs d’artillerie est touchée et coule dans deux mètres d’eau !

Malgré de lourdes pertes, les survivants tentent de sauver une partie de ce matériel qui nous fera cruellement défaut par la suite.

6 heures 15

Toutes les sections sont à pied d’œuvre, le travail sérieux va commencer. Les Allemands se défendent maintenant avec acharnement et pour gagner quelques mètres, nous entamons de difficiles combats qui se terminent souvent par de furieux corps-à-corps.

Une section de la troupe 1, capitaine anglais Thornburn, nettoie la jetée du Moulin d’Orange, capture une casemate armée d’un 75 et s’établit en couverture le long de la rue d’Orange.

Une seconde section investit la caserne de l’arsenal, elle est inoccupée. Tous les points de résistance alentour sont alors nettoyées et la troupe 1 s’installe face au promontoire de Brighton afin de contrebattre le tir sur le secteur d’Uncle Beach, point du débarquement.

La troupe 2, capitaine anglais Wilson, oblique vers la droite dès son débarquement le long de la jetée du Moulin d’Orange. Elle est très vite stoppée par une casemate armée d’un canon de 50. Assaut classique : section 1 couvrant section 2. La position est enlevée dans la foulée et la pièce est retournée contre le secteur de Falmouth afin de soutenir l’avance du reste de la troupe qui doit s’emparer de sept points forts tout au long de la digue en direction de Falmouth.

6 heures 30 : le jour se lève

Les prisonniers affluent et sont dirigés vers le point de débarquement où l’équipe de démolition fait sauter les obstacles qui gênent la mise à terre des engins amphibies (LVT Alligators).

La troupe 2 qui utilise les canons capturés pour aider sa progression occupe bientôt les secteurs de Falmouth et de Troon, couvrant ainsi tout le flanc droit d’Uncle Beach, point de débarquement.

Les quatre autres troupes du commando n°4 sont sous les ordres de Philippe Kieffer, notre « pacha », ce sont les troupes 3, 4, 5 et 6. Elles ont reçu des ordres précis : sitôt à terre, foncer sur leurs objectifs respectifs par le plus court chemin, éviter la dispersion, accepter éventuellement les pertes causées par les tireurs d’élite embusqués sur le parcours. Ces consignes sont impératives, surtout pour la troupe 6 dont je fais partie et qui doit couper le plus vite possible tous contacts entre la haute et la basse ville en occupant le secteur de Bexhill sur une ligne qui part du coin Nord-Est du Spui de Binnenboozen pour aller rejoindre la cale de lancement du port de Flessingue, en passant par les chantiers de constructions navales.

Le major anglais Webb, à la tête de la troupe 3, se lance au pas de course à travers la tête de pont en direction de Seaford et atteint Bellamy Park. Dès lors, l’affaire se complique car l’ennemi tient sous son feu cet emplacement et rend de ce fait sa traversée très difficile. Une section de la troupe investit les immeubles avoisinant Bellamy Park côté sud-est et contrebat de ses mitrailleuses le tir ennemi qui vient de Brighton. La seconde section traverse Bellamy Park en direction des casernes de Hove. Malgré l’affaiblissement de son effectif, le major Webb donne l’assaut et réussit à enlever une partie de ses objectifs.

Le combat se déroule au corps-à-corps. Ordre est donné de tenir à tout prix les positions conquises.

Cinq minutes après, le capitaine Lofi à la tête de la troupe 5 quitte la tête de pont en direction d’Eastbourne. Il se heurte à une vive opposition, mais devant ces Français qui combattent furieusement, l’ennemi reflue vers Bexhill en laissant de nombreux morts et blessés sur le terrain. Un prisonnier déclare alors à Lofi que les casernes de Worthing sont tenues en force par plusieurs centaines d’hommes. Après quelques reconnaissances qui confirment le fait, Lofi décide d’investir les maisons avoisinantes afin de fixer l’ennemi sous un feu et d’établir une liaison avec la troupe 3 du major Webb.

La troupe 6, capitaine Guy Vourch’, qui a la mission la plus importante, doit recevoir l’appui de la troupe 4 (armes lourdes) au cours de son action sur Bexhill. Malheureusement, la 4 a perdu une bonne partie de son matériel et 50 %  de son effectif au cours du débarquement. Vourch’ décide de partir sans leur support, guidé par le capitaine Nahuijs. Nous arrivons bientôt sans opposition notable en vue du bureau central des postes où est retranchée une partie des forces ennemies refoulées du secteur d’Eastbourne par la troupe de Lofi.

La première section, à laquelle j’appartiens, sous les ordres du lieutenant Senée, donne l’assaut à la grenade défensive ; nous faisons une cinquantaine de prisonniers.

Un groupe d’Allemands continue de tirer du premier étage ; la question est vite réglée : un ordre bref du second maître Lanternier, quelques commandos sur le toit, des grenades balancées à bout de bras, et la résistance cesse ! Nous reprenons la progression.

9 heures

La troupe 6, après avoir nettoyé quelques points forts, s’installe dans le secteur de Bexhill afin de barrer la route à d’éventuels renforts en provenance de la ville haute. La troupe 4, ou plutôt ce qu’il en reste, nous a rejoints et installe ses mortiers.

La plupart des objectifs sont atteints et le débarquement du reste de la brigade se poursuit sans trop de problèmes.

Toute la journée, la progression vers l’intérieur de l’île se poursuit, la résistance allemande faiblit, jusqu’à la nuit où l’ennemi semble se ressaisir.

19 heures

Deux compagnies allemandes tentent de nous déloger de la maison d’un dentiste où nous sommes solidement retranchés. Après quelques pertes, nous stoppons leurs vagues d’assaut par un tir meurtrier.

19 heures 30

Soudain, les Allemands cessent de tirer et nous les voyons se livrer à d’inquiétants préparatifs. Ils mettent en batterie deux engins sur roues, que nous n’arrivons pas à identifier. Ce n’est que lorsqu’un immense jet de flammes illumine nos positions que nous comprenons : des lance-flammes géants ! Le quartier maître chef Gadou, tireur d’élite, bondit sur son fusil, grimpe sous le toit, se poste à une lucarne et posément, comme au stand, abat les servants des dangereux engins, les uns après les autres !

Toute la nuit, les Allemands vont essayer de nous griller, mais à chaque fois, les claquements secs du « Emfield » de Gadou nous rassurent quant à l’inutilité de leurs efforts. Au matin, lorsque le jour se lève enfin, nous récupérons un de ces fameux lance-flammes, tout autour, des cadavres allemands et des armes diverses jonchent les rues.

2 novembre

Nous enlevons les derniers points forts après de durs combats et c’est à la troupe 5 de Lofi que revient l’honneur de prendre le dernier blockhaus de Flessingue.

Cependant, sporadiquement, les combats se poursuivent. En quelques jours, toute l’île est occupée à l’exception de Vrouverpolder et c’est au commando n° 4 réduit à 400 hommes que l’on demande de porter le coup final.

Nous préparons l’opération dans la nuit du 7 au 8 et au petit jour, c’est l’assaut. L’ennemi se rend après trois heures de lutte. Tout est terminé.

La quatrième brigade de commandos a perdu 35 officiers et 368 sous-officiers et soldats, tués ou blessés, huit batteries ennemies de quatre canons de 150 mm ont été détruites. Nous avons fait des milliers de prisonniers et un énorme matériel a été anéanti ou capturé. Anvers est vraiment libre !

Une semaine plus tard, les navires alliés pénétraient dans le grand port belge et l’offensive victorieuse pouvait mener nos troupes au cœur de l’Allemagne.

René Goujon
1ère section
Troupe 6 n° 4 commando

Citation décernée au 1er bataillon de fusilliers commandos

« Magnifique unité détachée au 4ème commando, sous les ordres du capitaine de corvette Kieffer, a participé le 1er novembre 1944 après un débarquement par surprise, à l’assaut du port de Flessingue (île de Walcheren) qui a été conquis de haute lutte en moins de sept heures, en dépit de la résistance acharnée d’un ennemi fortement retranché et au moins trois fois supérieur en nombre.

A ensuite participé à l’attaque générale de l’île, mettant fin, le septième jour, à toute résistance organisée et obtenant la reddition d’un colonel allemand, de trente-cinq officiers et de quinze-cents hommes.

Ce brillant fait d’armes a été relaté par le haut commandement allié comme l’un des plus braves et des plus audacieux de la guerre ».

Cette citation était la quatrième que notre unité récoltait depuis sa création en 1941.

 

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