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Je croyais que ça allait mieux 5 janvier, 2016

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 12:30

Oui, vraiment, je le croyais. On s’avançait doucement vers le 7 janvier. Je me disais que la semaine allait être compliquée, mais que ça irait. Que les cérémonies, c’est fait pour aider tout le monde à tourner la page. Qu’après tout, ces gens, même si leur décès m’a causé un tel choc que c’était comme si j’avais perdu des proches, en fait, je ne les connaissais pas, je ne les avais jamais vus, je m’étais contentée de les lire lors de notre rendez-vous hebdomadaire. La seule intimité que je partage avec eux, tous comptes faits, c’est que ce sont les seules personnes que j’autorise à m’accompagner aux toilettes. Oui, vraiment, je croyais que ça allait mieux. J’en étais persuadée.

Mais me voici en cette matinée où les plaques sont dévoilées aux endroits fatidiques, où les minutes de silence s’enchaînent, que je partage comme une conne, plantée dans mon salon, devant la télé, son coupé, apercevant de temps à autre des têtes connues, des membres de Charlie. Me voici de nouveau avec cette nausée, ces larmes qui brûlent mes yeux, cette gorge qui se serre à n’en plus finir, presque autant que l’an dernier, et une question me hante. Comment font-ils, eux ? Quand je constate la violence de mes émotions, moi qui ne suis qu’une étrangère, si ce n’est de cœur, je me demande où ils trouvent la force d’être là, aujourd’hui, pour ces cérémonies. Comment ils peuvent ne serait-ce que tenir debout. Je sais bien qu’ils le font pour leurs amis, leurs frérots, que c’est une façon d’être encore un peu avec eux. Je sais tout cela, et pour autant je ne comprends pas comment ils y parviennent.

Tout a gardé une impression d’irréalité. Chaque semaine, quand j’ouvre mon Charlie, je m’attends à y retrouver, comme d’habitude, les dessins des uns, les textes des autres. Me voici orpheline de ces petits morceaux de rire ou de réflexion qu’ils m’offraient, sans compter, depuis plus de vingt ans. C’est comme s’ils mouraient encore un peu chaque semaine. Et ce matin, c’est comme s’ils mouraient encore beaucoup plus.

Pardon si je ne parle que de Charlie. Je me sens triste aussi pour les autres victimes et ceux qui les ont perdues. Triste, mais moins « directement » concernée. Ils ne partageaient pas ma vie, tandis que Charlie m’accompagne depuis presque aussi longtemps que mon fils aîné.

Je viens juste d’entendre que la plaque apposée sur les anciens locaux de Charlie avait dû être couverte de nouveau : une erreur sur le nom de Wolinski. Mustapha Ourrad doit être en train de dire aux autres qu’un bon correcteur, c’est important – mais ils le savaient, je pense. Cette erreur, c’est comme un clin d’œil de la vie dont ils auraient tous apprécié l’ironie.

C’est bien que ces hommages se déroulent aujourd’hui, et pas dans deux jours. Dans deux jours, il faut leur foutre la paix, aux survivants, aux familles, aux amis, aux proches. Dans deux jours, le silence sera assourdissant dans le cœur de beaucoup de monde.

 

 
 

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