C’est tout moi !

 

J’y étais ! 19 mars, 2017

Classé dans : Non classé — Barbara @ 16:49

Ah ça oui, j’y étais. On a tous entendu ou lu au moins une fois dans notre vie une phrase du genre « vous vous rendez compte que ce jour est historique, et qu’on pourra dire qu’on y était ? ». C’est presque un passage obligé dans nombre de livres, de films, d’articles. Et à force, cette phrase en a perdu, de sa force. Du moins c’est l’impression qu’on a, jusqu’au jour où ça vous arrive. Qu’est-ce qu’on ressent, au juste ? Pas évident à décrire ; c’est trop dense, trop fou, trop de choses à dire, trop peur d’en oublier, de ne pas parvenir à faire toucher du doigt aux absents la réalité de la chose. Je ne sais pas si je vais pouvoir faire autre chose que restituer une série d’images, d’instantanés – parce que je n’ai que rarement le réflexe de prendre photos et vidéos, occupée que je suis à ressentir et engranger des souvenirs. Enfin, en tout cas, je vais faire de mon mieux pour vous faire un compte-rendu de cette journée démentielle, magique, énorme, de ce 18 mars 2017 où nous avons marché tous ensemble pour la 6ème République.

 

Fraternité. Vous l’avez déjà lu, ce mot, aux frontons des mairies. Vous en comprenez la signification, normalement. Cette fraternité : nous sommes tous frères. Tous égaux. C’est une belle, une grande idée. C’est aussi une notion un peu floue, et que le quotidien contredit régulièrement. Mais parfois, il est donné de connaître ce moment de grâce où le mot fraternité, non seulement prend tout son sens, mais aussi où il se fait concret au point qu’on peut le toucher du doigt, et le ressentir au plus profond de son être. C’est ce que j’ai vécu hier. On se retrouve au coude-à-coude avec de parfaits inconnus, et malgré tout on se ressemble, on échange, on partage, comme si on se connaissait depuis toujours. Je ne savais pas qu’on pouvait goûter une idée. Et pourtant, c’est ce que j’ai fait hier, je l’ai même croquée à pleines dents, avec un appétit heureux et rabelaisien. Fraternité, bordel ! C’est beau, et c’est bon.

 

Bienveillance. Partout, de la bienveillance. Envers nous, envers ce projet que nous portons, envers cet immense espoir que nous nous efforçons chaque jour de rendre contagieux. On trouve ça et là, sur les réseaux sociaux, des trolls haineux dont la pire insulte, nous concernant, est « bisounours ». Je ne sais pas si c’est vrai, et pour être franche, je m’en tamponne l’oreille droite avec une babouche taille 42. Ce que je sais, c’est que quand on se retrouve dans une foule de 130.000 personnes, et que cette bienveillance passe de l’un à l’autre, sans entrave, joyeusement, librement, c’est juste putain de bon. Le moindre Parisien qui a ouvert sa fenêtre pour nous regarder a eu droit à son ovation personnelle – sans même parler de ceux qui nous ont fait de grands signes de connivence, et qui ont été applaudis comme la plus grande des rock-stars rêverait de l’être… Il paraît qu’on émet de l’énergie, positive ou négative, selon ce que l’on ressent. Hier, si on avait couvert de slime les monuments parisiens, comme dans Ghostbusters, je peux vous garantir que la Tour Eiffel serait venue danser la gigue avec le Grand Palais, et qu’on aurait vu le Louvre et sa pyramide danser des claquettes.

 

Images en vrac : un jeune couple, juste devant moi, a échangé un tendre baiser, et c’était beau de voir l’espoir qui les portait. Ils étaient heureux d’être là, d’être ensemble, et donnaient l’impression de s’aimer encore plus d’avoir partagé ça. Plus tard, un autre couple. Des renards argentés, qui portaient leurs rides comme un combat, et qui couvaient du regard cette foule amicale, comme surpris de voir que c’était possible, que peut-être, du haut de leur grand âge, ils voyaient enfin un jour qu’ils attendaient de longue date. Des sourires, des rires, de la complicité. Là, pendant que j’écris, sur un autre onglet de mon navigateur, j’écoute le replay d’hier. De temps à autre, je change d’onglet, et je bloque sur les images. L’émotion, aussitôt, me prend à la gorge de voir toutes ces trognes. Des vieilles bouilles, des jeunes, des riches, des pauvres. Et partout cette énorme espérance, de taille à lever des montagnes. C’est difficile de quitter des yeux ces images qui ressemblent tant à celles que j’ai ramenées, bien au chaud au fond de ma tête. D’ailleurs, je viens de faire une longue pause pour écouter Melissmel, qui a chanté « aux armes », en venant m’attraper directement par les tripes…

 

Moi qui panique quand je me retrouve à devoir faire des courses un samedi matin, parce qu’il y a trop de monde à mon goût, j’étais au beau milieu de cette foule immense, qui remplissait tous les interstices, de Bastille à République, et dans les rues alentour. Et j’étais heureuse d’y être ; ça fera partie, je le pense, des plus beaux souvenirs de ma vie. Rien que ça, je n’en reviens pas. Les insoumis, c’est un vaste rassemblement qui fourmille d’énergie, d’idées, de créativité, d’inventivité. Et nous parvenons à insuffler de la joie de vivre dans nos actions. De la bonne humeur dans la politique ? Mais vous êtes dingues ! Mais oui ! Nous sommes dingues ! Mais pas fous…

 

Nous sommes allés démentir, sur place, et par notre forte présence, les sondages bidouillés et autres éditoriaux visant à prouver combien Mélenchon est seul. M’est avis que pas mal de candidats aimeraient être seuls avec 130.000 personnes. Je ne sais pas comment il est possible, à présent, de prétendre qu’il l’est alors même qu’ont été diffusées par toutes les chaînes les images d’hier, ces deux places envahies, les rues adjacentes pleines de gens. Je me suis régalée à lire les messages que les insoumis avaient écrit sur leurs pancartes, leurs banderoles, leurs drapeaux… D’ailleurs, en parlant de ces messages, ce serait génial de tous redonner celui qu’on avait soi-même écrit, ou pensé, et de partager et repartager ces phrases. Le mien, c’était « mes colères d’hier sont mes actes d’aujourd’hui ».

 

Je me rends compte que cet écrit est confus, et un peu bordélique. Mais après tout, c’était hier un joyeux bordel – organisé, comme le sont les bordels intelligents. Et puis, on ne peut pas être insoumis et sagement rangé, si ?

 

Ce 18 mars m’a donné à penser que nous pouvons le faire. Que la perspective d’une victoire se rapproche de plus en plus chaque jour, à travers nos actions. Que ce qui n’était encore que douce lubie il y a quelques mois devient un objectif atteignable. Et que le plus grand nombre sera bénéficiaire si nous y parvenons – ou plutôt quand nous y parviendrons.

 

Voici que je me rends compte que j’ai échoué à transcrire ce que j’ai vécu et ressenti – mais un témoignage peut-il le faire à lui seul ? J’en doute. J’ai le sentiment, l’intime conviction, qu’hier, j’ai vécu l’histoire. Quand dans une vaste avenue, sur deux grandes places, on entend des vagues de voix scander avec force et conviction le mot « résistance », et qu’en outre, on est la fille d’un homme qui a débarqué le 6 juin 1944 sur une plage normande, comment parvenir à retranscrire ses émotions ? La fierté est profonde, en tout cas, de faire partie de ce récit qui se crée. J’arrête là, parce que je sens que tout ce que je pourrais écrire serait insuffisant. J’espère juste avoir partagé un peu de ce ressenti, surtout pour ceux qui n’ont pas pu venir – sachez que nous avons pensé à vous, tout le temps. Vous étiez là. Avec votre pensée qui marchait près de nous, nous étions au final plus, bien plus que 130.000.

Je n’ai pas trouvé pour le moment l’extrait de Melissmel chantant aux « armes ». En attendant, cet aperçu :

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