C’est tout moi !

 
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Je t’aime, France 18 novembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 12:01

Ben ouais, c’est comme ça. Je t’aime.

Pour être tout à fait honnête, ça ne fait pas si longtemps que je l’ai compris. Tu sais ce que c’est, hein. On prend l’habitude. On se voit tous les jours, et accessoirement, tu n’es pas toujours à ton avantage. Parfois, tu te laisses un peu aller, tu dis des choses pas toujours intelligentes, pas toujours sympa, tu as parfois des mouvements d’humeur qui me hérissent le poil… Tu as tendance aussi à avoir (et à donner) une mauvaise image de ce que tu es. Alors, bah, forcément, tout ça ne crée pas un climat propice à la tendresse.

Et puis, faut dire aussi que je te connais depuis toujours. Tu fais partie de mon décor, avec tes défauts et tes qualités. Et tu sais comment c’est, quand on vit depuis toujours (ou presque) avec quelqu’un : tu zappes un peu ses qualités, et en revanche, ses défauts t’agacent au point de, parfois, prendre toute la place.

Mais là, je te redécouvre. J’ai l’œil émerveillé d’une première rencontre. Pourquoi ?

Parce qu’alors que je craignais tes pires réactions à la suite de ces attentats, tu montres le meilleur de toi. Quelques couacs ici et là, d’accord (sans quoi ce serait un miracle), mais dans l’ensemble, dans l’immense majorité de tes réactions, tu es juste au top. Je pensais que les quelques parasites haineux de tous bords qui hantent parfois ta conscience allaient aboyer à qui mieux mieux. Oh, ils aboient, hein, bien sûr… Comme dans l’histoire de la tortue et du scorpion : ce dernier pique parce que c’est dans sa nature… Mais la voix des charognards et autres vautours a été noyée dans celles des gens de bien. Dans celles des gens qui ont compris qu’ensemble, ce n’est pas un vain mot ni une vue de l’esprit, encore moins une illusion de bisounours. Il y a quelques râleurs, c’est normal, sans quoi ils ne seraient pas français. Ceux qui refusent d’arborer tes couleurs ou de chanter ton chant. Je comprends leurs raisons. Ils en ont le droit. Parce que chez toi, France, on est libre.

Je t’aime, France, parce que tu me montres qu’au moment même où tu devrais rester prostrée dans le désespoir, l’inquiétude, la défiance, la recherche de coupables faciles, plus faciles à atteindre que les vrais coupables, tu t’es relevée, tu as épousseté ce genou qui avait été mis à terre, tu as essuyé le sang au coin de tes lèvres (très Bruce Lee, comme image), et tu t’es montrée telle que te rêvent les gens de par le monde. Forte, pleine de gouaille, le poing levé, à chanter ta chanson, récupérant tes trois couleurs que les fachos pensaient avoir kidnappées, dans ce mélange de tendresse et d’humour qui te rend unique au monde. Un physique à la Bardot (jeune, hein), un humour à la Coluche, une force à la Balavoine, un ton à la Renaud, une sagesse à la Brassens. Parfaite, ou presque. Insoumise, solidaire et culottée.

Oui, c’est comme ça que je t’aime. Quand tu envoies bouler les peine-à-jouir, les peine-à-aimer, les peine-à-vivre.

 

 
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La peur sans paralysie, la colère sans aveuglement 15 novembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 11:54

Être fille de héros, ça vous fait adopter un regard différent sur les choses de ce monde – surtout les plus dramatiques.

D’abord, ça vous permet de savoir de quelle étoffe c’est fait, un héros, au-delà des clichés habituels que fabrique la société par besoin d’icônes. Le héros sans peur et sans reproche, par exemple.

Parlons-en, de la peur. Un héros qui n’a pas peur n’est pas un héros. C’est juste un inconscient qui n’a pas à lutter pour surmonter, justement, sa peur. Aucun mérite de sa part : ne se rendant pas compte des conséquences, il fonce dans le tas sans se poser de question. Où est le courage, là-dedans ? Le courage est le fils de la peur. C’est en elle qu’il puise sa force. Plus la peur est grande, plus grande est la force nécessaire pour la vaincre. Un vrai héros connaît la peur. La peur nous rappelle la valeur de la vie – la nôtre, et par extension celle des autres.

Le slogan « not afraid », traduit par « même pas peur » est en ce sens une absurdité, même si je comprends sa genèse. Ce n’est pas la peur qu’il faut refuser, c’est la paralysie qu’elle tente d’engendrer. Là réside le vrai courage. Il est vrai qu’en terme de marketing, le slogan « même pas paralysé » sonne moins bien, et ne correspond guère à notre société pressée, qui a besoin de comprendre tout de suite, à la seconde, pour adhérer à une idée. Donc, allez, à la rigueur, admettons le « not afraid », mais sans oublier ce qu’il doit signifier au fond.

Pendant les jours, les semaines, les mois, voire les années à venir, oui, nous sentirons la peur lorsque nous sortirons de chez nous pour nous rassembler dans un lieu de vie. Nous aurons peur, et c’est normal. Il nous faudra surmonter tout cela, et continuer à vivre à notre façon, ce qui est en outre un moyen assez simple et efficace de dire « je t’emmerde » aux terroristes qui prétendent influer notre mode de vie. J’ai entendu hier soir une intervention intéressante : « la peur nous vient de la pulsion de vie ; ces gens-là ont la pulsion de mort ».

La colère aussi est normale. Il ne faut pas essayer de la juguler, de la faire taire. Ne pas en ressentir face à ce genre d’événements révèle une forme de sociopathie – allez vite consulter si vous n’êtes pas en colère ces jours-ci. La haine elle-même est normale. Cependant, même si c’est difficile (et cette difficulté augmente à mesure que notre réflexion diminue), il ne faut pas qu’elle nous aveugle, et qu’elle choisisse elle-même ses cibles. Dès lors qu’on comprend que non, ce ne sont pas les Arabes en général, que non, ce ne sont pas les musulmans en général, on est sur la bonne voie. Mais cela ne suffit pas : quand on acquiert cette conscience, elle se mue en devoir. Le devoir de le faire comprendre à ceux autour de nous que la colère aveugle. A chaque abruti qui profère « dehors, les Arabes » ou autre joyeuseté du genre, daesh est satisfait, puisque cela fait partie de ses objectifs. Si nous, qui avons compris cela, nous taisons en entendant ou en lisant ce genre de choses, nous sommes ses complices par inaction. Pour reprendre Desproges, je veux bien fermer les guillemets, mais pas ma gueule.

A titre personnel, nous ne pouvons pas faire grand chose, clairement. Vendredi soir, deux heures avant les attentats, je parlais de notre société actuelle avec monsieur chéri, je lui disais ma colère, ma rage, qui me ronge un peu plus chaque jour. J’ai fini par lui demander comment lui se sentait dans ce monde. Coïncidence ou intuition, prenez-le comme vous le voulez, comme vous le sentez. Reste qu’en fin de soirée, colère et sentiment d’impuissance ont encore gagné en force.

Impuissants : voilà comment nous nous sentons. Nous ne le sommes pas. Quand je dis que nous ne pouvons pas faire grand chose, cela veut dire tout de même que nous pouvons faire un peu. A notre niveau, avec nos moyens. Empêcher notre peur de devenir paralysie, c’est agir. Continuer à vivre comme nous l’entendons et non pas comme on prétend nous l’imposer, c’est agir. Expliquer sans relâche aux haineux qu’ils se trompent de colère et de cible, c’est agir. Le faire dans la mesure du possible avec calme, discernement, pédagogie, c’est agir. Et agir, c’est résister.

Ce discours n’est pas bisounours. Il s’agit d’opposer la lumière à l’obscurantisme, la réflexion à l’endoctrinement, l’humanité à la bestialité, l’amour à la haine. Ce n’est pas choisir la facilité, bien au contraire. Il est très difficile de garder son calme face à quelqu’un qui écume, bave aux lèvres, éructant sa haine et sa bêtise crasse. Il est très difficile de maîtriser sa peur et sa colère pour en faire des armes. Il est très difficile de tendre sa main quand on a juste envie de prendre l’autre par le colback et de le secouer jusqu’à lui décoller la pulpe du fond.

Dernière chose : le « pray for Paris ». Soyons clairs, je ne suis pas ingrate, loin s’en faut. Je souhaite juste éclaircir un point. Une solidarité mondiale, ou presque, s’exprime par ces mots. C’est gentil, et pour tout dire, ça fait du bien. Vraiment. Mais j’ai les dents du fond qui grincent un peu. A ces prières, j’aurais préféré des pensées. D’abord, parce que la pensée éclaire tandis que la foi amène dans son paroxysme au contraire. Les religions font tout de même plus de mal que de bien, notamment ces derniers temps. Si on pouvait nous lâcher un peu les noisettes avec ça, ce serait pas mal. Notez que je verse un peu dans l’ironie, là, mais c’est mon système de défense depuis toujours. Autre chose, et plus important, sur ce message : c’est un slogan qui se veut universel. Or, il exclut de fait tous les athées, agnostiques et autres non croyants. Moi qui en fais partie, et bien que ressentant un besoin tout à fait logique d’exprimer ma solidarité de Française et d’humaine, je ne peux en aucune manière adhérer à cela. C’est contre mon ADN. S’il vous plaît, ne priez plus pour Paris, ou en tout cas, n’en faites pas un ralliement. La prière ne peut en aucun cas être universelle ; la pensée l’est. Je pense, donc je suis. Une pensée pour Paris, c’est beaucoup mieux – et une pensée, ça fait beaucoup plus chaud au cœur.

C’est peut-être parce que j’ai un caractère de cochon, mais j’ai une sainte horreur qu’on tente de m’imposer quelque chose que je n’aurais pas choisi. C’est comme ça, et depuis toute petite. Pas de raison que ça change. Pour ça que j’ai écrit hier :

« Nul ne peut me contraindre à la haine, et je reste maîtresse de mes détestations. Là commence la résistance. »

 

 
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NON ! 11 novembre, 2015

Classé dans : NON — Barbara @ 19:10

Elle se dit qu’au moins, elle n’a pas froid. Un temps magnifique, un beau soleil, pour un peu, elle aurait presque chaud. Un petit coup de bol, c’est toujours ça de pris. Sauf que non, ce n’est pas un petit coup de bol, et d’ailleurs, ça l’énerve. Parce qu’on est en novembre. En France. Même pas dans le midi, hein. Disons le midi moins le quart, comme son père disait. Alors non, elle ne trouve pas ça top, de ne pas avoir froid quand on fait le pied de grue dehors, un samedi après-midi, presque à la mi-novembre, en France. Parce que cela prouve à ses yeux dans quelle merde on est tous. Ce matin encore, elle a pesté contre les présentateurs de la météo qui annonçaient avec le sourire du ravi de la crèche ce temps magnifique prévu pour la journée. Et de montrer les images des gens qui se baignent sur la côte basque. Elle les a traités de connards, ces présentateurs. Pas comme ça que les gens vont prendre conscience qu’il est temps « de se sortir les doigts du cul » (ce n’est pas une expression de son invention, mais elle l’utilise si souvent en ce moment qu’elle l’a comme qui dirait adoptée).

Elle a posté ce mouvement d’humeur sur son face book. C’est sa petite manie, ça, poster ses mouvements d’humeurs, ses bons mots (elle adore et pratique l’humour noir et grinçant), les âneries qu’elle décèle à la télé, ses coups de cœur, ses coups de gueule. Bon, rien d’exceptionnel à cela : tant de gens le font. Certaines de ses saillies finissent sur twitter, aussi. Elle se rend bien compte que c’est vain, que l’histoire n’en avancera pas pour autant, mais elle le fait. Pour que ça sorte. « Pet retenu, furoncle au cul », faisait-elle dire à l’un de ses personnages – oui, elle a aussi donné dans le jeu de rôle sur le net, fut un temps. Elle sait que c’est vain. Elle sent pourtant le potentiel de ces réseaux que l’on dit sociaux, elle sait qu’il suffit d’une étincelle pour les enflammer. Dans le bon sens du terme comme dans le mauvais. Elle voit les catastrophes, celles qui sont déjà là et celles qui s’annoncent. Elle voit l’inertie, voire l’inaction volontaire, des décideurs que sont les politiques, les médias, les friqués. Elle sait que seul un large mouvement populaire peut faire basculer les choses. Mais elle constate aussi que la société moderne a créé des monstres d’égoïsme, que la peur de tout perdre ont mis des écailles sur les yeux des gens, que personne ne bouge parce que personne ne sent directement concerné – du moins, tant qu’ils ne prennent pas la réalité en pleine face. Elle fulmine, elle enrage, elle se sent impuissante. Elle, toute seule, que pourrait-elle faire ? Elle se sent toute petite. Inutile. Elle se déteste parfois d’avoir conscience des enjeux, de ce qui se passe, et de ne rien faire. Elle a proposé à ses contacts, il y a quelque temps – un an ou deux, environ – de se mettre d’accord sur un jour et une heure, chaque semaine, où ils iraient, chacun devant sa mairie, avec un panneau marquant le refus. La mairie, parce que chaque ville, chaque village en a une. On lui a répondu que ça ne changerait rien, que deux pelés et trois tondus devant une mairie, cela n’aurait aucun impact. On lui a répondu « pourquoi faire ? ». Alors, elle s’est découragée. Pourquoi faire, en effet.

Et puis, les colères rentrées, les rages impuissantes, se sont accumulées jour après jour. Patiemment. Comme la poussière. Et puis il y a eu le 7 janvier 2015. Une blessure qui ne veut pas guérir. Une pensée douloureuse qui vient la cueillir sans crier gare, même au creux des meilleurs moments. Elle a beau se dire que c’est très con, de se sentir ainsi pour des gens qu’elle n’a pas connus personnellement, ce jour fait écho et elle n’y peut rien. Et puis, sa propre situation se complique et vient renforcer sa colère. Parfois, elle pense à ces barrages, qui supportent la pression de l’eau. On ne détecte pas cette petite fissure, là-bas, tout au fond. Et un beau jour, l’eau faisant son œuvre, tout s’enchaîne.

C’est pour ça que cet après-midi, elle est sortie de chez elle avec son panneau à la main. Elle est montée dans sa voiture, s’est garée non loin de la mairie de sa ville, a levé son panneau au-dessus de sa tête pour aller rejoindre le parvis dont elle ne bouge pas. A ses pieds, un panier où elle a posé quelques photocopies – un tiers de page – de… Elle ne sait pas trop. Un manifeste ? En tout cas, les raisons pour lesquelles elle est là. Elle se dit qu’avec un peu de chance, les gens seront interpelés par son panneau, voudront comprendre : ils n’auront qu’à se servir dans le panier. Que, peut-être, ils rejoindront ce… Ce quoi ? Ce mouvement ? Moui. Disons cela, ce mouvement. Quinze heures.  A seize heures, elle partira. Et dans une semaine, elle recommencera. Pour le moment, elle se contente de se tenir là, debout, l’air aussi impassible qu’il lui est permis. Non sans se demander quelle sera à terme la réaction de la mairie. Pas tout de suite, le bâtiment est vide. Mais à force ? Bah, elle avisera. Tiens, voici un quidam qui la regarde, perplexe. Le panier doit lui faire penser qu’elle mendie, le panneau dit qu’il s’agit d’autre chose. Le regard de l’homme ne rencontre pas le sien. On ne sait jamais, avec ces mendiants (qu’elle est peut-être). On a peur de se faire interpeler, alors on regarde partout, sauf vers leurs yeux, n’est-ce pas. Tant pis pour lui : malgré sa prudence, elle va lui parler. D’abord un sourire engageant.

- Bonjour !

Il répond, incertain. On dirait un lapin pris dans des phares.

- Vous vous demandez ce que je fais là ?

- Ben… Oui, un peu.

Elle attrape son panier et le lui tend.

- Tout est écrit là-dessus. Servez-vous.

Il se saisit d’un papier et entame sa lecture.

Je n’en peux plus. Je dis stop.

Stop à la violence.

Violence économique. Qu’on travaille ou non, on ne peut plus vivre. On ne vaut plus rien. Le peu qu’on a, on nous le prend, et ce qu’on n’a pas, on refuse de nous le donner. Les pauvres crèvent dans l’indifférence générale. Assez de cela.

Violence écologique. Pesticides, engrais, perturbateurs endocriniens, polluants, changement climatique, malbouffe, gabegie énergétique. J’en passe. On se regarde crever à petit feu, et on ne fait rien, parce qu’on pense à l’immédiat au lieu de penser à l’avenir. Assez de cela.

Violence sociale. On nous dresse les uns contre les autres. Précaires, chômeurs, pauvres, contre les travailleurs. Jeunes contre vieux. Laïcs contre croyants. Certains croyants contre d’autres croyants. Gauche contre droite. Nous sommes sur le Titanic, et nous occupons notre temps à nous rentrer dedans mutuellement. Ceux qui manœuvrent dans ce sens le font pour avoir le champ libre. Assez de cela.

Violence psychologique. On a peur. De tout. De parler. De se taire. D’agir. De ne rien faire. De l’avenir. Du présent. Du passé qui pourrait refaire surface. De rire. De vivre. Assez de cela.

Violence démocratique. On vote pour des gens qui ne nous écoutent ni ne nous respectent, qui ne tiennent pas leurs promesses, qui n’appliquent pas les résultats d’un referendum. On vote pour rien, puisque les décisions ne se prennent plus au sein des instances gouvernementales, mais au sein des multinationales et des lobbies. Assez de cela.

Nous ne devons plus nous taire et subir. Nous devons nous faire entendre. Nous faire entendre comme je le fais ce jour, dans un silence assourdissant, parce que personne ne peut museler le silence. Nous devons nous rassembler, chaque semaine, à jour et date fixe, devant notre mairie, pendant une heure, en silence et juste armés d’un panneau et du présent texte. Rejoignez-moi dans ce mouvement. Devant votre mairie, chaque samedi, à quinze heures.

Le mot d’ordre ? « NON ! »

Voilà le mot d’ordre. Le seul en mesure de tout résumer.

Il a fini sa lecture. Sa perplexité demeure.

- C’est une manifestation ?

Elle regarde autour d’elle, amusée.

- A moi toute seule ? Non. C’est le début d’un mouvement populaire. Enfin, j’espère.

- Mais vous êtes toute seule à faire ça ? Enfin, toute seule en France ?

Elle sourit. Un sourire où se mêlent espoir et désenchantement.

- Toute seule pour le moment. Deux, si vous restez ici jusqu’à seize heures.

Elle le regarde. C’est comme si elle lisait le dialogue intérieur dans la tête de cet homme. A base de « qu’est-ce que je peux lui dire pour refuser sans être trop vache ? ». Elle a toujours marché à l’intuition, mais là, c’est tellement flagrant qu’elle n’a pas besoin d’utiliser ce super-pouvoir.

- Je ne peux pas rester, désolé.

Ah, manque d’inspiration, on dirait. Elle ne lui en veut pas. Enfin, si, un peu, mais elle n’en laisse rien paraître. Elle le salue poliment. Après tout, si ça se trouve, il va en parler autour de lui, et ça peut provoquer une réaction de curiosité. Il y aura peut-être des gens, la semaine prochaine, pour vérifier si elle est encore là. L’homme s’éloigne de quelques pas, revient vers elle en montrant le papier qu’il a toujours en main.

- Je peux le garder ?

- Bien sûr. Mais parlez-en, s’il vous plaît.

Il ressemble à un gamin au bord d’une piscine, qui se tâte pour sauter ou non. Ce serait presque amusant si elle ne sentait pas cette colère en elle, prête à bondir. Si elle s’écoutait, il entendrait parler du pays, et des conséquences de l’inaction. Mais elle se contient. Il ne porte pas sur lui la faute de tous les autres. Respire, ma grande, respire. Calme. Le type hésite encore, puis se lance soudain :

- Écoutez, vraiment, je ne sais pas. Ça me parle, tout ça, mais c’est… Enfin, c’est un peu bizarre. En tout cas, je vais y réfléchir.

De nouveau, elle sourit.

- Je n’en demande pas davantage. Merci.

Elle le regarde s’éloigner. Cet échange n’aura de toute façon pas été vain : d’autres passants les ont entendus et se sont arrêtés. « C’est la curiosité qui a tué le chat », pense-t-elle. Engageante, elle leur tend son panier.

 

 
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Quand on doit remplir un dossier pôle-emploi… 4 novembre, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 17:00

 

 

Du plus loin que me revienne

L’ombre de mes démarch’s anciennes,

Du plus loin, du premier rendez-vous,

Du temps des premières géhennes,

J’avais dix-huit ans à peine,

Et, ma foi, j’avais besoin de sous,

Que ce furent, j’étais précoce,

De gros tracas pour un’ gosse,

Ce dossier refait dix fois en tout,

Du plus loin qu’il m’en souvienne,

C’est bien du pareil au même,

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

J’en ai bouffé, des passages,

Et j’ai rempli bien des pages,

Coché des cases dessous et dessus,

J’ai subi le babillage

Des conseillers de passage,

A peine vus, déjà disparus,

Et à travers leur visage,

J’enlaidissais mon image,

Je me voyais tout droit au rebut,

Je dénigrais mon bagage,

Confondais but et mirage,

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

Sur la longue route

Parsemée de trous,

Sur la longue route,

Je doutais de tout.

Le vent de décembre

Me gelait au cou ;

Qu’importait décembre,

J’avais rendez-vous.

 

Elle fut longue, la route,

Mais je l’ai faite, la route,

Celle-là qui menait jusqu’à vous.

Et je ne suis pas parjure

Si ce soir je vous jure

Que je la finis sur les genoux.

Il en eût fallu bien d’autres

Que vous, les mauvais apôtres,

Que l’hiver ou la neige à mon cou,

Même quand je perdais patience,

Que je rêvais de violence,

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

Mais tant d’hivers et d’automnes,

De nuits, de jours, et personne,

Rien n’était jamais à votre goût,

Et, du coup, perdant courage,

Soudain me prenait la rage,

A vouloir vous jeter des cailloux.

Que le diable vous emporte,

Il fallait bien que ça sorte,

J’ai gueulé comme un putois sur vous,

Oui, j’ai foutu le bordel,

Mais reconnaissez, quand même…

Assedic ou pôle emploi, relous.

 

J’ai pleuré des larmes

Mais qu’il me fut doux,

Oh, qu’il me fut doux

Ce premier virement de vous.

Et toutes ces larmes

Dont chacun se fout,

Bande de balourds,

Vous souvenez-vous ?

 

Ce fut un soir en septembre,

J’en avais assez d’attendre,

Je n’y croyais vraiment plus du tout ;

A force de vous écrire,

A continuer sans rien dire,

C’est là que j’ai compris tout à coup :

C’est un’ sorte de triage,

Pour vous voir, faut du courage,

Et vous vous débarrassez de nous,

Qu’importe ce qu’on peut en dire,

Je tenais à vous le dire,

Je n’aurai jamais le coup de mou,

Qu’importe ce qu’on peut en dire,

Je suis venue pour vous dire

Que je compte bien aller jusqu’au bout.

 

(Pardon, Barbara)

 

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