C’est tout moi !

 
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Les Ducon awards – Semaine 1 14 janvier, 2015

Classé dans : Ducon Awards — Barbara @ 14:32

Plutôt que de continuer mon édito hebdomadaire, ce que je lis et entends ça et là depuis le 7 janvier m’incitent à saluer le travail de fond des forçats de la connerie. Tous ces gens qui ont déjà depuis longtemps pour certains touché le fond mais qui creusent encore. Tous ceux qui ont à cœur d’illustrer la citation d’Einstein « deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine ».

Cependant, comme on est toujours le con de quelqu’un, je ne m’estime pas à même de décerner le premier prix : ce sera à vous, dans les commentaires ci-dessous, de donner votre podium. Il y aura certainement des absents dans les dix qui vont vous être proposés : ne vous inquiétez pas, je vais tâcher de renouveler l’expérience. Alors, bien sûr, cette toute première édition des Ducon Awards sera fortement marquée par l’attentat contre Charlie Hebdo. Ce ne sera pas toujours le cas, tant le réservoir de candidats est vaste et productif.

Sont nominés :

1 – Le journal israélien Hamevasser, pour avoir retiré sous photoshop les femmes présentes dans la photo des responsables politiques lors de la marche républicaine du 11 janvier.

2 – Christine Boutin, pour sa contestation des chiffres de ladite marche.

3 – Le Pen père pour avoir appelé à voter pour sa fille pendant les prises d’otages.

4 – Dieudonné, pour son « je me sens Charlie Coulibaly » (sic).

5 – L’ensemble des internautes qui ont déclaré soutenir les terrosristes.

6 – Les auteurs d’attentats islamophobes.

7 – Le Pen fille, pour avoir tenté de remettre sur le tapis la question de la peine de mort.

8 – Les mercantilistes qui vendent des produits dérivés sur « je suis Charlie ».

9 – Ceux qui ont mis des numéros de Charlie Hebdo aux enchères.

10 – Sarkozy, dans « Joe l’incruste ».

Je déclare parrains les membres de la rédaction de Charlie Hebdo, qui ont fait la connerie de mourir alors qu’on a encore besoin d’eux.

A vous de voter.

 

 
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Bon… C’est quoi, la suite ? 11 janvier, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 16:45

Les sujets se télescopent dans ma pov’tite tête. Du coup, je vais essayer de ne pas être trop brouillonne, mais je ne garantis rien… Faudra pas m’en vouloir, hein ? Gardez dans un coin de votre tête que je voulais essayer. Le plus compliqué, c’est de savoir dans quel ordre traiter tout ça.

  •   « Je suis Charlie » : récup’, pas récup’, marketing, propagande ?

Pas évident de répondre à ça. Bon, déjà, de suite, je ne suis même pas sûre de pouvoir me le permettre : je fais partie des « vrais ». Pas de ceux qui ont soudain découvert l’existence de Charlie et qui s’en emparent comme d’un étendard, non. Du coup, j’ai tendance à me dire que je suis plus à l’aise pour brailler « je suis Charlie » dans un rassemblement, pour que tout le monde m’emboîte le pas (ce qui a été le cas, ce matin, à Romans). Oui, bon, clairement, c’est sûr que dans l’énorme masse des gens qui se déclarent solidaires, il n’y en avait pas beaucoup à l’avoir jamais lu, et encore moins, à l’avoir régulièrement acheté. Sans quoi, la rédaction n’aurait pas eu à s’arracher les cheveux à cause des difficultés financières, s’pas. Déjà, si je me montre pragmatico-cynique, je me dis qu’avec le rush des demandes d’abonnement, ils sont tranquilles de ce point de vue pour un petit moment, et ce même une fois que l’élan sera retombé. C’est dégueulasse de dire ça ? Possible. Reste que moi, je trouve que c’est bien pour eux d’avoir cette épine en moins dans le pied – ils ont déjà assez à faire avec tout le reste du bordel. Et puis, quelque part, c’est pour moi un plaisir retors de me dire que l’entrée du bal des faux-culs est payante.

Oui, Charlie était seul, bien seul, dans ses combats. Et c’était tellement inquiétant de voir ce dont il était accusé, alors même que c’était ce qu’il combattait, que, même si l’élan que nous vivons actuellement n’est pas toujours de bon aloi, c’est rassurant ; ça tendrait à dire que tout n’est peut-être pas pourri au royaume du Danemark. Mais évidemment, ça m’emmerde de penser qu’avec une mobilisation, certes moindre, mais tout de même importante quand Charlie a été taxé d’islamophobie (entre autres joyeusetés), on n’en serait peut-être pas là, et que, peut-être, Cabu, Charb et les autres seraient en train de préparer le prochain numéro comme d’habitude. Que les idées défendues n’avaient pas besoin que le sang coule pour être massivement soutenues. Mais si on rentre dans les faut qu’on y’a quà, on n’a pas le cul sorti des ronces.

Oui, ça me fait marrer et gerber tout à la fois de voir que des Poutine et compagnie seront présents ou représentés. Bien sûr. Tous ceux que Charlie a épinglés un jour ou l’autre pour non respect des droits de l’homme, pour malversations, pour tout un tas de raisons. Mais je m’en console en me disant que ça doit les faire chier encore plus que moi de se sentir obligés d’être présents. Notez que c’est peut-être parce qu’on se console comme on peut que cette idée me vient. J’sais pas, et j’m'en fous, au fond. Et puis, n’y a-t-il pas une chanson qui dit « si tous les cons pouvaient se donner la main » ?

Je crois que le plus important, ce n’est pas la réaction des gens « en vue ». C’est celle du peuple, ici, ailleurs, partout ou presque. Nous sommes en deuil. Moins, infiniment moins que ceux qui ont été touchés dans leur chair. Je ne compare évidemment pas mon ressenti à celui que doivent avoir la famille et les amis des membres de Charlie, du technicien, des policiers, des otages de l’hyper. Mais c’est un deuil tout de même. Et un deuil doit se faire, s’exprimer. Chacun semble se sentir un peu orphelin, c’est en tout cas l’impression que j’ai eue dans les rassemblements auxquels je me suis rendue, et dans ceux que j’ai vus aux infos. Et surtout, surtout, il y a ce sentiment, qui arrive tard, certes, mais qui a le mérite d’exister, que ce que défend Charlie est précieux, que c’est à nous, à nous tous, qu’on n’a pas le droit de nous le prendre. Dommage, en effet, que ce sentiment ait attendu qu’on essaie de nous arracher ces valeurs essentielles que sont la laïcité, l’anti-racisme, la liberté de presse et d’opinion.

Alors, à la limite, récup’, marketing ou autre, je m’en bats l’œil avec une babouche taille 42. Le deuil, c’est personnel. Reste que ça fait du bien de se sentir accompagné. Et j’espère que malgré ce que cela peut avoir de pesant (je suis persuadée que ça doit l’être) pour les survivants de Charlie, cela les aidera aussi à affronter les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois. Parce que, d’accord, nous sommes tous en deuil à des degrés divers, mais nous, les anonymes, nous sommes exemptés de ce qui demeure le plus difficile : continuer. Nous n’avons pas à faire preuve de la somme de courage que cela représente.

Il y a ça et là des appels à boycotter la marche d’union républicaine. Pas d’accord ; ça revient à offrir cette manifestation aux représentants des états et des partis. Que représentent-ils, dans la foule massée ? Que d’. Peanuts. De la roupie de sansonnet.

Ces rassemblements, ils sont à nous, pas à eux. Charlie est à nous, pas à eux. La revendication de notre liberté, elle est à nous, et pas à eux.
Refuser cette manif’, c’est les laisser tout récupérer. Je ne suis pas d’accord avec ça. J’ai 22 ans de Charlie derrière moi, c’est largement suffisant pour savoir que résister, ça commence par le fait d’ouvrir sa gueule. Plus fort que ceux contre lesquels on résiste. On le sait, qu’ils récupèrent, on n’est pas dupe : c’est la base de leur boulot. Pour autant, hors de question de leur laisser récupérer ça. C’est à nous. On les tolère, et c’est déjà beaucoup.
  • A saluer :

L’incroyable courage dont Patrick Pelloux a fait preuve, de faire le tour des media, pour prendre la parole, et ainsi veiller à ce que l’image et les valeurs de Charlie soient respectées. Pour éviter, je le cite « qu’on dise des bêtises ». Il est resté debout alors même qu’on le sentait à chaque seconde sur le point de s’effondrer, alors qu’on sentait la ténuité du fil sur lequel il marchait, au bord du gouffre. Il l’a fait, dit-il, parce que les autres ne se sentaient pas la force de le faire. Il l’a fait alors même qu’il donne l’impression de ne jamais pouvoir se pardonner de n’avoir pas pu tous les sauver, lui qui a été sur place dans les premières minutes. Il a parlé, hébété; assommé, ivre de douleur. Je ne parviens même pas à réaliser ce que ça a pu lui coûter. C’est au-delà des mots. Il y en a d’autres qui ont pris la parole, et mon dieu que ça semblait dur. J’espère qu’avec le temps, le fait d’être intervenus en protégeant les autres leur permettra de se sentir un peu (un tout petit peu, sans doute) mieux. Que ça les aide à tout surmonter.

  • Et après ?

Après ? Je suis partagée. Mon côté idéaliste se prend à rêver que l’élan actuel va perdurer, moindre, mais toujours présent, qu’enfin on va avancer dans l’amélioration de notre société, que les valeurs humanistes vont retrouver leurs racines. Mon côté cynique pense à un soufflé qui va retomber jusqu’au prochain drame. C’est tout sauf évident, de jongler avec ces ambivalences. Même en moi, il y en a eu, ces jours-ci, des choses dont je ne suis pas fière. Je suis allée jusqu’à souhaiter que les salopards qui ont fait ça poussent les forces de l’ordre à les abattre comme des chiens. C’est tellement loin de moi que j’en étais malade de penser ça. Malade jusqu’à la nausée. Et je leur en veux, non seulement d’avoir tué ces gens, mais aussi d’avoir insufflé de la haine en moi. Moi qui n’avais jamais souhaité la mort de personne. C’est une virginité que j’aurais préféré garder.

Après, donc… Que faire après ça.

Il faudra, une fois le soufflé retombé, rester vigilants. Après le deuil, après le choc, après cette sensation d’irréalité, viendra le temps de la colère. Nous devrons la surveiller, cette colère, la dompter et l’atteler à notre charrette, pour qu’elle nous aide à avancer, sans pouvoir nous nuire. Transformer le brasier stérile en tisons. Ne pas tomber dans le filet des vilaines sirènes qui nous guettent. Conserver de cet élan commun l’idée, le souvenir, qu’ensemble, nous sommes forts, que nous pouvons être unis, que nous sommes le nombre, et que c’est le nombre qui détient la puissance, et qui peut faire bouger les lignes.

Surtout, surtout, même si on en vient à oublier tout le reste, n’oublions jamais qu’en ce moment, nous sommes ensemble.

N’oublions pas, non plus, que ceux qui se battent ne devraient jamais se retrouver seuls. Que Charlie n’aurait pas dû attendre que le sang coule dans ses murs pour rassembler. Que le poing fermé ne sert pas qu’à être foutu dans la gueule de « l’autre », mais qu’il sert aussi, brandi bien haut, à bout de bras, à montrer qu’on est là, qu’on se bat, qu’on refuse la barbarie et tout ce qui va à l’encontre des valeurs humanistes.

N’oublions pas qu’il y a des solutions à trouver ; que nous sommes devant une guerre inédite, sans autre frontière que celle qui sépare la barbarie de l’altruisme.

Après ? Je sais pas. Juste vous conseiller de continuer à acheter Charlie, mais aussi le Canard, et toutes ces revues satiriques. A notre niveau, on ne peut pas faire grand chose, individuellement : mais ça, on peut le faire. Parce qu’un pays sans satire, c’est un pays mort.

PS : et puis, arrêtez avec ces minutes de silence. Le silence, ça tue. Le silence, c’est le bruit de la mort. Faites du bruit, bordel.

 

 
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J’t'emmerde 9 janvier, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 11:05

Si tu penses que le seul fait de ne pas être d’accord avec toi mérite la mort ;

Si tu trouves que l’attentat contre Charlie Hebdo, « c’est bien fait pour leur gueule, ils l’avaient bien cherché » ;

Si tu penses que tout de même, ils auraient dû se montrer prudents, et lever le crayon ;

Si tu penses que ta religion est supérieure aux autres, que ceux qui n’ont pas la même, et pire, ceux qui n’ont pas de religion du tout méritent la servitude ou la mort ;

Si tu penses que c’est l’occasion rêvée de taper sur les Arabes, sans distinction ;

Si tu penses que c’est l’occasion rêvée de reparler de la peine de mort ;

Si tu t’appelles Marine Le Pen, disons-le franchement ;

Si tu penses que tout ça n’est pas si grave ;

Si tu penses qu’on n’est pas tous dans le même bain, vu que dans ta vie, tout va bien ;

Si tu penses qu’on devrait fermer notre gueule ;

Si tu penses que ça ne nous regarde pas ;

Si tu ignores que quand on veut asservir un peuple, la liberté de la presse et celle d’opinion sont les premières visées ;

Si tu dis, comme Chirac en son temps, que Charlie n’aurait pas dû jeter de l’huile sur le feu ;

Si tu essaies de jeter la division dans ces heures de communion laïque ;

Si tu penses que ton opinion (et même si c’est la même que la mienne) te rend supérieur aux autres ;

Si tu penses qu’ils ont réussi à tuer Charlie ;

Si tu ne comprends pas qu’au lieu de nous mettre à genoux, nous sommes tous debout, enfin debout ;

Si tu ne comprends pas que pour tuer la liberté, il faudrait supprimer tous ceux qui l’ont, et ceux qui en rêvent et que c’est pour ça que c’est impossible ;

Si tu ne comprends pas quelle perte nous avons subie, quelle douleur en découle ;

Si tu ne comprends pas pourquoi, depuis deux jours, on a la gueule de bois, la nausée, l’impression d’un mauvais trip ;

Si tu ne comprends pas que maintenant, tout est question de camps, puisqu’on vient de nous mettre dans l’obligation de choisir le nôtre ;

Si tu ne comprends pas qu’avec toi, qui as choisi celui de la terreur, ou de son simple soutien, entier ou tacite, l’heure n’est plus au dialogue ou au raisonnement ;

Si tu ne comprends pas que l’heure sera toujours au dialogue et au raisonnement avec ceux qui partagent ta foi mais pas tes actes ;

Si tu ne comprends pas que nous avons encore plus l’envie d’éduquer nos enfants pour que ta merde démagogique ne prenne pas racine en eux, que cette merde dise de tuer au nom de dieu, ou qu’elle dise « la France aux Français » ;

Si tu ne comprends pas que tu as d’ores et déjà perdu, parce qu’on refuse la peur que tu cherches à semer en nous ;

Si tu ne comprends pas que tu as d’ores et déjà perdu, parce qu’on refuse la haine que tu cherches à semer en nous sur le terreau des actes barbares ;

Si tu penses que seuls les « vrais » lecteurs de Charlie ont le droit de dire « je suis Charlie », et que les autres soutiens sont moins légitimes que nous ;

Si tu te sens visé par ces mots, et si tu as envie de me les remettre en gorge… J’t'emmerde. Et pas qu’un peu. Et pour longtemps.

PS à ce texte écrit hier : un PS parce que je n’ai pas envie de faire un article sur ça et rajouter de la polémique à la polémique. Je me souviens, il y a quelques années, d’avoir signé, fait circuler, fait signer et envoyé une pétition proposée par Charlie et visant à demander l’interdiction du FN, en s’appuyant sur des textes de lois concernant les partis politiques et des exemples précis démontrant que ces textes étaient bafoués. Non, le FN n’a rien à foutre de façon officielle dans la manifestation de dimanche. Non, il n’est pas question d’y inviter le FN. Ce serait, je le pense du fond de mes tripes, une façon éhontée de cracher à la gueule de ceux qui ont été exécutés. Ce serait aller à l’encontre de l’un de leurs combats. Parce que Charlie luttait contre les extrêmes haineux, aussi bien les extrémistes religieux de tout poil que l’extrême droite. Alors, non, on n’a pas à les inviter. Mais parce que Charlie, c’était aussi un message de tolérance et de liberté, si des membres du FN veulent participer à cette manifestation (ce dont ils ne doivent pas avoir franchement envie, d’où leur rapidité à se poser en Caliméro pas invité), qu’ils viennent, et qu’on se pousse un peu pour leur faire de la place.

On ne peut pas dire, écrire, crier « je suis Charlie » et ne pas respecter leurs idées dans le cadre de cette manifestation ; on peut utiliser ce slogan et dire qu’on n’est pas d’accord avec eux, avec leur façon de faire, avec leur combat, mais au moins, on doit respecter ces idées qui leur ont coûté la vie. Au moins lors de cette manifestation. Au moins. S’il vous plaît.

 

 
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Je suis Charlie 7 janvier, 2015

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 21:18

C’est con, c’est débile, même, de passer la journée entre boule dans la gorge et larmes sur les joues, pour des gens qu’on n’a jamais vus « en vrai », des gens qui ne nous connaissent pas. Ouais.

 

Sauf que.

 

Sauf que Cabu, c’est le grand frère, le tonton, c’est le Cabu du nez de Dorothée, découvert dans Récréa2, pour les gens de mon âge. C’est dire s’il s’était bien enraciné dans mon enfance.

Sauf que Charlie, ça fait un bail que je le lis, même si j’avoue avoir connu une période de désamour à l’époque où Val partait un peu en quenouille – à mon sens, en tout cas. J’en tire d’ailleurs ce jour un pincement de culpabilité, comme si je les avais trompés en achetant un peu moins souvent mon hebdo.

Sauf que le jour où (et je n’en avais pas l’intention) un François Hollande en campagne présidentielle m’avait serré la paluche, j’étais dans la salle d’attente de l’hôpital, en face d’un fan du FN un peu énervé, et que pour l’agacer, je lisais mon Charlie ostensiblement. C’est d’ailleurs en voyant mon Charlie que Hollande s’était rué (mollement, mais rué quand même) vers mon fils et moi pour nous serrer (mollement aussi) la paluche.

Sauf que quand on lit un journal pendant une paire de décennies, on finit par se prendre de tendresse pour ceux qui le font vivre. Tonton Bernard, qui aurait presque réussi (l’enfoiré) à me faire aimer l’économie. Charb, qui prenait à peu près autant de gants avec les cons de tous bords que Poutine en prend avec les Tchétchènes. Wolinski ? Si je commence sur Wolinski, dans deux jours, j’en serai encore à pondre cet article. Honoré, sobre, redoutablement efficace. Et par là-dessus, Cavanna, qui doit sacrément regretter d’être bêtement mort de maladie au lieu de le faire avec ses potes, en disant « j’t'emmerde » jusqu’au bout.

Il y a eu un rassemblement sur le parvis des Droits de l’homme, tout à l’heure, à Romans. Beaucoup de monde, beaucoup de silence. Une prise de parole par l’ancien maire, où l’absence de préparation était sensible (et heureusement), une autre par un anonyme de 37 ans, qui a semblé au début intimidé par le fait qu’il était rebeu et que son intervention pourrait être mal vue (ce qui, heureusement, là aussi, n’a pas été le cas). Et une troisième par moi, parce que les mots montaient tellement dans ma gorge depuis quelques heures qu’ils m’étranglaient. D’ailleurs, je n’ai pas réussi à tous les sortir. Juste : « on est tous Charlie, ce soir ! Parce que dans le pays des Lumières, un dessin ne vaut pas une balle ! ». J’avais prévu de rappeler la devise de notre pays, et d’entonner la Marseillaise, avant qu’elle ne soit récupérée et prise en otage, mais je n’arrivais plus à parler.

Et cette envie de vomir, on en parle ? Celle provoquée par des propos haineux, du genre « ah ben depuis le temps qu’ils cherchaient, c’est bien fait pour leur gueule ». Bien fait pour leur gueule ? Exécutés, assassinés, pour un dessin, pour un texte ? CONNARDS ! Bande de haineux décérébrés. Vous ne la sentez pas, la manipulation, bien au fond de votre anus ? Vous êtes assez cons pour penser que ces gens-là tuent pour défendre votre dieu ? Ils font ça pour que VOUS soyez rejetés. Pour que la colère se tourne contre VOUS, parce qu’eux prennent la peine de se mettre à l’abri. Et quand, selon leur plan, VOUS en aurez pris plein la gueule, VOUS vous tournerez vers eux. Voilà ce qu’ils visent. Et, sachant que l’extrême droite va se faire un plaisir d’utiliser cet attentat commis par une poignée de malades, extrémistes eux aussi, si ça se trouve, ça va marcher.

Parents, éduquez. Apprenez à vos enfants à ne pas regarder le doigt quand on leur montre la lune. Parents musulmans, apprenez-leur à ne pas se laisser manipuler par les fous de dieu. Apprenez-leur à être des hommes et des femmes libres. Votre religion, la vraie, ce n’est pas celle des jihadistes. Parents non musulmans, apprenez aux vôtres que tous les musulmans ne sont pas à mettre dans le même sac. Personnellement, j’aurais même tendance à vous conseiller, à tous, de leur apprendre qu’une religion, c’est de la merde… Mais ça, c’est juste parce que je suis rien qu’une sale agnostique. Ah, et pendant que vous en êtes à éduquer les enfants, éduquez-vous aussi, ça ne fait jamais de mal, quel que soit l’âge.

Quand on regarde les événements un peu rapidement, on peut se dire qu’aujourd’hui, les extrêmes malsains ont gagné – les jihadistes qui ont tué, les racistes qui vont exploiter cet acte. Avec du recul, je ne pense pas que la victoire soit de leur côté. Qui était visé, au fond, en tirant sur les gars de Charlie ? La liberté. Mais c’est foutrement dur à tuer, la liberté. Parce que c’est une espèce de virus résistant aux traitements – aux pires traitements. Pour tuer la liberté, il faudrait tuer tous ceux qui l’ont, et tous ceux qui la désirent. Autant dire que ça en fait, du monde. Ils ont tué Charlie ? Nope. Ils l’ont blessé. Salement, même. Mais pas tué.

L’insolence n’est pas morte. L’impertinence n’est pas morte. L’information n’est pas morte. L’humour n’est pas mort. Et il ne tient qu’à nous, à nous tous, par l’intelligence de nos réactions, de réduire à néant l’action de ces barbares. A nous de rester debout, et de refuser de vivre dans la peur.

N’empêche… Charlie m’a souvent fait rire. Agacée, parfois. Fait réfléchir, régulièrement. M’a appris des choses, tout aussi souvent. A fait naître en moi des révoltes. Mais là, pour la première fois, Charlie m’a fait pleurer.

 

 
 

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