C’est tout moi !

 
  • Accueil
  • > Archives pour février 2016

Évidemment qu’on vaut mieux que ça 25 février, 2016

Classé dans : Billets d'humeur,Non classé — Barbara @ 20:27

Wahou. Paraît qu’on doit témoigner des choses suivantes, je cite :

- La dernière fois qu’au taf, on s’est foutu de ta gueule ;

- La première fois où on t’a demandé un truc impossible ou absurde ;

- La fois où on t’a refusé un boulot pour des raisons injustes ;

- Quand ton taf a commencé à bouffer tout le reste ;

- Quand on t’a demandé de bosser gratos, ou qu’on t’a sucré ta paie ou ta prime ;

- La fois où t’as cru péter les plombs ;

- Celle où tu t’es retrouvé en danger au travail ;

- Ce moment où on s’est mis à te parler comme à un gosse ;

- Celui où ton collègue est devenu un concurrent dans ton esprit et où t’as pas aimé ça – ou pire, que t’as aimé ça ;

- Quand tu as culpabilisé de partir du taf à l’heure, ou simplement d’être malade ;

- Quand tu t’es retrouvé tout seul pour faire le boulot de trois personnes ;

- Quand tu t’es rendu compte que ta recherche d’emploi était devenue humiliante, ou que ton CV ne te servait à rien ;

- Quand t’as senti que le taf que tu faisais était devenu vide de sens ;

- Quand tu t’es dit qu’il y a des gens moins bien lotis que toi, et que du coup, tu t’es laissé faire .

Suit une longue liste d’exemples de situations, de boulots, de personnes concernées.

Et là, j’suis dans la marde, comme disent les copains de la belle province. Parce qu’avec mon parcours à la mords-moi-le-nœud de la fille qui est obligée de faire tout et n’importe quoi pour (sur)vivre, il y aurait trop de cases à cocher pour définir mon profil, d’une part, et d’autre part, parce qu’il y a tellement d’exemples dans la liste donnée ci-dessus qu’avec les 120 caractères de twitter, même pas en rêve je peux répondre. Donc, article. Obligée. Je vais essayer de reprendre dans l’ordre, non pas chronologique, mais de la liste (sinon je vais en oublier).

* La dernière fois qu’au taf, on s’est foutu de ta gueule :

Nous voici au printemps 2012. Voici un an et demi que je travaille dans une entreprise d’agroalimentaire, avec un concept intéressant, le CDD à durée indéterminée. Pas un seul jour de congé, des semaines de six jours, de cinquante heures quand j’ai de la chance. J’avais longuement argumenté, bataillé, discuté, et finalement obtenu la permission de deux pov’ semaines de congés (non payés, il va de soi) pour traverser la France et aller en Bretagne voir ma famille (cela faisait presque dix ans que je n’y étais pas allée). Le mardi avant mes vacances, j’ai un jour de récupération (ô joie). J’en profite pour m’acheter une voiture d’occasion (et à crédit), histoire de faire la route. Le mercredi, soit deux jours avant mes congés, on me dit que, ben, justement, à mes propos de mes congés… Ils étaient à… à… annulés. J’avoue que j’ai failli les planter là… Mais je venais de signer le crédit de la voiture. Même joueur joue encore. Bon, j’aurais pu citer pleins d’autres exemples, mais celui-ci est celui que j’ai eu le plus de mal à avaler, je crois.

* La première fois où on t’a demandé un truc impossible ou absurde :

« Vous pourriez vous maquiller et mettre des bijoux, tout de même, vous ne ressemblez vraiment à rien ». Serveuse dans un restaurant, en 1992. Précision : la patronne qui m’a dit ça se maquillait, elle, façon voiture volée. J’ai cédé sur le (léger) maquillage, pas sur les bijoux. J’ai mis des années à recommencer à me déguiser en fille occasionnellement (et encore, j’ai du mal).

« Bonsoir,  c’est Adecco, vous pouvez allez travailler chez Appétit de France, cette nuit, de 20 heures à 4 heures ?

- Euh… Il est dix-neuf heures trente, je suis debout depuis six heures du matin, je ne vais pas faire 24 heures d’affilée, si?

- Oh, ça va, ça se fait, hein… »

* La fois où on t’a refusé un boulot pour des raisons injustes :

Oh merde. Trop d’exemples. Vous n’êtes pas assez qualifiée, vous manquez d’expérience (ces deux phrases sur des postes d’assistante commerciale dans le bâtiment, alors que j’avais été secrétaire, commerciale dans le bâtiment, télépro dans le bâtiment. Passons). Vous n’êtes pas assez jeune (merde, 43 ans, sans déconner !). Vous n’êtes pas assez vieille pour bénéficier des aides. Parce que (oui, j’ai eu ça, comme réponse). Vous êtes une belle personne (c’est quoi, le rapport ?). La recherche est close (comprenez : mon neveu a pris la place). Bon, j’arrête, ça me déprime, de remuer ces souvenirs.

 

* Quand ton taf a commencé à bouffer tout le reste :

Un détour dans le boulot de cliente-mystère. On n’est payé que pour la visite (dans les 15 Euros). Il faut apprendre un script par cœur, non sans l’avoir imprimé (frais d’impression non remboursés), faire un feed-back en ligne (non payé), parfois, selon le scenario, se renseigner en amont (temps non rémunéré). Tiens, ça rejoint les exemples où on s’est foutu de moi, maintenant que j’y pense.

 

* Quand on t’a demandé de bosser gratos, ou qu’on t’a sucré ta paie ou ta prime :

Voir l’exemple ci-dessus. Et un autre, plus concret encore : toujours dans l’agroalimentaire, là où on pointe. On nous dit d’être dans l’atelier à X heures tapantes. Donc, il faut pointer avant l’heure dite, pour ne pas être en retard dans l’atelier. Mais comme on n’est pas payé avant l’heure en question, on se gratte sur ces minutes quotidiennes. A la fin de la journée, c’est encore plus croustillant… Si je pointe à, mettons, 16h04, je ne suis payée que jusqu’à 16 h. 16h06 ? Je ne suis payée que jusqu’à 16h05. C’est légal ? Nan. Mais quand on est en CDD, ben on la boucle, surtout quand les représentants syndicaux de l’usine ne bougent que pour gratter des avantages personnels.

Ah, et une autre entreprise d’agro, où je bossais en tant qu’intérim. Comme c’était un produit saisonnier, ils n’étaient pas sûrs d’avoir de quoi me faire bosser. Alors ils me mettaient en astreinte, pour venir la nuit, le matin, l’après-midi, le soir. « L’astreinte ? Cool, ça : tu restes chez toi à attendre qu’on t’appelle, et t’es payée ! ». Ouais mais nan. Je restais chez moi, ça oui (donc, pas de vie sociale). Je me couchais tôt, au cas où on m’obligerait à me lever à deux heures du mat’ pour faire une journée de huit heures (donc pas de vie familiale). Je ne pouvais pas accepter un autre job (donc, pas forcément de revenus, vu qu’ils ne m’appelaient pas toujours). J’étais payée ? Nan. Les astreintes n’étaient pas payées, parce que j’étais intérim. Je le savais ? Nan. Ils m’ont fait la surprise. Du coup, le mois suivant, je leur ai dit que, puisque ce n’était pas payé, je ne faisais pas d’astreinte. Ils m’ont rappelée ? Nan.

 

* La fois où t’as cru péter les plombs :

En 1990, dans une entreprise d’emballage de fruits (mon tout premier boulot déclaré), chacune avait un carnet à souche avec des tickets numérotés, pour qu’au bout de la chaîne, au contrôle, on connaisse notre rendement. Nos tickets étaient stockés dans de petites barquettes et comptés chaque demi-journée. La belle-fille des patrons avait ses têtes de Turcs (dont moi, hélas), et prenait un malin plaisir à venir régulièrement prendre une poignée de tickets et à les mettre à la poubelle. Plusieurs collègues sont venus me le dire. Je m’échinais à travailler aussi vite que possible, et je ne comprenais pas pourquoi le pittbull qui nous servait de patronne venait tout le temps me hurler dessus parce que j’étais lente. Là, j’ai compris… Je suis allée demander des comptes, encouragée que j’étais par mes collègues qui me disaient que c’était dégueulasse, qu’elles témoigneraient, que je ne devais pas me laisser faire. La patronne ne m’a pas crue, ou n’a pas voulu me croire, sa belle-fille a nié, les collègues ont « oublié » de témoigner (ou plutôt si, elles ont témoigné pour dire qu’elles n’avaient rien vu).  Ça a viré en insultes (sale menteuse, de leur part, espèce de grosses connes, de la mienne), et je me suis barrée avant de rentrer physiquement dans le lard de la belle-fille (elle était enceinte).

 

* Celle où tu t’es retrouvé en danger au travail :

En agro, je me suis souvent coincé les doigts dans le tapis, pas protégé (et ça pique). Chez les agriculteurs, pour cueillir les fruits, il fallait grimper sur des escabeaux, dans des positions acrobatiques pour aller chercher le plus haut possible, et il m’est arrivé de tomber (dont une fois où j’étais tellement dans mon taf que j’étais ravie de ne pas avoir perdu une seule cerise dans ma chute, alors que j’avais failli me briser les os en évitant de justesse de retomber sur mon escabeau). En agro, encore, de l’eau coulait du plafond, et je l’avais signalé, mais on m’avait fait rester devant l’ordi où j’œuvrais, à patauger dans l’eau et à recevoir des gouttes sur la tête, avec plusieurs équipement électrique autour de moi.

* Ce moment où on s’est mis à te parler comme à un gosse :

Mission intérim chez Leclerc, rayon charcuterie, un samedi matin (le jour où il n’y a personne, quoi). On m’a laissé toute seule dans le rayon, pour mon premier jour. Sept heures d’affilée. J’ai été obligée de demander à pouvoir au moins aller aux toilettes (et c’est humiliant). On m’a dit non, retiens-toi.

* Celui où ton collègue est devenu un concurrent dans ton esprit et où t’as pas aimé ça – ou pire, que t’as aimé ça :

Pas de souvenirs précis sur ce point, tant c’est diffus. Il faut toujours faire mieux, plus vite, plus efficace. J’aime la compétition, de telle sorte que ça m’a toujours semblé plus ou moins normal. En tout cas, je ne l’ai pas mal vécu – et c’est sans doute ça, en effet, qui craint.

* Quand tu as culpabilisé de partir du taf à l’heure, ou simplement d’être malade :

En agro : on est tellement pressuré qu’on hésite à partir (ou à ne pas venir) parce qu’on sait que les collègues vont être dans la panade. Quand je me suis fait une tendinite à l’épaule, j’ai essayé d’au moins finir ma journée, parce que j’étais la seule à même de tenir le poste que j’occupais. J’ai réussi à tenir une heure, j’en chialais de douleur (et pourtant je suis dure au mal, comme on dit). J’ai fini par abandonner, et je suis partie (mais on ne m’a pas offert de me ramener). J’ai dû conduire ma voiture avec un seul bras (le gauche). Deux ans plus tard, quand ce sont mes genoux qui m’ont lâchée, j’ai fait en sorte de finir ma semaine. En aggravant mon cas.

* Quand tu t’es retrouvé tout seul pour faire le boulot de trois personnes :

Chez Intermarché, embauchée, à l’essai.  J’avais été engagée pour m’occuper du rayon frais. On y ajouté le surgelé, la viande puis le rayon traiteur. Le tout avec un patron qui me gueulait dessus en me disant que j’étais une incapable, que j’étais tout le temps en retard pour boucler ma déballe. Au bout d’un mois, mes collègues m’ont dit que j’étais dégueulasse de faire le boulot que trois personnes avaient assuré jusque-là, qu’elles avaient des connaissances à faire embaucher et que je bloquais tout…

* Quand tu t’es rendu compte que ta recherche d’emploi était devenue humiliante, ou que ton CV ne te servait à rien :

Ben… Je n’ai pas travaillé depuis fin 2013, malgré de nombreuses recherches, de nombreux entretiens… Un organisme où pôle emploi m’avait envoyée avait refait mon CV, que les recruteurs ont trouvé, dans cette nouvelle mouture, je cite « dégueulasse » (j’ai repris l’ancien, qui marchait plutôt bien). Alors, comment dire… Tant que les recruteurs ne prendront pas la peine de répondre aux candidatures (et ils sont très peu à répondre), tant que ceux que je vois en entretien ne me disent pas sincèrement pour quelle raison je n’ai pas été retenue (et ils le disent rarement), il est évident que je reste sur le sentiment que mes recherches sont inutiles et humiliantes, que mon CV ne me sert à rien, que moi-même, je ne sers à rien et que je ne vaux rien. Il y a tout de même deux winners sur l’humiliation. Ce chef d’une entreprise de blanchisserie, qui ne m’a fait venir que pour m’en mettre plein la tronche (désolée, c’est vulgaire, mais je ne trouve pas de mots plus idoines). Et ce patron d’un site de rencontres, disons hot, entre adultes. Pendant l’entretien, il m’a fait comprendre que pour être embauchée chez lui, il fallait accepter de se faire sauter. Quand j’avais poliment décliné cette possibilité, il m’a dit que c’était un test pour voir ma réaction et évaluer mon honnêteté. Ouais, genre. Mon cul.

* Quand t’as senti que le taf que tu faisais était devenu vide de sens :

De mémoire, ça ne m’est jamais arrivé (ouf, au moins une galère que j’ai évitée).

* Quand tu t’es dit qu’il y a des gens moins bien lotis que toi, et que du coup, tu t’es laissé faire :

Il m’est arrivé de me laisser faire (et même plus souvent qu’à mon tour). Mais pas avec l’altruisme évoqué dans la phrase ci-dessus. Juste parce que j’avais besoin de bouffer, de me loger, de payer mes factures, d’entretenir mes enfants… Juste pour ne pas me retrouver au chômage – encore.

****************

Il y avait beaucoup de choses dans cette liste. Il y a beaucoup de correspondances dans ma vie professionnelle, avec cette liste. Beaucoup de choses, aussi, dont je n’ai pas parlé faute de place, de temps (et aussi par crainte de lasser mes éventuels lecteurs). Des insultes. Des humiliations. Des coups de rage à te faire bouillir la tête, et que tu dois contenir en serrant les poings, les dents, tout ce que tu peux serrer, parce que si tu t’emportes, tu te mets en tort. Des injustices que j’ai subies, d’autres que j’ai vues (et pour celles-là, en général, j’intervenais, ce qui m’a fait perdre mon boulot).

Beaucoup trop à dire. Et le pire, dans tout ça, c’est que c’est tellement banal que je sais que cet article ne va pas surprendre grand-monde.

Oui, au fond, c’est ça, le pire : c’est d’une affligeante banalité. On n’y fait même plus attention. On est assommé, et on se contente de continuer à avancer, comme des bœufs sous le joug, sans même savoir, sans même chercher à savoir, si on ne nous dirige pas tout droit vers un précipice.

 

 
 

LE JARDIN DE L’AMITIE |
wildcatsworld |
wwwfodelinfo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Infos du jour
| Mosaïque
| Les Roses de l'Unité contre...