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Objectif : Dieppe 2 septembre, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 16:44

Paru dans la revue « Noir et Blanc », n° 1173, août 1967

 

Il y a 25 ans, des Canadiens mouraient sur le sol de France.

 

Il y a tout juste un quart de siècle, le 19 août 1942, Dieppe était le théâtre d’un audacieux coup de main qui devait se terminer en catastrophe. Bilan : 1.200 tués, 2.700 prisonniers, une quantité énorme de matériel détruit ou abandonné. Pourtant l’héroïsme des combattants – des Canadiens pour la plupart – ne devait pas rester inutile. Les leçons de l’opération « Jubilee » contribuèrent grandement à la réussite d’un autre débarquement, décisif celui-là, qui eut lieu deux ans plus tard, le 6 juin 1944, en Normandie.

C’est à René Goujon, vétéran des commandos français engagés dans le raid de Dieppe, que Noir et Blanc a demandé de retracer cette dramatique journée.

19 août 1942 : au large de Berneval, une violente canonnade réveille les habitants de la région dieppoise. A cinq heures du matin, plusieurs vagues de bombardiers légers « Hurcane » et de chasseurs « spitfire » piquent sur les batteries côtières. A quelques encablures des plages de galets, des flottilles de « landing crafts » (péniches de débarquement) foncent vers la côte sous la protection de destroyers et de chasseurs de sous-marins de la France Libre. L’opération Jubilee vient de commencer…

Mais pourquoi ce débarquement et pourquoi Dieppe ? La réussit des raids sur Sanit-Nazaire et sur les îles Lofoten en Norvège (où les commandos de Lord Lovat avaient détruit sans pertes les installations ennemies), l’insistance de Staline pour l’ouverture d’un second front à l’ouest, et enfin le désir de Mackenzie King, Premier ministre canadien, de voir employer ses troupes à autre chose que la défense des îles britanniques, incitèrent Churchill et les chefs alliés à envisager une action d’envergure sur les côtes françaises.

Une liste de sept ports fut établie et soumise à Lord Mountbatten, chef des opérations combinées, et à Montgomery. Dieppe ne figurait pas sur cette liste. C’est un conseiller naval de Mountbatten qui proposa : « afin de ne pas dépasser le rayon d’action de nos chasseurs, prenons la route que suivent les Anglais en temps de paix : Newhaven-Dieppe. La distance est de moins de 70 miles. »

Mais personne ne songea à la nature inhospitalière des côtes dieppoises, avec ses falaises en surplomb, faciles à défendre et, le 4 avril 1942, la proposition d’Hugues Hallet était acceptée.

Mountbatten et Hallet déconseillaient l’attaque frontale du port de Dieppe, fortement défendu, et proposaient une offensive en pinces par Berneval, à l’est, et Varengeville, à l’ouest, qui permettrait de prendre Dieppe à revers.

Montgomery, quant à lui, préconisait l’assaut frontal. Il fallait faire vite, frapper fort. Des attaques latérales feraient perdre du temps. Le gros des forces appuyé par des tanks jaillirait de la mer, face à Dieppe, « comme un poing ganté de fer ». Naturellement, quelques actions de commandos seraient utiles sur les ailes, ne fût-ce que pour éliminer les batteries qui pourraient tirer sur la flotte de débarquement.

UN PLAN EN SEPT POINTS

Mountbatten et son conseiller étaient des marins ; Montgomery représentait la toute puissante armée ; ce fut sa thèse qui l’emporta…

Il est toutefois intéressant, pour comprendre la suite des événements, d’examiner quelques instants le premier plan proposé par Hallet :

1. L’heure H serait fixée rente minutes après l’aube.

2. Les attaques latérales sur Pourville et Puits s’effectueraient au moment où un bataillon de parachutistes sauterait sur les batteries lourdes de Berneval et Varengeville.

3. Des troupes amenées par planeurs débarqueraient en arrière de Dieppe, vers Arques, où, supposait-on, devait se trouver le principal poste de commandement ennemi. Ces troupes appuieraient une tentative de prise du terrain d’aviation de Saint-Aubin, à 6,5 km de Dieppe.

4. Des groupes indépendants de parachutistes sauteraient en arrière du port pour s’occuper des batteries mobiles.

5. Des bombardements à haute et basse altitude seraient effectués sur la ville et le front de mer, au moment des débarquements initiaux.

6. Trente chars descendraient à terre dans les quinze minutes suivant le début de l’assaut ; les autres dans les vingt minutes suivantes. Des chars seraient également mis à terre à Pourville.

7. Le réembarquement commencerait après l’heure H, et s’achèverait avant la tombée de la nuit.

DE LA CRITIQUE AU SUICIDE

Point par point, ce plan fut critiqué, démantelé. Tout d’abord, il fut décidé d’abandonner l’emploi des parachutistes et des troupes aéroportées. En raison des conditions atmosphériques exceptionnellement bonnes requises pour ce genre d’opérations, des commandos amenés par mer se chargeraient du travail sur Berneval et Varengeville. Mais, du même coup, on abandonnait les interventions sur Arques et Saint-Aubin. Ensuite, on supprima les bombardements préliminaires, à risques, Harris, grand maître du « bomber command », préférant conserver ses bombardiers pour harceler l’industrie lourde nazie. Seule la chasse de Leigh Mallory participerait à l’opération. « Peut-on au moins nous accorder la puissance de feu des croiseurs de la Royal Navy ? » demanda alors Mountbatten. « Pas question, la Manche est tenue par la flotte allemande, nous ne risquerons pas nos croiseurs. Vous aurez six destroyers et quelques navires français ».

Or, les canons des destroyers n’atteignaient pas la moitié de la portée et du calibre des batteries côtières de l’ennemi ! Le raid sur Dieppe, qui à l’origine pouvait être une opération rentable, devenait une opération suicide.

7.000 HOMMES AU SECRET

Cependant que controverses et critiques divisaient les Etats-Majors, la préparation du raid allait bon train. Les effectifs étaient prévus, les troupes désignées.

Montgomery décida que la deuxième division canadienne fournirait l’infanterie et les tanks, que les Commandos N0 3 et 4 seraient le « fer de lance » de l’opération, et qu’au sein de ces commandos seraient répartis 50 Rangers américains et 18 fusilliers marins de Philippe Kieffer. L’opération prit pour nom de code « Rutter ».

Sept mille hommes furent placés au secret le plus absolu. D’énormes quantités de matériel, d’armes et de munitions furent amassées. Plusieurs répétitions furent exécutées, avec des fortunes diverses. Enfin, le 8 juillet, Montgomery annonça que l’expédition était définitivement… Abandonnée. Les troupes rentrèrent dans leur cantonnement du Sussex, après avoir promis de garder le secret. L’opération « Rutter » était morte et enterrée.

Elle ressuscita huit jours plus tard, sous le nom de « Jubilee ». Mêmes plans, mêmes troupes, même objectif ! Seul le chef de l’opération – et aussi le nom de code – avait changé. Désormais, c’était le général Ham Roberts, de l’armée canadienne, qui commanderait.

5 h 20. Le débarquement s’effectue en huit points différents, allant de Berneval à Sainte-Marguerite. Près de sept mille hommes s’apprêtent à fouler le sol français.

A Berneval, la moitié des hommes du Commando n°3 sont décimés avant d’avoir pu seulement mettre pied à terre. Seul un petit groupe, commandé par le major Young, peut escalader la falaise de Belleville où l’ennemi l’attend. Après deux heures de fusillade, Young n’a plus d’autre ressource que de revenir sur la plage, tandis que le reste du commando doit se rendre à un ennemi très supérieur en nombre.

DEUX HEURES DE MASSACRE

A Pupits, à la suite d’une fausse manœuvre de la flottille, le débarquement est retardé et s’effectue au jour naissant. Les hommes du Régiment royal de Toronto s’élancent sur la plage comme à l’exercice. Pris d’entrée sous le feu croisé des mitrailleuses installées de part et d’autre de la Valleuse, ils sont tous tués ou faits prisonniers après deux heures de combat. Cet échec aura des conséquences graves pour la suite des opérations, car la batterie allemande que les soldats canadiens avaient pour mission de détruire balaiera le front de mer de Dieppe sans interruption.

A l’ouest, devant Sainte-Marguerite, entre Quiberville et la pointe d’Ailly, le Commando n°4 a plus de chance. Les hommes du colonel Lord Lovat débarquent sans ennui et foncent vers l’intérieur des terres, pendant qu’un autre groupe, sous les ordres du major Mills-Robert, met pied à terre à la gorge de Vesterival, et se dirige tout droit sur la batterie 813, forte de six canons de 150 mm. La batterie est enlevée conjointement par les hommes de Lovat et de Mills-Robert. Ce sera le seul vrai accès enregistré par les assaillants dans toute la journée.

A Pourville, la chance semble d’abord sourire aux Canadiens des régiments South Saskatchewan et Queen’s Own Cameron Highlanders. Les premiers Allemands qu’ils font prisonniers sont surpris au lit ! Malheureusement, les renforts ennemis ne tardent pas à arriver et, malgré leur bravoure et leur intrépidité, les Canadiens ne parviennent pas à enlever les objectifs qui leur ont été assignés. Au milieu de l’après-midi, un petit groupe de survivants est fait prisonnier après avoir épuisé toutes ses munitions.

Mais, ne l’oublions pas, c’est à Dieppe que doit se produire l’attaque principale.

UN SEUL RESCAPE !

A 5h20, les destroyers anglais ouvrent le feu sur la ville. A bord du HMS « Colpe » sont réunis les deux chefs de l’expédition : le général Ham Roberts, commandant la 2ème Division canadienne et le commandant Hugues Hallet. Par vagues successives, les bombardiers légers couvrent le débarquement du Royal Hamilton Light Infantry et de l’Essex Scottish, deux régiments canadiens. Au prix d’énormes pertes, les deux unités réussissent à prendre pied sur la plage de galets en face de la manufacture des tabacs et du casino. Il leur faut cinquante terribles minutes pour traverser la plage.

A 7h12, le casino est partiellement occupé, mais les Canadiens, épuisés et décimés, doivent l’abandonner un peu plus tard. A 11 heures, ces deux régiments d’élite ont perdu huit cents hommes…

Pourtant, dès 7 heures, vingt-huit chars « Churchill » armés de canons de six pouces avaient été débarqués. Mais, pris sous un feu intense et gênés par les galets qui bloquaient leurs chenilles, ils avaient été détruits les uns après les autres. un seul parviendra à atteindre la rue de Sygogne, derrière le front de mer, et se sacrifiera pour protéger le réembarquement en fin de matinée. De tous les équipages des tanks du Calgary Regiment, un seul homme retournera en Angleterre !

LE DESASTRE EST TOTAL

Maintenant, l’expédition tourne au désastre. Et, comme pour parachever le drame, l’état-major, trompé par de mauvaises communications radio, décide d’envoyer des renforts à terre !

C’est d’abord le Régiment Mont Royal, composé de Canadiens français. Déporté par le courant jusque sous les falaises ouest, décimé par le feu ennemi, il est cloué sur place malgré toute sa bravoure.

Une deuxième unité de renfort, les fusiliers-marins du colonel Philips, n’est sauvée que d’extrême justesse par la clairvoyance de son chef. A travers l’écran de fumée, il aperçoit soudain la plage où ses hommes et lui-même doivent débarquer : elle est couverte de cadavres et de matériel détruit. Estimant le sacrifice inutile, le colonel ordonne à la flottille de faire demi-tour.

Vers 11 heures, grâce à l’héroïsme des marins anglais, quelques centaines d’hommes sont évacués de l’enfer de Dieppe. A 13 heures, les combats cessent à terre. Tous ceux qui n’ont pas été tués ont dû, à bout de munitions, se rendre aux Allemands.

Les pertes sont cruelles : douze cents tués, deux mille sept cents prisonniers et des centaines de blessés. La magnifique Deuxième division canadienne a cessé d’exister. Trente-quatre navires de la flottille, dont le destroyer « Berkeley », ont été coulés ou détruits. L’ennemi, lui, n’a perdu que six cents hommes !

Une question se pose : pourquoi l’opération fut-elle un aussi sanglant échec ? Il y eut, bien sûr, un mauvais choix du terrain d’action. Dieppe, nous l’avons dit, était un site naturellement impropre à un raid de ce genre. Il y eut aussi les divergences d’états-majors et la faiblesse des moyens de couverture (aviation et flotte). En outre, un facteur important avait été négligé par le haut-commandement : les capacités du major général allemand Kurt Haase, chef du dispositif Dieppe-Le Tréport.

Haase ne pensait pas que les Anglais seraient assez fous pour attaquer de front les ports fortement défendus comme Le Tréport ou Dieppe. En conséquence, il décida de pousser au maximum l’armement des falaises surplombant ces ports, de manière à écraser toute tentative d’attaque indirecte sous un déluge de fer et de feu. En janvier, février et mars 1942, les falaises de Dieppe furent aménagées en centres puissamment fortifiés. Sur le sommet, des pièces de gros calibres furent installées. Chaque grotte, chaque trou reçut son lot de mitrailleuse ou de canons anti-chars. Le 10 mars, un ordre du général allemand nommait le secteur « Forteresse de Dieppe » et ses hommes étaient mis en état d’alerte permanente.

TACTIQUES OPPOSEES

Trois mille hommes étaient en place, six mille autres en réserve, avec une compagnie de chars. En outre, Haase pouvait compter sur la 10ème division de Panzers stationnée à Amiens.

Le 29 juin, Hitler, averti d’un grand rassemblement de bateaux sur la côte sud de l’Angleterre, décida de renforcer encore les défenses côtières les plus proches des Iles britanniques. Le front de mer se couvrit de blockhaus et de barbelés : quatorze

 

 
 

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