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Une demi-heure et sept secondes 4 février, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 16:08

Une demi-heure, c’est pour moi. Sept secondes, c’est pour vous.

Sept secondes, sept toutes petites secondes, c’est le temps que vous, recruteurs, chefs d’entreprise, DRH, vous consacrez à ma candidature – disons à mon CV, parce que ma lettre de motivation, la majeure partie du temps, ne sera même pas ouverte.

Une demi-heure, c’est en moyenne le temps que je consacre à chaque candidature. Je sais, on pourrait me dire que c’est n’importe quoi, que ce n’est pourtant pas compliqué de préparer une lettre-type selon le genre d’annonce que j’ai sélectionnée. Sauf que. Sauf que, les grands manitous de la masturbation intellectuelle que sont les cellules diverses et variées d’aide à la recherche d’emploi le serinent à longueur de temps gâché : il FAUT faire des candidatures personnalisées. Il FAUT que le recruteur sente que vous avez pris la peine de vous renseigner (quand le contenu de l’annonce comprend le nom de l’entreprise ou au moins le secteur d’activité). Il FAUT qu’il sente que parmi vos expériences, vous avez pris la peine de mettre en avant seulement celles qui se rapprochent des critères. J’ai conscience de n’être pas la seule à postuler, loin s’en faut. Que je dois me démarquer pour avoir une chance.

Une demi-heure, donc. Pour CHAQUE candidature. Pour chaque FOUTUE candidature.

Et vous, sept secondes. En tout et pour tout. Parce que, à partir du moment où ces sept secondes auront réussi à vous convaincre que je ne suis pas celle qu’il vous faut, je n’existe plus. Pas de réponse. Pas de retour. Rien. Même plus la réponse pré-enregistrée (qui à elle seule, est déjà une forme de mépris). Non. Plus rien. Ce mépris ultime qu’est le silence.

Je sais bien que vos journées sont chargées (vous en avez, de la chance, d’ailleurs, les miennes sont longues comme un jour sans pain, ce qui risque d’ici peu de ne plus être juste une façon de parler). Je sais bien que vous recevez beaucoup de candidatures, que vous ne pouvez pas vous offrir le luxe de consacrer à chacune d’entre elles le temps que les candidats lui ont consacré. Je ne demande pas non plus de miracle, comme par exemple que vous preniez la peine de me répondre pour quelle raison ma candidature ne vous a pas plu. Ce serait bien évidemment l’idéal pour moi, en ce sens où, peut-être, cela me permettrait d’améliorer mes futures réponses aux offres. Non, demander cela, ce serait un peu comme croire au père Noël (mais si vous avez envie de le faire, ne vous en privez surtout pas, pour moi comme pour les autres, hein, je ne voudrais surtout pas contrarier les bonnes volontés).

Je sais tout cela. Mais vous, savez-vous que derrière ces candidatures, il y a des gens ? De vraies personnes, avec de vrais sentiments, et pour la majeure partie d’entre elles, un vrai chômage d’où découlent de vraies emmerdes. Oui, bon, d’accord, vous n’êtes pas des imbéciles, vous savez bien que ce ne sont pas des bots. Disons que c’est là un savoir intellectuel. Mais ce que ça implique, le savez-vous ? Savez-vous ce que provoque votre silence, quand il s’ajoute à tant d’autres silences ?

Ce que cela implique, c’est la plus totale dévalorisation de celui qui se prend tous ces silences en pleine face, jour après jour. Comme les vagues qui rongent une falaise, petit à petit. C’est à peine perceptible. Et un beau jour, tout s’effondre. Sur une dernière vague. Le savez-vous ?

Si je prends mon cas (un peu égocentrique, vous me direz, mais c’est tout de même celui que je connais le mieux), j’ai une excellente culture, une très bonne éducation, je parle trois langues, dont deux couramment, en plus du français que je maîtrise, tant dans son usage que dans son orthographe. J’ai une formation bac + 2. Je connais l’outil informatique, je suis débrouillarde, travailleuse, avide d’apprendre (ce que je fais vite et bien). Le problème ? Le problème, c’est que je mange tous les jours, de la nourriture que je paie, dans un logement que je paie, en utilisant de l’électricité que je paie, de l’eau que je paie, etc. Dépensière que je suis, j’ai donc dû accepter des boulots bien en-deçà de mes capacités. Ce qui éloigne d’autant ma dernière expérience dans le domaine où je souhaite exercer mes talents. J’accuse aussi mes enfants, qui, sans doute poussés par mon exemple de vie payante, en font tout autant, augmentant mes besoins pécuniaires. Notez que si je n’avais pas accepté ces emplois dits dévalorisants, je passerais pour une fainéante. Quoi qu’il en soit, on ne m’appelle ni ne me contacte. Même pas pour me dire que je ne conviens pas, et encore moins pour me dire pourquoi je ne conviens pas.

Les refus, c’est déjà assez difficile. Je ne parle même pas de cet abruti congénital qui m’avait donné rendez-vous pour un entretien supposé d’embauche, et qui en réalité m’a descendue en flamme sitôt entrée dans son bureau. Ce qui lui a, j’avoue, coûté assez cher en terme de répartie de ma part.

Les, donc, refus, c’est difficile. Mais le silence ! Bon sang, le silence ! Ce foutu silence qui tend à me faire penser (pardonnez l’expression) que je ne suis qu’une merde. Une petite merde. Sans intérêt et surtout sans avenir. Juste une toute petite merde que vous avez, petit veinard, réussi à éviter. Que je ne devrais pas m’entêter, que cela ne sert à rien, puisque je ne vaux rien. Une toute petite, toute petite merde.

Voilà ce que provoque votre silence. Une petite mort à chaque fois. Ce silence, nous autres chômeurs, on crève un peu à chaque fois. Vous êtes nos assassins – et vous ne vous en rendez même pas compte. Ce silence, c’est l’équivalent du regard qui se dépêche de se porter ailleurs quand on croise dans la rue quelqu’un qui mendie. Nous sommes des mendiants du travail, et vous regardez ailleurs, comme si nous n’existions pas, comme si notre seul contact souillait votre paysage.

Voilà ce que provoque votre silence.

Voilà.

 

 
 

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