C’est tout moi !

 
  • Accueil
  • > Archives pour juillet 2010

Procuration 25 juillet, 2010

Classé dans : Billets d'humeur — Barbara @ 19:13

Procuration.

Procuration fait partie de ces mots nés sous le signe de Janus. Deux visages totalement différents selon le point de vue.

Dans une banque, si on donne procuration à quelqu’un, ça lui donne le droit de tout faire – ça lui donne tous les droits. Si vous avez procuration, vous avez tous pouvoirs, et vous pouvez tout faire. Tout. La totale.

Quand la procuration concerne la vie… On est loin, très loin de « tout ».

Oui, on peut vivre par procuration. On peut le faire en lisant un livre. En lisant un film, ou en regardant une série. Devant un écran d’ordinateur, clavier crépitant sous les doigts – plus ou moins – rapides. (Ceci est un clin d’oeil évident aux rôlistes) La procuration est partout, jusqu’à cet homme marié qui demande, avec l’oeil qui frise, les nouvelles croustillantes du week-end de son pote célibataire et coureur.

On regarde.
On écoute.
On lit.
On écrit.
On se souvient, ou on imagine.

Et de cette évasion, on sort comme on sort d’une soirée arrosée : avec la gueule de bois, et une sale impression de gâchis et de temps perdu.

Parce que de même que la soirée arrosée, aussi sympa qu’elle soit, ne dure que ce qu’elle dure, il faut bien finir par revenir à sa vraie vie. Et c’est là qu’on mesure le fossé. C’est là qu’on mesure ce qui nous manque. C’est là qu’on mesure à quel point le temps passe, et qu’on est volé, au final. Que chaque heure, chaque minute, compte, et qu’on les fout en l’air. C’est comme quand on arrête de fumer, et qu’on essaie les cigarettes à l’eucalyptus vendues en pharmacie… On tient quelque chose entre ses doigts, ça ressemble à ce qu’on aime, à ce dont on a besoin, mais c’est juste bon à réaliser qu’on n’a pas ce qu’il faut. C’est juste bon à se rendre plus malheureux, à se sentir plus seul. A se sentir plus vain. C’est du plaisir en boîte. C’est de la merde en boîte.

Et malgré ça, on continue. Parce qu’on n’a rien d’autre qu’un vide incommensurable. Parce que le temps qu’on passe dans l’univers de faussaires des procurations en tous genres, c’est du temps qu’on ne passe pas à penser à tout ce que ça a de superficiel, d’artificiel. C’est du temps où la vilaine pensée « faudrait pas grand chose pour que je sois heureuse » arrête de vous trotter dans la caboche, et cesse de vous grignoter de ses petites dents aigües de souris hargneuse et entêtée ce qui vous reste de ce je ne sais quoi qui permet de rester debout et de continuer à marcher dans le vide.

Mais vient un jour où la procuration ne remplit plus son office. Vient un jour où même dans son univers de carton-pâte, la souris continue à grignoter. Vient un jour où on finit par perdre ce refuge… Parce que malgré tout, c’en est un… Fragile. Illusoire. Mais c’en est un. Et là, au bout du compte, au bout du chemin, les seuls grands gagnants sont la solitude, le renoncement, le désespoir. Le dégoût. On s’en veut encore plus d’avoir réussi à se faire bananer par le miroir aux alouettes. Et on s’en veut aussi de l’avoir brisé – oh merde, sept ans de malheur, comme si j’avais besoin de ça…

Mais on a tellement pris l’habitude de sourire et de répondre « oui », quand on nous demande si ça va, qu’on continue. Show must go on, et la comédie est ouverte en permanence. On ravale les cris qui montent dans la gorge, et qui ne hurleront qu’à l’intérieur de la tête.

La procuration, c’est juste une putain de frustration – sauf à la banque.

 

 
 

LE JARDIN DE L’AMITIE |
wildcatsworld |
wwwfodelinfo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Infos du jour
| Mosaïque
| Les Roses de l'Unité contre...