C’est tout moi !

 

6 Juin2014 15 juin, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 15:22

Deux sentiments très différents se sont imposés à moi lorsque j’ai su que, pour la première fois depuis 70 ans, la cérémonie internationale du 6 juin se déroulerait à Ouistreham, la plage de nos 177. Fierté et angoisse.

Fierté, parce que – ainsi que je crois l’avoir un tout petit peu fait sentir dans de précédents articles – parce que, donc, il était grand temps qu’enfin, le monde se souvienne de Ouistreham et des Français qui y étaient, aux côtés des Britanniques. Bon, je ne vais pas rentrer dans les détails sur ce point qui me rend particulièrement chatouilleuse, sans quoi je vais dévier du but initial du présent article. Donc, fierté.

Angoisse, parce que je l’ai appris de retour de l’Aveyron, et qu’en me renseignant aussi sec, j’ai réalisé que j’avais dépassé de deux jours la date butoir pour faire les demandes nécessaires, et qu’on risquait par conséquent de ne pas pouvoir nous y rendre (avec ce bémol que je n’envisageais pas une seule seconde d’échouer, on est fille de commando ou on ne l’est pas, hein).

Et je dois dire que deux sentiments antagonistes continuent à se faire sentir tandis que j’écris ceci, une semaine après, suite à ce que nous avons vécu dans cette cérémonie, et aussi suite à un debriefing téléphonique avec deux autres « enfants de ».

Il y a l’amertume ressentie après avoir été laissés de côté par les officiels chargés de contacter les familles. Parce que, voyez-vous, certaines rancœurs perdurent, et les « détenteurs » des contacts écartent sciemment, délibérément, une partie d’entre elles, sous prétexte qu’il y a eu bisbille par le passé entre des commandos. Je ne m’étalerai pas là-dessus. Non pas parce que je n’en ai pas envie, ni parce que je n’en ressens aucune colère, mais surtout parce qu’il est temps, je pense, de faire passer le devoir de mémoire que j’estime être le nôtre devant un héritage de rancune. Je suis en âge de choisir mes héritages, et j’aime autant refuser ceux qui sont chargés négativement.

Il y a eu ce ressenti déplaisant, à notre arrivée, d’être menés comme des veaux à l’abattoir, parqués dans des tribunes, à se faire brailler dessus par un cerbère en jupon très « reine caca de la montagne de merde » parce que le monsieur qui nous avait dit où nous rendre s’était trompé de tribune. Encore que, sauf à titre d’humaine, je ne partais pas du principe que cette femme me devait du respect, mais il y avait avec nous des vétérans, des hommes médaillés. Et puis, si, merde, après tout, à moi aussi, elle me devait du respect, ainsi qu’à ma sœur, ne serait-ce que parce qu’elle ne savait pas, et n’a pas cherché à savoir qui nous étions quand elle nous a gueulé dessus comme sur des sous-merdes ! Après tout, nous aurions pu être des personnes d’importance (oui, bon, ce n’est pas le cas, mais elle n’en savait rien).

Sur chaque tribune, des drapeaux, indiquant qui allait où. Drapeaux américains, anglais, norvégiens, hollandais, et autres. Tout sauf des drapeaux français (même si j’ai dit en montrant un drapeau hollandais « ah ben si, regardez, il est juste tombé, notre drapeau ! », mais ça, c’est parce que je ne peux pas m’empêcher de plaisanter, surtout quand j’ai le cœur gros).

Et puis, c’est vrai, après tout, hein, ça représente quoi, 177 gaillards, par-rapport aux autres ? Les membres français du N°4 Commando, les résistants, les marins qui étaient au large pour les bombardements, ça ne représente pas grand-chose. Juste le prix de l’honneur, pour la France. Pas de quoi en faire un flan, hein.

Il y a eu la joie d’aller saluer Rossey et Morel, et la déception d’avoir manqué Masson et surtout Faure, qui avait eu la gentillesse de préfacer le livre de mon père, et que je n’ai jamais eu le plaisir de rencontrer.

Il y avait la fierté d’arborer des t-shirts commandés pour l’occasion, avec devant, la photo de notre père et son nom, et dans le dos, cette phrase « mon père, ce héros (parmi tant d’autres…) ». Lequel t-shirt a fait sensation, mais j’y reviendrai.

Il y a eu la déplaisante surprise d’apprendre que nous ne pouvions pas manger sur place, mais sans en avoir été prévenues, sachant que nous en avions pour quasiment la journée – gloire et remerciement pour nos gentils voisins de tribune, Marc et Nadine Caliaros, le premier ayant été « l’homme du ravitaillement » qui a tenté une sortie en ville et nous a ramené de quoi nous sustenter.

Il y a eu l’émotion de voir la réaction des bérets verts. Non pas « les nôtres », mais les autres, ceux des amicales de Lorient, Toulon et autres. L’un d’entre eux, se promenant dans la tribune, a repéré – et de loin !- le fameux t-shirt et nous a accostées, puis littéralement kidnappées (gentiment, hein) pour que nous allions nous assoir auprès d’eux. Et je dois dire que c’était vraiment sympa d’être au milieu de ces joyeux drilles. D’ailleurs, en toute modestie, notre tribune était LA tribune de l’ambiance, celle d’où partaient les applaudissements. Amusante, la réaction de notre ravitailleur, qui n’avait pas réalisé que nous étions filles de, et qui du coup, a regretté de nous avoir fait payer nos sandwiches – qui a même parlé de nous les rembourser !

Émotion aussi lors du discours de François Hollande, discours fort bien écrit et bien déclamé, aussi. Un tonnerre d’applaudissements, évidemment, est parti de notre tribune – et a contaminé les autres – lorsqu’il a parlé de « nos » commandos. Mais le plus fort de toute la cérémonie, à mon sens, a été le ban d’honneur que nous avons fait à tous les vétérans présents quand ils sont apparus, un par un, sur les écrans géants disposés sur la plage. Un long, très long, applaudissement, tout le monde debout, à taper dans ses mains jusqu’à en avoir mal aux bras, et bon sang, que c’était bon, cette émotion sur leur visage ! Applaudissement hélas interrompu par une sonnerie aux morts arrivée trop tôt, sans nous avoir laissé le temps de saluer ceux qui n’avaient pas encore été montrés.

Inquiétude de voir les vétérans, au premier rang des tribunes, en plein soleil (hé, les gars, vous avez remarqué qu’ils ne sont plus très jeunes, et que les laisser en plein soleil, ce n’est pas forcément une bonne chose ?).

Et il y a eu ce que nous ne pouvions pas voir, de notre place, ce que je ressors du debriefing avec les autres enfants de. N’ayant pas eu la présence d’esprit de leur demander la permission avant de rédiger cet article, je ne les citerai pas, question de politesse et de respect.

Vu sur place par une fille de : grosse inquiétude pour « nos » vétérans. Une marée humaine autour d’eux, des gens prêts à tout ou presque, en tout cas quasi prêts à les étouffer pour les prendre en photo. Une impression de les voir traités comme des animaux au zoo. Nous ne voyions, nous, de notre place, que le fait qu’ils étaient entourés de gens. Et je dois dire que, si je comprends le besoin qu’ont les gens de faire leur propre souvenir de ces héros, la foule a toujours été un animal très con, qui, notamment, oublie un peu vite que les héros en question, ont débarqué voici 70 ans, et ont payé leur tribut au temps qui les a fragilisés.

Reportées par un fils de, la colère et la déception de l’un des 177 qui a assisté à la cérémonie : ils ont été relégué en bas d’une tribune – même pas la tribune officielle, alors que c’est leur plage – sans être salués par le moindre officiel (y compris le maire récemment élu de Ouistreham), sans avoir une bonne visibilité. Oubliés. Une fois de plus. A tel point que l’un d’entre eux, au départ déçu de ne pas avoir pu s’y rendre, a finalement déclaré qu’en fin de compte, ce n’était pas plus mal qu’il soit resté chez lui.

Alors, je sais bien que lorsque l’on assiste à un grand événement qui nous tient à cœur, il est rarissime que tout soit parfait et réponde à nos attentes. Je sais bien que les aspects déplaisants (pour nous, public à cette cérémonie) ont été dictés tout à la fois par le besoin de sécurité pour les chefs de gouvernement et par l’affluence (plus de 8.000 personnes à gérer, ce n’est en effet pas évident, j’imagine). Je sais tout cela, et ce que cela comporte d’amertume, en définitive, n’est pas si grave quand cela ne concerne que moi. C’est déjà beaucoup plus difficile à avaler quand cela concerne les camarades encore en vie de mon père. Voir qu’en 70 ans, au fond, rien n’a changé, et qu’on leur accorde si peu d’importance, là, ça fait mal. Vraiment.

 

 

Quelques images… 2 juin, 2014

Classé dans : Le Commando Kieffer — Barbara @ 14:38

Je viens à l’instant de réaliser que quand je fais des recherches d’archives, je me comporte en égoïste (même si je partage les résultats avec mon entourage). Aussi ai-je décidé d’afficher ici ce que je pourrai retrouver.

Bien évidemment, je fais des recherches assez précises, le but étant de retrouver deux interviews, dont l’une a été faite lors de la première du « jour le plus long », et la seconde à Ouistreham, avec un vétéran allemand. (Si vous avez des informations, d’ailleurs, n’hésitez pas à commenter)

De même, si vous identifiez des membres des 177 dans les vidéos à venir, allez-y de votre commentaire. Je tâcherai d’en faire autant de mon côté, une fois la compilation faite.

Pastille sur la commémoration de 1994 :

http://www.ina.fr/video/CAB94057738/ouistreham-keiffer-video.html

Pastille sur celle de 1984 (inauguration de la flamme) :

http://www.ina.fr/video/CAB8402052501/ouistreham-video.html

Interview par Léon Zitrone des vétérans du Débarquement :

http://www.ina.fr/video/I14142813/leon-zitrone-interviewe-des-veterans-du-debarquement-video.html

Le défilé des Commandos sur les Champs-Elysées le 26 mai 1945 :

http://www.youtube.com/watch?v=fLK2CNG8ZAI

Une interview près de la flamme, en 1984 :

http://www.youtube.com/watch?v=Rj4KWRYRn34

Récit de Couturier :

http://www.youtube.com/watch?v=tcd7AEluWkY

Récit de Morel :

http://www.youtube.com/watch?v=JA9zcvO89rw

(A suivre, évidemment)

 

 
 

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