C’est tout moi !

 

Chapitre 3 – Les Epreuves 22 décembre, 2012

Classé dans : La quête d'Erwann — Barbara @ 20:51

Un à un, les participants commencèrent à gravir le sentier qui montait au bout du champ le plus haut. En aucun cas, ils ne pouvaient passer les épreuves ensemble. Boswald du Bélier était à présent juste derrière Erwann – et continuait à se vanter. Ceci dit, à mesure que l’on s’approchait du sentier, sa voix se faisait moins assurée.

« Et voici que s’avance Boswald le Paon, occupé à faire la roue », pensa Erwann.

Toutes les heures partait un garçon. Loin d’afficher l’impatience ou l’appréhension grandissante des autres concurrents, Erwann se sentait parfaitement serein.

Un campement avait été aménagé dans le champ, afin de rendre l’attente moins pénible. Les femmes du Berceau avaient réuni là de la nourriture, de l’eau, du bois pour les neuf feux symbolisant les neuf épreuves, des paillasses pour le repos. Erwann mangea, but et se reposa, afin de bien préparer son corps. Les participants ne pouvaient emmener en tout et pour tout que leur glaive. Nulle provision. Ils devraient soit jeûner, soit se profiter de ce que Mère Nature voudrait bien leur offrir.

Enfin, ce fut son tour. A l’appel de son nom, il s’approcha du maître de cérémonie. Il lui rappela, ainsi qu’il l’avait fait pour tous les autres, que le sentier était étroit, ne permettant le passage que d’un seul homme, et qu’il n’était donc pas possible de contourner les épreuves : le sentier étant creusé à même le roc, ils devraient vaincre ou revenir. Pour ceux qui renonçaient, un autre sentier s’ouvrait dans la paroi. Avant de se mettre en route, Erwann songea qu’il devait être pénible de répéter le même discours des dizaines de fois, surtout pour un si vieil homme : Aakon avait au moins quatre-vingt-dix ans.

Le doyen l’embrassa, lui souhaita bonne chance et le laissa partir.

Le Roc

Il avait à peine parcouru cinq-cent mètres, s’émerveillant sur les parois abruptes qui l’encadraient, et se demandant si elles avaient été creusées par la main de l’homme ou la magie – un caprice de Mère-Nature étant peu probable à ses yeux – qu’il se vit bloqué par un énorme rocher obstruant le sentier. Il ne pouvait ni le contourner et s’aperçut après maints essais qu’il ne pouvait pas non plus passer par-dessus : la pierre n’offrait aucune prise. Il s’offrit le temps de réfléchir. Nul bruit n’avait souligné la chute du rocher ; or, le précédent candidat n’avait pas rebroussé chemin avant le départ d’Erwann. Cela signifiait que l’objet était déjà là, et que son prédécesseur avait trouvé le moyen de passer. Aussi impossible que cela puisse paraître, il ne voyait qu’une solution. Rien dans la logique pure ne disait qu’il allait réussir. Restait une conviction : les autres l’avaient fait. Donc, il n’y avait aucune raison qu’il n’y parvienne pas lui aussi…

Il s’accroupit, tournant le dos au rocher, cala ses pieds au sol et ses épaules contre la masse – bonté, qu’elle devait être lourde ! Prenant une profonde inspiration, il poussa de toutes ses forces. Il ne sentit pas le rocher bouger d’un pouce, et n’en fut guère surpris. Cependant, il refusa de renoncer aussi vite. Il insista, poussa encore et encore, jusqu’à sentir la matière inerte céder un peu, si peu qu’il commença par douter de ses sensations.  Celles-ci se confirmèrent, lui rendant force et courage. Une fois le rocher déplacé de quelques centimètres, il sentit son poids s’alléger. Comment était-ce possible, puisque le sentier montait ?

Au milieu de ses efforts, il eut la pensée fugitive qu’il aurait apprécié un peu des muscles de Boswald… Le rocher bougeait de plus en plus facilement. Soudain, il disparut et Erwann, ne poussant plus rien, chut à plat ventre. Il en était à se demander s’il n’avait pas été victime d’une hallucination lorsqu’une voix semblant sortir des parois du sentier s’adressa à lui :

- Tu as franchi le première épreuve, Erwann du Verseau ! Tu as fait bouger le Roc, symbole de l’Immuable, en utilisant ta force de volonté pour pallier à ton insuffisance de force physique. La volonté permet de soulever le poids des désirs terrestres pour les élever à un niveau supérieur. Continue ta route, et tire une leçon de ceci…

Un peu sonné par la puissance de cette voix immatérielle, Erwann dut se secouer pour se remettre en marche, se répétant ce qu’avait dit la voix, pour essayer de se graver les mots dans la mémoire.

Le Feu

Il avançait, un peu essoufflé par la raideur de la pente. Arrivé à l’un des coudes du sentier, il entendit un crépitement et se raidit inconsciemment, sentant que la seconde épreuve était là, cachée derrière ce virage qu’il franchit, la main posée sur le pommeau de son glaive.

Encore quelques pas, et il vit. Un rideau de feu intense traversait le sentier sur toute sa largeur. Il s’approcha encore et sentit la chaleur qui s’en dégageait, sans parvenir à déterminer si elle était réelle, ou s’il la sentait parce qu’il voyait du feu. A nouveau, la voix se fit entendre :

- Voici ta seconde épreuve, Erwann du Verseau. Sauras-tu deviner ce qu’est ce feu ? Maîtrises-tu la connaissance intuitive de ce que ces flammes symbolisent ? Ce feu sera-t-il purificateur et régénérateur, ou sera-ce pour toi douleur et mort ? Mais décide-toi vite, sans quoi tu devras renoncer, et rentrer au Berceau…

Erwann réfléchit à toute vitesse, ou du moins, aussi vite qu’il le pouvait dans ces circonstances pour le moins particulières. C’était une épreuve. Neuf Élus – et des centaines de participants – étaient passés par là. Peut-être que les épreuves changeaient à chaque recherche, mais les candidats qu’il avait vus revenir pendant qu’il attendait ne semblaient pas avoir été brûlés. Il n’avait jamais non plus entendu dire qu’un candidat avait trouvé la mort sur le sentier. Et il fallait passer par là pour continuer la recherche. Donc…

… Donc, il avança, le cœur battant à tout rompre malgré la sagesse du raisonnement qu’il avait suivi. Il y avait tout un monde entre l’esprit qui disait « tu ne crains rien » et les yeux qui criaient « tu vas souffrir ! ». Lorsqu’il entra dans le feu, il regarda autour de lui, surpris sans toutefois être ébahi : les flammes n’émettaient plus aucune chaleur, pas même un souffle d’air. Une fois de l’autre côté, il entendit la voix :

- Bravo, Erwann ! Tu possèdes la confiance : en toi, en moi, en ta destinée. Mais jusqu’où ira cette confiance ? Allez, va vers la troisième épreuve.

 

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