C’est tout moi !

 

Lettre ouverte aux yeux fermés et aux lèvres closes 5 juin, 2009

Classé dans : Non classé — Barbara @ 15:28

Vendredi 5 juin 2009… Demain, cela fera soixante-cinq ans que des hommes auront foulé les plages normandes, que d’autres auront atterri plus à l’intérieur des terres. Des hommes jeunes, pour la plupart, connaissant les risques encourus. Des hommes qui n’ont malgré tout, pas hésité à risquer leur jeune vie.

 

Demain, un hommage va leur être rendu.

 

Sur toutes les grandes chaînes – et les moins grandes – dans tous les grands journaux – et les moins grands – des articles en parleront.

 

Et comme presque chaque année, certains seront oubliés. Ces hommes, nés en France ou ayant décidé de devenir Français, ces hommes qui, par leur refus de ce que la majorité avait accepté de façon plus ou moins passive, plus ou moins vile, ont réussi à eux seuls à sauver l’honneur de leur pays, et à faire en sorte qu’au jour de la victoire, la France ne figure pas parmi les perdants, aux côtés de l’Allemagne.

 

Parce que ces hommes et ces femmes, les uns au sein de leur pays, les autres en passant par l’Angleterre après plus ou moins de péripéties, parce que ces hommes et ces femmes ont pris tous les risques, la France, celle dont le gouvernement, la police, l’administration s’était mise au service de l’occupant, cette France-là, après la libération, a eu le droit de garder la tête haute et de faire oublier sa lourde part de responsabilité dans la sombre période de l’occupation.

 

Ces hommes, chaque année, on les oublie. Chaque année, l’on salue les Américains, les Anglais, principalement. C’est faire peu de cas, bien peu de cas, de tous les autres. Pardon si je parle davantage des Français du débarquement : c’est que mon père en faisait partie. Ce n’est pas par négligence que je mets moins l’accent sur les résistants français, ou sur les soldats d’autres pays qui étaient, eux aussi, présent lors du Débarquement.

 

Depuis toujours, je tire grande fierté de penser que mon père, du haut de ses 21 ans, sachant quels étaient les risques, n’a pas reculé. Depuis toujours, je tire grande fierté de savoir que le 6 juin 1944, il était sur la plage de Ouistreham, au sein du commando Kieffer.

Hélas, depuis toujours aussi, presque chaque année, je ressens une grande amertume de constater que ces Français sont les oubliés du Débarquement. Oh, certes, il y a des célébrations à Ouistreham, et les liens sont restés forts. Il n’y a qu’à voir le respect et l’émotion des gens qui ont la chance de rencontrer un Maurice Chauvet…

 

Mais peu, voire pas d’écho au niveau national. Régulièrement, je perçois les regards étonnés quand je parle de mon père, René Goujon, membre français du N° 4 Commando. Ces hommes que la France devrait honorer et placer au rang des héros, ces hommes sont mis de côté. Les commémorations officielles, celles qui se déroulent en grandes pompes, avec les honneurs des rediffusions, celles-ci se sont font presque systématiquement ailleurs qu’à Ouistreham.

 

C’est un tort, et c’est une honte. Le 6 juin 1944, c’est la libération qui a commencé. Mais c’est notamment à Ouistreham que la France a retrouvé le droit de parler d’honneur. A Ouistreham, et aux endroits où des Français, alors considérés par leur gouvernement comme des terroristes ou des traîtres, ont vécu le jour le plus long.

 

Ils étaient 177 à Ouistreham ; 177 Français dont le nom devrait entrer dans l’Histoire, celle que l’on écrit avec une majuscule.

 

Ne les oublions pas. Ne les oublions plus jamais.

 

 

Barbara Goujon

 

 
 

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